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ORIGINES DE LA PHOBIE:

COMMENT NAÎT UNE PHOBIE ?



Qu’est ce qu’une phobie ?

1 – Définition


Tout d’abord, une phobie se définit comme une peur intense et persistante d’un objet, d’une activité ou d’une situation. Les personnes phobiques ne peuvent pas mener une vie normale bien qu’elles soient conscientes de l’irrationalité dont elles souffrent. Elles se trouvent dans un contexte déterminé qui, en soi, n’a pas le caractère de dangerosité perçu par un phobique. La crise disparaît en l’absence du contexte qui l’a déclenchée.

Cette peur provoque une conduite d’évitement souvent radicale en fuyant la source. Cela provoque une souffrance qui peut interférer avec la vie quotidienne et socioprofessionnelle. La phobie est l’ignorance de l’angoisse qui est un processus naturel, un signal. Ce signal est du domaine de l’affect ; il fait partie du niveau supérieur de l’anxiété si l’on fait une graduation de ce que l’on peut ressentir. Elle montre que quelque chose en soi a un caractère déstabilisant sur lequel on devrait méditer pour réussir à faire disparaître l’angoisse.

 Dans notre entourage nous connaissons tous un phobique, sans avoir à chercher très loin. Comme le dit la psychanalyste Irène Diamentis, « le phobique vit dans un monde où tout est possible et tout peut arriver ».

 Les phobiques sont souvent de grands créateurs, la raison est l’ampleur de leur imaginaire.

Dans les phobies les plus fréquentes, il y a les animaux, l’araignée, la souris ainsi que de nombreux insectes, les pigeons, les serpents, mais aussi la peur du vide, de l’enfermement, de l’eau, … La peur n’est pas proportionnelle au danger encouru, pour exemple, la voiture tue mais la souris plus rarement.




.....



2 - L’origine de la phobie

Un enfant apprend à apprivoiser ses peurs si les parents eux-mêmes les ont apprivoisées. Il n’y a pas de transmission familiale de l’objet de la phobie mais plutôt du terrain phobique en lui-même. Ainsi une mère trop «cou-veuse » qui surprotège son enfant dès le plus jeune âge va provoquer une incapacité à se débrouiller tout seul, et à l' inverse une mère trop absente provoque un manque de repères. Il faut donc trouver un juste équilibre.

Ce qui caractérise la phobie est une réaction d’angoisse incontrôlable. Ne pas pouvoir ou ne pas savoir sur quoi faire reposer une angoisse a des conséquences qui font que l’être humain joint l’angoisse à la réalité. Être traumatisé sans savoir de quoi ne peut durer sans que cela revête un caractère de gravité. La phobie de l’eau est en fait l’angoisse provoquée par un traumatisme ou plutôt un événement vécu comme traumatisant et que l’on a déplacé sur l’eau. Souvent la phobie trouve son origine dans un traumatisme de l’enfance.

Les phobies sont les formes les plus fréquentes de la famille des troubles anxieux, elles représentent la pathologie psychiatrique la plus courante chez les femmes, et la deuxième chez les hommes.

Une phobie vient d'un mélange d'inné et d'acquis. Nous avons tous des peurs spécifiques. Comme les souris ont une peur innée des chats, l'être humain a une peur innée de la violence, de la séparation, de l'inconnu…

En grandissant, nous allons apprendre à surmonter ces peurs. Sauf si notre environnement ne nous y aide pas, parce que nos parents eux-mêmes manifestent de la peur, par exemple, ou bien parce que nous avons vécu une mauvaise expérience. Ainsi, la peur innée des chiens peut être aggravée et devenir phobique parce vous avez été mordu par un chien, ou parce que vous avez vu un film avec des chiens méchants. En outre, certaines personnes ont davantage d'émotivité que d'autres. La phobie naît donc de l'addition d'une peur génétique, d'un caractère, et d'un vécu.

Cependant peut-on trouver seul l’origine de sa phobie ? La peur de la souris est créée suite à une non-réponse, à un événement dont on ne se souvient pas. L’oubli n’est pas le fait du hasard, il montre plutôt un besoin. Le déplacement sur l’objet de la phobie est la nécessité de passer par une représentation symbolique afin de maintenir un certain équilibre mental.

En effet, le domaine de l’inconscient entre en jeu. Nous pouvons l’explorer seul, même si retrouver la source d’une phobie comprend des résistances que l’être humain a mis en place pour s’en empêcher lui-même.

Pour les psychanalystes, les phobies viennent masquer une autre angoisse. La phobie est la sensation soudaine que plus personne n’est là pour nous protéger, elle apparaît à des périodes de la vie où notre identité est fragilisée par un événement majeur (grossesse, deuil, rupture du contrat professionnel,…) La phobie ramène à un état fusionnel et en dehors du temps.

La psychanalyse a été la première a proposer une explication de l’origine de ces phobies. Schématiquement, certaines pulsions inavouables, normalement refoulées dans l’inconscient, resurgiraient dans le conscient sous une forme « déguisée » : les phobies. Ces peurs d’objets et de situations seraient en effet plus psychiquement acceptables que nos pulsions inconscientes.

Actuellement, la théorie psychanalytique des névroses n’est plus utilisée comme modèle de référence unique. Il y aurait également des prédispositions biologiques à ces phobies.

De plus, le lien entre confiance en soi et
.phobie est indéniable. Dans une situation amoureuse où l’on se sent tout-puissant et ancré dans la vie réelle, la phobie est oubliée puisque rien ne doit faire obstacle à l’amour. Au contraire, si l’on se sous-estime,
la phobie apparaît.

Par ailleurs, devenir adulte c’est savoir renoncer à la protection des parents par exemple. On devient phobique par l’accumulation de plusieurs paramètres.

Les phobies évoluent avec le temps car la vie est faite de changements. Ainsi un grand phobique peut se révéler être un grand héros quand vient l’heure d’agir.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 12 % de la population souffre de phobie. Au palmarès : - les animaux (5,7 %) ;- les hauteurs (5,3 %) ; le sang, les blessures, les examens médicaux, les piqûres (4,5 %) ; - l’avion (3,5 %) ; les lieux clos (4,2 %) ; - l’eau (3,4 %), les orages (2,9 %); l’agoraphobie (2 %),puis la phobie du vomissement, celle de l’étouffement, et la phobie sociale (2 à 4 %).

Le tableau suivant (Bourdon / Journal of anxiety disorders, 1988, 2, 227-241) reprend les principales phobies et leur rang chez les hommes et les femmes. Parmi les phobies les plus courantes, les phobies simples sont les plus fréquentes : les phobies spécifiques concernent 6 à 7% de la population
.



Femmes

Hommes

Phobie

Type

1

2

Insectes, souris, serpent

Phobie simple

2

1

Hauteurs

Phobie simple

3

5

Transports en commun

Agoraphobie

4

6

Être dans l’eau

Phobie simple

5

11

Orages

Phobie simple

6

3

Être dans la foule

Agoraphobie

7

4

Autres peurs

Phobie simple

8

8

Claustrophobie

Phobie simple

9

10

Tunnel et ponts

Agoraphobie

10

9

Parler en public à des gens connus

Phobie sociale

11

14

Sortir dehors seul

Agoraphobie

12

13

Rester seul

Agoraphobie

13

15

Rester près d’un animal dangereux ou non mais qui ne peut vous atteindre

Phobie simple

14

7

Parler à des gens inconnus

Phobie sociale

15

12

Manger avec des gens connus ou en public

Phobie sociale









Mais comment se nomment les différents types de phobies ?

II. Les différentes phobies

Parmi les grandes phobies nous trouvons l’agoraphobie, la phobie sociale et la phobie spécifique. C’est la psychopathologie, c'est-à-dire l’étude des troubles mentaux ou psychologiques, qui répertorie ainsi les phobies en trois grandes catégories.



Si vous ne voyez pas l'image installez le plug-in
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1 - L’agoraphobie

a) Définition

Ce type de phobie est le plus fréquent. En France, l’incidence est évaluée par les psychiatres à 2% de la population et touche particulièrement les femmes.

Le terme d’agoraphobie est trompeur puisque le mot grec « agora » signifie place, lieu de rassemblement. En effet, quand les symptômes du trouble poussent quelqu’un à éviter des situations où il pourrait lui être difficile de s’enfuir ou bien où il pourrait ne pas trouver de solution de secours en cas d’attaque de panique inattendue, on parle d’agoraphobie.

C’est un terme qui désigne aussi des phobies apparentées, comme la peur de quitter son domicile, la peur des magasins, des foules et des endroits publics, ainsi que la peur de voyager seul en avion, en bus ou n train par exemple.

Les situations sont évitées ou subies avec une souffrance intense ou avec la crainte d’avoir une attaque de panique. Plus de 80% des agoraphobes ont déjà vécu un trouble panique, ponctuel ou répété. Ce vécu entraîne une anticipation aigüe d’une éventuelle nouvelle crise d’angoisse.

Nous pouvons ainsi définir l' agoraphobie par rapport aux critères diagnostiques DSM IV, (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders - American Psychiatric Association) :

- Anxiété liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des situations d'où il pourrait être difficile (ou gênant) de s'échapper ou dans lesquelles on pourrait ne pas trouver de secours en cas d'attaque de panique ou bien en cas de symptômes à type de panique.

Les peurs agoraphobiques regroupent un ensemble de situations caractéristiques incluant le fait de se retrouver seul en dehors de son domicile; d'être dans une foule ou dans une file d'attente; sur un pont ou dans un autobus, un train ou une voiture.
N.B. : Envisager le diagnostic de phobie spécifique si l'évitement est limité à une ou seulement quelques situations spécifiques, ou celui de phobie sociale si l'évitement est limité aux situations sociales.

Les situations sont soit évitées (p. ex., restriction des voyages) soit subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d'avoir une attaque de panique ou des symptômes à type de panique ou bien nécessitant la présence d'un accompagnement.

- L'anxiété ou l'évitement phobique n'est pas mieux expliqué par un autre trouble mental, tel une Phobie sociale (par ex. évitement limité aux situations sociales par peur d'être embarrassé), une Phobie spécifique (par ex., évitement limité à une situation unique comme les ascenseurs), un Trouble obsessionnel compulsif (par ex., évitement de la saleté chez quelqu'un ayant une obsession de la contamination), un état de stress post-traumatique (par ex., évitement des stimuli associés à un facteur de stress sévère) ou un Trouble anxiété de séparation (évitement lié au départ du domicile ou à la séparation d' avec les membres de la famille). Mentionnons que l'évitement de situations peut altérer les capacités des sujets à voyager, à travailler ou à assumer leurs responsabilités.











b) Quels sont les symptômes ?

Selon la définition admise en général, le trouble panique se diagnostique quand une personne à au moins quatre attaques de panique en l’espace d’un mois. Au cours de l’une de ces attaques il y a présence d’au moins quatre des symptômes suivant :
- sensation d’étouffement
- étourdissements, sensations d’instabilité ou d’évanouissement
- palpitations ou augmentation du rythme cardiaque
- tremblements ou secousses musculaires
- transpiration
- sensation d’étranglement
- nausée ou gène abdominale
- dépersonnalisation ou déréalisation
- sensation d’engourdissement ou de picotement
- bouffées de chaleur ou série de frissons
- douleur ou gène thoracique
- peur de mourir
- peur de devenir fou ou de commettre un acte non contrôlé

Si l’agoraphobie existe sans trouble panique, c’est essentiellement quand la personne évite toutes les situations redoutées. La distinction trouble panique/agoraphobie avec ou sans trouble panique est obscure pour chacun. On constate que l’agoraphobie isolée débute vers 25ans et que l’agoraphobie avec trouble panique débute vers 35-45 ans.
Puis, on constate que toutes les phobies ont un mécanisme commun qui se complexifie en fonction de la diversité des stimuli. Le schéma est le suivant :

• Situation angoissante
Dans le cas de l’agoraphobie les situations problèmes sont nombreuses.

Etendue déserte

Tunnel

Magasin

Voiture

Espaces souterrains

Ascenseur

Autoroute

Restaurant

Bus

Espaces surchauffés

Salle de spectacle

Pont passerelle

Réunions

Métro

Espaces mal aérés

Cinéma

Foule

Avion

Bateau

Marcher seul dans la rue


• Manifestations physiologiques :
- palpitations
- transpiration
- tremblements ou secousses musculaires
- sensations de souffle coupé ou étouffement
- douleur thoracique
- nausée ou gène abdominale
- sensation de vertige, d’instabilité
- sentiment d’irréalité ou d’être détaché de soi
- peur de devenir fou
- peur de mourir
- paresthésies (sentiment d’engourdissement ou de picotement)
- frissons, bouffées de chaleur

Les symptômes apparaissent sous forme de syndromes d’apparence cardio-vasculaire, neurologique, digestive et syncopale.

• Emotion : peur
Pour l’agoraphobie, c’est une peur irraisonnée sans danger objectif.

• Cognition : il s’agit de l’anticipation de la peur face à l’objet ou à la situation qui pose problème.
Dans le cas de l’agoraphobie, il y a anticipation de la situation vécue qui est ressentie comme un danger (danger de mort, de perte de contrôle de soi, d’avoir un comportement ridicule,…).

• Comportement : on constate qu’il y a des évitements directs ainsi que des évitements subtils.
Dans les événements directs de l’agoraphobie les situations sont progressivement évitées, notamment les lieux d’où on ne peut pas s’échapper et les lieux où on ne peut pas être secourus.
Parmi les événements subtils, il y a l’utilisation d’une personne, d’un objet "contra-phobique" qui accompagne la personne et crée une situation rassurante.




2 – La phobie sociale

a) Définition


Il s’agit d’une crainte irrationnelle d’être jugé ou observé par un autre, de donner le spectacle d’un comportement inadapté, voire honteux, de révéler cette tendance anxieuse. La phobie sociale concerne les individus qui, dans certaines situations sociales, éprouvent une forte anxiété. Ces manifestations anxieuses intenses et la plupart du temps paralysantes ou inhibitrices conduisent le sujet à éviter lesdites situations, d’où un fort handicap.

Nous pouvons ainsi définir la phobie sociale par rapport aux critères diagnostiques DSM IV, ( Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders - American Psychiatric Association) :
- Une peur persistante et intense d'une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à l'éventuelle observation attentive d'autrui. Le sujet craint d'agir (ou de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante. (Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent, la peur décrite ici est indépendante de ces troubles; par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, etc.)

- L'exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi systématique une anxiété qui peut prendre la forme d'une attaque de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.

- Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.

- Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.

- L'évitement, l'anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situations(s) sociale(s) redoutée(s) ou de performance perturbent, de façon importante, les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles (ou scolaires), ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d'avoir cette phobie s'accompagne d'un sentiment de souffrance important.

- Pour les individus de moins de 18 ans, on ne porte le diagnostic que si la durée est d'au moins 6 mois.

- La peur ou le comportement d'évitement ne sont pas liés aux effets physiologiques directs d'une substance ni à une affection médicale et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (par exemple, le trouble panique avec ou sans agoraphobie).

Les caractéristiques habituelles associées à la phobie sociale comprennent une hypersensibilité à la critique, à une évaluation négative ou au rejet, un faible estime de soi ou des sentiments d'infériorité. Les sujets ayant une phobie sociale craignent souvent une évaluation indirecte par les autres telle que de passer un examen.
Nous pouvons donc construire un tableau pour conclure en ce qui concerne le déroulement d’une crise liée à la phobie sociale :

Quelle situation?

En situation sociale

Manifestation

Ponctuelle

Avant

Panique

Pendant, attention portée

Sur soi

Peur

D'être humilié ou agressé

Après

Honte

Concordance trouble / personnalité

Non

Stratégie comportementale

Evitement

Nature

Pathologique

La phobie sociale est de nature pathologique, elle est envahissante, handicapante et influe sur le développement et le devenir social et affectif du


b) Quelles en sont les caractéristiques ?

1. Le trouble de la personnalité évitante
Il s'agit d'un mode général d'inhibition sociale, du sentiment de ne pas être à la hauteur et d'hypersensibilité au jugement négatif d'autrui qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

Le sujet
- Evite les activités sociales professionnelles qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d'être critiqué, désapprouvé ou rejeté.
- Manifeste de la réticence à s'impliquer avec autrui à moins d'être certain d'être aimé.
- Est réservé dans les relations intimes par crainte d'être exposé à la honte et au ridicule.
- Craint d'être critiqué ou rejeté dans les situations sociales.
- Est inhibé dans les situations interpersonnelles nouvelles à cause d'un sentiment de ne pas être à la hauteur.
- Se perçoit comme socialement incompétent, sans attrait ou inférieur aux autres.
- Est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s'engager dans de nouvelles activités par crainte d'éprouver de l'embarras.

Il y aurait deux types de personnalité évitante :
• Les grands anxieux qui arrivent à nouer des relations positives avec quelques personnes, ils ont souvent eu une enfance normale, les relations parents/enfants étaient saines, ces cas profitent bien des thérapies comportementales, de l’entraînement aux habiletés sociales et de la désensibilisation progressive

• Ceux qui sont tout autant anxieux que susceptibles, qui ont de la difficulté à faire confiance aux autres et qui vivent dans une grande solitude, ils ont souvent eu une enfance avec relations parents/ enfants malsaines : jugement des parents, attentes trop élevées…), ces cas profitent mieux des thérapies analytiques.

Avant de parler de troubles de la personnalité il faut tout d’abord atteindre l’âge adulte. Il est en effet fréquent qu’à l’adolescence on traverse une phase se rapprochant de l’évitement. Ce n’est qu’après plusieurs années de vie adulte que le psychiatre peut poser un diagnostic.

2. L’anxiété sociale
L’anxiété sociale est perçue sous deux angles essentiels :
- Anxiété de performance : face à un observateur, au centre de l’attention, perte des moyens et ressources.
- Anxiété d’interaction : se sentir évalué dans une relation et à son désavantage. Perte du statut d’interlocuteur valable : anxiété relationnelle.


Exemples :
- Anxiété de performance : téléphoner en public, participer au sein d’un petit groupe, manger dans un lieu public, boire en compagnie dans un lieu public, jouer, donner une représentation ou une conférence, travailler en étant observé, uriner dans des toilettes publiques, entrer dans une pièce alors que tout le monde est déjà assis, prendre la parole à une réunion, passer un examen, faire un compte rendu à un groupe.

- Anxiété d’interaction : parler à des gens qui détiennent une autorité, aller à une soirée, contacter par téléphone quelqu’un qui ne vous connaît pas très bien, parler à des gens que vous ne connaissez pas très bien, rencontrer des inconnus, être le centre d’attention, exprimer son désaccord ou sa désapprobation à des gens que vous ne connaissez pas très bien, regarder dans les yeux des gens que vous ne connaissez pas très bien, résister aux pressions d’un vendeur insistant.



...(suite sur la colonne de droite...)
































Quelques chiffres :

Chez l'enfant.


Situation

Peur et évitement chez des enfants phobiques sociaux

Parler en public

88%

Manger en face des autres

39,3%

Être en classe avec les autres enfants

27,6%

Ecrire en étant observé

27,6%

Utiliser les toilettes publiques

24,1%

Parler à des personnes représentant l'autorité

20,7%




. . .




Chez l’adulte.

Situation

Peur et évitement chez des sujets phobiques sociaux

Prise de parole et interaction formelles (cours, réunions...)

70%

Affirmation de soi : exprimer son désaccord, refuser, demander, donner son avis...

31%

Observation par les autres : effectuer une tâche (manger, boire, travailler...) sous le regard des autres.

22%


L’anxiété sociale est donc multiforme : trac, timidité, phobies sociales sont des phénomènes différents qui contiennent eux-mêmes une belle diversité.
On peut néanmoins dégager une ligne commune :


Peur du regard -> Peur du jugement -> Peur de l’exposition

La peur du regard : la crainte d’être exposé au regard d’autrui est systématique. A l’origine du mécanisme, elle va en stimuler le développement. Il est à noter que cet élément, comme les autres qui vont être décrits, sont présents chez chaque individu, ce sont les proportions et la nature handicapante qui mènent au trouble. Personne n’aime être regardé, un sujet souffrant d’anxiété sociale évidemment que les autres. Il s’agit là d’une peur instinctive.
Peur du jugement : sur cette peur instinctive va se construire une deuxième strate, celle-ci psychologique : le regard devient jugement, est interprété comme tel.
La peur du regard de l’autre se « concrétise » psychologiquement :
Exemple : - Toute relation est une évaluation
- Le sujet est tourné vers lui-même et non pas vers ce qui se passe autour de lui, vers la relation.
- - Le sujet juge sa prestation plus négativement qu’un observateur le ferait
- - Le sujet sélectionne : il se souvient essentiellement des prestations décevantes
- -.Les relations sont anticipées, appréhendées négativement
- - Les commentaires positifs ne sont ni entendus ni intégrés.
- - Le sujet est inhibé (les compétences sont altérées ou bloquées, non développées)
Cette peur du jugement est en relation avec des phénomènes et mécanismes divers, tels que :

Peur de soi : le sujet peut avoir mis en place une anxiété quant à ses propres réactions. Hyper vigilance, attention portée sur soi, focalisation qui perturbent la performance elle-même où l’attention pour être efficace, doit être portée vers l’extérieur.




Peur du regard d’autrui : jugement et évaluation : le sujet est inhibé (altération des facultés) car il redoute le jugement, l’évaluation, en l’occurrence, négatifs. On peut rapprocher cela du trac, anxiété d’évaluation, de performance. Ici, c’est de la performance sociale dont il est question. Celle-ci est interprétée à travers le filtre de l’anxiété :
- L’attention de l’autre est surévaluée (« il me surveille, pas le droit à l’erreur »)
- Le jugement négatif est surévalué (« il m’a trouvé nul (le) »)

Peur de l’image de soi : le sujet qui souffre d’anxiété sociale a des difficultés à s’adresser des compliments sur ses performances; il en découle un grand besoin de reconnaissance. Le désir de donner une bonne impression est donc fréquent. Le problème naît de la présence conjointe de cette ambition et de la peur de ne pas réussir. Désir et peur mêlés sont ici à la naissance du trouble. On peut ajouter à cela des exigences excessives que même des « non phobiques sociaux » n’auraient pas. Les performances sont donc nécessairement insatisfaisantes.




L’anxiété est un trouble cognitif. On vit une situation, on en pense quelque chose. Les pensées (les différentes peurs que nous venons d’aborder) donnent lieu à des émotions et comportements de dysfonctionnement, non adaptés au bien-être.



Dans la phobie sociale, le comportement anxieux prédominant est l’évitement. Les peurs conduisent l’individu à l’évitement plus ou moins développé des situations anxiogènes.
Nous sommes ici dans le principe du cercle vicieux. A chaque évitement, la valeur anxiogène de la situation augmente. Le trouble s’ « auto-nourrit » :



Mais le phobique social peut anticiper. En effet, l’anticipation anxieuse se produit avant les situations problèmes. Elle prend schématiquement trois dimensions : psycho-corporelle, cognitive et comportementale. On peut considérer que ces symptômes font partie du vécu anxieux de la situation elle-même.

L’anticipation sera donc marquée :
- d’un point de vue psycho-corporel (tension musculaire, difficulté végétatives diverses, respiratoires)
- d’un point de vue comportemental (évitement, hyperactivité, vérification, inhibition)
- d’un point de vue cognitif (hyper vigilance, focalisation, troubles de la mémoire…)
Ces caractéristiques de l’anticipation sont valables dans le cadre de tous les troubles anxieux, mais prennent une valeur particulière dans l’optique de la phobie sociale.
Pour prendre quelques exemples :
- Même si toute phobie est respectable, il est irrationnel de craindre une souris (une souris n’est pas « rationnellement dangereuse »)
- Il est irrationnel de penser mourir ou devenir fou (folle) pendant une prochaine attaque de panique.
- Il est rationnel de penser que l’on va rater une performance sociale avant la performance. La phobie sociale inhibe; le sujet ne se comporte donc pas naturellement, il n'est pas en pleine possession de ces moyens.
L’anticipation anxieuse dans la phobie sociale s’inscrit donc dans un « fond » de réalité. Il est logique d’avoir peur : quand on est inhibé, on est « moins bon » socialement.
Cet aspect est à prendre en compte thérapeutiquement. Pour neutraliser l’anticipation, il ne suffit pas de rassurer, de mettre à jour le discours catastrophiste, les comportements dysfonctionnels ou d’expliquer les manifestations corporelles, Il faut également développer ses compétences sociales, avec tout ce que cela implique. Dans le cas contraire, la peur sera quelque part « justifiée ».




c) Quels sont les symptômes de la phobie sociale?

Ils sont de différentes natures :

- Symptômes physiologiques : tensions et manifestations neurovégétatives disproportionnées : tensions musculaires, douleurs musculaires, fatigue, tremblement, sensation d’étouffement, tachycardie, sécheresse de la bouche, …
- Symptômes cognitifs : hyper vigilance, focalisation, hyper conscience de soi et par voie de conséquence, difficulté de concentration, de mémoire (trou noir) distorsions cognitives (lecture de la réalité éloignée de la réalité elle-même)…
Anticipation anxieuse, besoin de réassurance.
- Symptômes comportementaux : conduites d’évitement direct ou subtil, vérifications, inhibition, hyperactivité.

d) Comment devient-on phobique social ?

La phobie sociale résulte d'un apprentissage, le phobique sociale suit donc un modèle, celui-ci peut être