A la phobie


Articles de presse


bouton gris 1 Anxiété et phobie sociale : le plus de la psychothérapie (Interview du Dr Patrick Légeron par Paris-Match)
boutn gris 2 Bien gérer son stress (Interview du Dr Christophe André)
bouton gris 3 Ruser avec son stress (de Psychologies de décembre 1988)
bouton gris 4 Des attaques de panique m'ont longtemps coupé du monde (Femme Actuelle de janvier 1999)
bouton gris 5 La simple idée d'aller au supermarché me terrifiait (Maxi d'avril 1999)
bouton gris 6 Les comportementalistes (Capital Santé d'avril 1999)
bouton gris 7 Aime-toi et la vie t'aimera (Figaro Madame de juin 1999)
bouton gris 8 Apprenez à décoder vos rêves (Top Santé d'août 1999)
bouton gris 9 Apprenez à "lâcher prise" (Top Santé d'août 1999)
bouton gris 10 Retrouvez un sommeil naturel (Top Santé d'août 1999)
Bouton gris 11 Les troubles de l'estime de soi sont en pleine progression (Psychologies d'octobre 1999)
Bouton gris 12 S'estimer, pourquoi est-ce si difficile ? (Psychologies d'octobre 1999)
Bouton gris 13 Qu'est-ce-que la dépression ? (Top Santé d'octobre 1999)
Bouton gris 14 Comment guérir du mal de vivre ? (Top Santé d'octobre 1999)
Bouton gris 15 La dépression frappe aussi les enfants et les adolescents (Top Santé d'octobre 1999)
Bouton gris 16 Rompre la spirale de la solitude (Journal CAF de nov. 1998)
Bouton gris 17 Vivre avec une phobie (Psychologies Magazine de novembre 2000)



bouton gris 1Anxiété et phobie sociale : le plus de la psychothérapie

Interview de Patrick Légeron par Paris Match

Dans un livre "La peur des autres", deux psychiatres de l'hôpital Sainte-Anne, les Dr Christophe André et Patrick Légeron expliquent comment de nombreuses vies ratées ont pour cause une phobie sociale.

Patrick Légeron nous donne des solutions pour vaincre ce trac obsessionnel et maladif.

Comment une timidité excessive peut-elle dégénérer en véritable maladie, une phobie sociale ?

Il faut d'abord réaliser que tout le monde, dans sa vie, éprouve à un moment donné, un sentiment de gêne, de crainte, de déstabilisation face à une autre personne. Ce n'est pas toujours mauvais puisque le stress, tant qu'il ne dépasse pas certaines limites, pousse à la performance. Mais là où cette peur devient nocive, destructrice, c'est quand elle surgit de façon massive, trop intense, provoquant ainsi une sensation de panique qui bloque toute réaction. Pourquoi ce blocage ? Parce que, au niveau biologique, ce trac déclenche une activation très importante du système nerveux autonome, ce qui aboutit à une libération massive dans tout l'organisme de certaines substances chimiques telles que l'adrénaline. Celle-ci accélère le rythme cardiaque, perturbe la respiration et la circulation sanguine, contracte fortement les muscles, ce qui créé des tremblements et fait affluer trop d'oxygène au niveau du cerveau, interrompant ainsi les fonctions intellectuelles.

Cette "anxiété sociale" maladive est-elle fréquente ?

La phobie sociale, en tant que maladie mentale, touche 2 à 3 % de la population générale. Il en existe deux formes : l'une limitée à quelques situations précises ; l'autre permanente, généralisée. Dans le premier cas, le malade ne peut effectuer certains actes précis, comme boire et manger quand on le regarde. Dans le second cas, le malade ne peut pas fonctionner du tout en présence d'un étranger : il est paralysé.

Quelles sont les conséquences de cette pathologie ?

Les conséquences immédiates nuisent fortement à l'épanouissement d'une vie sociale et professionnelle. Ces malades se replient sur eux, ont de moins en moins de contacts avec les autres, peu ou pas d'amis... d'où un gachis relationnel formidable et, pour beaucoup, un ratage de leur existence. A long terme, ces personnes atteintes de phobie sociale sombrent souvent dans une dépression ou dans l'alcoolisme et bon nombre d'entre elles commettent des tentatives de suicide.

Existent-t-il des traitements pour vaincre cette peur panique des autres ?

Il y a deux sortes de traitement : l'un médical (avec bêtabloquants et certains antidépresseurs) et l'autre de psychothérapie. Les bêtabloquants sont uniquement utilisés dans ce qu'on appelle le "trac", pour surmonter ce qui est pour eux une épreuve occasionnelle. Ils exercent une action au niveau des symptômes physiques : ils vont, par exemple, empêcher la survenue des tremblements, de l'accélération du coeur et permettre au sujet d'être plus calme. (Aux Etats-Unis, on s'est aperçu qu'un tiers des musiciens professionnels en consomment !). En revanche, dans le cas de phobie sociale grave, on administre quotidiennement, pendant des mois, aux malades certains antidépresseurs de la famille des I.m.a.o. (inhibiteurs de la monoamine-oxydase) à des doses assez conséquentes. Ces derniers médicaments, eux agissent au niveau psychologique en diminuant fortement ce terrible sentiment de "peur des autres". Ce traitement nécessite toujours une psychothérapie complémentaire. Il me faut ajouter que, dans certains cas de forme moyenne de phobie sociale qui ne sont pas vraiment des pathologies, une psychothérapie peut suffire à guérir le sujet de sa timidité excessive. Ce ne sont pas des séances longues, comme celles des psychanalyses, qui donnent les meilleurs résultats, mais plutôt celles dites de "psychothérapie cognitive et comportementale". Très concrètes, elles sont ciblées sur le problème particulier du patient. Ces thérapies durent de six à douze mois à raison d'une séance par semaine.

Est-ce une bonne chose qu'un produit chimique apaise les troubles de l'âme ?

Oui, si ce traitement est considéré comme une béquille transitoire, car il n'est pas destiné à être prolongé dans le temps. Son action est censée apaiser l'anxiété. Le relais doit ensuite être pris par la psychothérapie, qui rééquilibrera totalement le patient.

Quels résultats obtient-on avec ce traitement ?

En ce qui concerne les phobies sociales pathologiques, les médicaments seuls donnent des résultats positifs dans plus de 50 % des cas. Et si l'on associe une psychothérapie, ces résultats atteignent 70 % d'amélioration. Cela ne signifie pas une complète guérison, mais les bénéfices sont importants. Avec des séances de thérapie comportementale sans prise de médicaments, on arrive aussi à obtenir plus de 50 % de bons résultats, lesquels semblent d'ailleurs se maintenir plus longtemps qu'avec le protocole uniquement médicamenteux.

Ces personnes atteintes de phobie sociale ont-elles intérêt à se faire traiter dès la découverte de leurs symptômes ?

Tout à fait : plus le problème est pris tôt, plus grande sera l'amélioration.


bouton gris 2Bien gérer son stress

Interview de Christophe André,
psychiatre à l'hôpital Sainte-Ann
e à Paris

"Attention aux petites tensions quotidiennes"

Qu'est-ce que le stress, une maladie, une angoisse ?

Le stress est une fonction humaine normale comme la respiration. Il y a des millions d'années, lorsque nos ancêtres se sentaient en danger, leur coeur s'accélérait, leurs muscles se tendaient afin de pouvoir fuir ou combattre. C'est ça le stress : une réaction d'alerte. Aujourd'hui, bien sûr, le danger n'est plus le prédateur ou l'ennemi, mais une menace psychologique : je suis coincé dans un embouteillage, on ne me donne pas la parole dans une réunion... Mais nos réactions physiques sont toujours les mêmes.

Ce qui signifie que le stress n'est pas "dans la tête" comme on le dit souvent ?

Tout à fait. Lorsque nous sommes soumis à un stress, nous secrétons tous, soudain, beaucoup d'adrénaline et du cortisol, une hormone. C'est ce qui nous permet de réagir rapidement à une situation nouvelle. Si ces réactions se renouvellent trop souvent, notre santé générale (coeur, tension) peut s'en ressentir.

Qui sont aujourd'hui les plus stressés ?

Dans toutes les études, le portrait-robot de la personne la plus stressée est aujourd'hui une femme de 40 ans qui élève seule deux enfants, qui exerce un métier sans responsabilités et qui habite à plus d'une heure de son domicile. Contrairement à ce qu'on a longtemps pensé, le stress n'augmente pas forcément avec les responsabilités au travail. Au contraire ! Moins les gens ont de contrôle sur leur travail, plus ils font des métiers subalternes, plus ils sont stressés.

Qu'est-ce qui nous stresse le plus ?

On a longtemps cru que les grands évènements de la vie (deuil, chômage, déménagements...) étaient les principales causes de stress. Depuis quelques années, on s'est aperçu que les petits "stresseurs" de la vie quotidienne (se lever tôt, habiller les enfants à toute vitesse le matin, une mauvaise ambiance dans le couple, une mauvaise ambiance au travail) usent beaucoup les individus.

A partir de quand le stress devient-il problématique ?

Si même en week-end, en vacances, loin des "stresseurs" habituels, vous vous sentez encore surmenés. Si vous ressentez souvent des troubles digestifs, des douleurs dans la nuque, dans le dos, si vous sentez que vous êtes de plus en plus agacé par les gens, les évènements, à ce moment-là, il faut consulter un spécialiste.

vrai/faux ?

Le stress fait grossir. VRAI et FAUX

Si une souris stressée grossit provisoirement, chez l'homme, rien n'est établi. Si on soumet des gens de poids normal à un stress, certains vont augmenter leur ration alimentaire, d'autres vont manger moins et maigrir.

Les cadres sont plus stressés que les ouvriers. VRAI

Selon une enquête récente de l'Ifop, 57 % des actifs déclarent travailler dans des conditions stressantes, surtout les cadres (69 %) devant les ouvriers (47 %). Avec l'âge, le sentiment d'être stressé augmente et les femmes y sont plus sensibles.

Le stress peut provoquer un ulcère. FAUX

Les ulcères sont dans leur majorité causés par une bactérie nommée hélicobacter pylori, contractée pendant l'enfance et qui altère peu à peu la muqueuse de l'estomac. Contre les ulcères, le traitement se résume aujourd'hui à des antibiotiques.

Le stress est un facteur de problèmes cardio-vasculaires. VRAI

Le stress favorise les troubles du rythme cardiaque, augmente la pression artérielle, donc le risque d'hypertension et curieusement, par un mécanisme assez mal connu, fait augmenter le taux de cholestérol. Pour peu que le stressé fume, ce sont deux facteurs de risques qui se cumulent.

Le stress est inutile. FAUX

Le stress est en réalité une réaction positive de l'organisme pour s'adapter à une menace extérieure. Quand notre équilibre est perturbé, le cerveau libère des hormones, notamment l'adrénaline qui sélectionne dans l'organisme les fonctions utiles à la survie. Cette stimulation est donc saine et normale et prouve que nous sommes bien en vie !

bouton gris 3Ruser avec son stress

Article de Psychologies de décembre 1998


...C'est la pression qui nous permet de nous dépasser, de donner le meilleur de nous-même : un sportif bat un record, un étudiant réussit un examen, un musicien laisse exploser sa créativité sur scène... Une pression insuffisante baisserait le niveau de motivation et les résultats seraient moins bons.
Mis en évidence il y a une cinquantaine d'années par l'endocrinologue canadien Hans Seylie, le stress est "la réponse de notre organisme à toute exigence ou pression extérieure". C'est le principe même de la vie, une alternance de questions et de réponses entre l'extérieur, notre environnement et l'intérieur, notre psychisme. On le sait, plus un enfant reçoit de stimulations et d'informations, plus il developpe ses facultés mentales et ses capacités d'adaptation. Malheureusement, on sait aussi que trop d'exigences transforment nos émotions en brûlot qui liquéfie nos facultés mentales. Or, aujourd'hui, chaque journée qui passe nous expose à beaucoup de situations stressantes que nous ne savons pas toujours gérer. Un contexte général qui, selon les spécialistes, s'aggrave. D'abord, parce que notre vie est sans cesse plus complexe et que nous sommes confrontés à beaucoup plus d'informations qu'il y a encore une dizaine d'années. Ensuite, parce que notre environnement lui-même se complexifie de plus en plus. Pour lutter contre cet écrasement du réel, un seul moyen : agir.
C'est quand nos possibilités d'adaptation sont dépassées par la situation et nos stratégies de réponse inefficaces ou inexistantes que le mauvais stress survient. Mais on peut apprendre à en repousser les limites. Voyez les adeptes des "sports de l'extrême" : leur faculté d'accomplir des exploits périlleux n'est pas apparue subitement. Ils se sont entraînés, jour après jour, transformant la peur en exaltation, développant des stratégies intérieures pour aller chaque fois un peu plus loin, plus haut... Comme ces grands sportifs, nous portons en nous ces ressources. Il suffit alors de savoir les reconnaître et de les développer.

Quel stressé êtes-vous ?

Nous ne réagissons pas tous de la même façon aux mêmes situations. Pour apprendre à gérer son stress, la première chose à faire est de se connaître soi-même. Selon la psychologie du contrôle, nous serions en effet divisés en deux groupes :
puce rouge Les "internalistes" pensent que tout ce qui leur arrive ne dépend que d'eux-mêmes, de leur attitude face à la vie. Leur phrase clé : "quand on veut, on peut". Normalement, ils sont moins sensibles au stress car ils ont l'habitude mentale de développer des comportements adaptés en cas de problème.
puce rouge Les "externalistes", au contraire, s'imaginent que tout ce qui leur arrive est la faute du destin, des autres, de la chance ou de la malchance. Leur phrase clé : "on n'est jamais sûr de rien". Ils sont donc très sensibles au stress et doivent absolument apprendre à le gérer.
Bien sûr, chacun de nous peut osciller entre ces deux tendances, selon les moments de la vie. Mais l'intérêt de cette typologie, c'est qu'elle révèle la notion de "stress perçu" : ce n'est pas l'évènement ou la situation (l'agent stressant) en lui-même qui compte le plus mais la valeur qu'on lui accorde.

Les effets du mauvais stress

Selon l'American Institute of Stress, le stress négatif est aujourd'hui à l'origine de 75 à 90 % des consultations médicales et de 60 à 80 % des accidents de travail. C'est en effet dans le domaine de la santé que ce phénomène est le plus étudié, particulièrement depuis l'apparition de la psycho-neuro-immunologie. Désormais, tous les médecins savent que les émotions jouent un rôle déterminant dans les processus de maladie et de santé : chaque facteur de stress (important ou répété), affaiblit plus ou moins rapidement notre système immunologique. D'où troubles digestifs, asthme, insomnies, problèmes de peau, dépression... Ces maladies peuvent mettre des semaines, des mois ou des années à apparaître. Ainsi, très récemment un groupe de médecins français expliquait à la télévision que la pénible grève des transports parisiens de décembre 1996 avait provoqué une multiplication des maladies psychosomatiques en juin 1997. Trente ans de recherches et d'expérimentations ont largement démontré que les techniques de gestion du stress permettent de diminuer, voire d'éliminer tout symptôme. L'une des plus célèbres de ces études a été publiée dès 1989 par David Spiegel dans la revue médicale "The lancet" : 50 femmes atteintes d'un cancer du sein avaient été invitées à participer à une thérapie de groupe hebdomadaire au cours de laquelle elles pouvaient exprimer et partager leurs émotions. Parallèlement, elles apprenaient une technique d'auto-hypnose pour contrôler la douleur. La comparaison au "groupe témoin" (composé de femmes qui n'avaient pas bénéficié de ce soutien) avait révélé que toutes avaient ressenti deux fois moins la douleur, moins la peur et leur espérance de vie a doublé.

Comment faire face aux quotidien ?

Pour faire face au stress, nous avons des armes naturelles. Il s'agit des "modérateurs de stress", des habitudes de vie qui permettent de mieux résister aux agressions extérieures. Les Dr André, Lelord et Légeron, médecins psychiatres à Sainte-Anne, spécialistes du sujet, les classent en quatre catégories.
Hygiène de vie
Résister aux agressions, même psychologiques, c'est avant tout être en bonne santé.
puce rouge Privilégier des "aliments protecteurs" (fibres, huiles végétales, poissons, sucres lents). Exclure alcool, café, tabac et tout autre excitant.
puce rouge Faire des exercices physiques réguliers. Pour maintenir notre état cardio-vasculaire en bonne forme, 3 fois 20 minutes de gymnastique par semaine, sans forcer, suffisent. Eviter ascenseurs et escalators pour monter tranquillement les escaliers.

Loisirs
Une activité extra-professionnelle qui nous passionne crée des états émotionnels à l'opposé du stress. De même, se faire plaisir (s'offrir un petit cadeau, aller au cinéma, apprendre à jouer d'un instrument de musique...) dissipe les tracas de la vie professionnelle et les relativise.
Spiritualité
De nombreuses études ont démontré que la foi, la religion et la pratique spirituelle ont une influence positive sur notre santé mentale et physique. En effet, croire (quelle que soit la religion) donne du sens à la vie, pratiquer apaise l'esprit, partager sa foi aide à se construire un réseau social.
Soutien social
On en parle très peu en France, mais le "support social" est l'un des grands principes de la gestion du stress dans les pays anglo-saxons. C'est le réseau de toutes nos relations personnelles qui nous permet de faire face au mauvais stress. Des études statistiques ont en effet démontré que les célibataires vivent moins longtemps que les personnes en couple. L'explication : ils ont moins de contacts humains et donc moins d'occasions de communiquer, de partager leurs soucis et leurs émotions.

Alors, soyez zen ! Un grand nombre d'études scientifiques avaient déjà démontré les effets positifs sur le stress des techniques qui visent à expérimenter le calme intérieur (relaxation, méditation, hypnose...). Résultats : abaissement de la pression artérielle, réduction des rythmes cardiaque et respiratoire, de l'anxiété, amélioration du sommeil et de la concentration, etc... Mais cette année, le professeur Jean-Paul Raymond et son épouse ont publié la première étude scientifique complète des effets de la sophrologie sur la diminution et la disparition des symptômes dûs au stress (insomnies, blocages respiratoires, céphalées, etc...). Dans "Plaisir des sens, du stress à la sophrologie" (Sand), ils expliquent comment cette technique agit sur le système thalamo-limbique, responsable des émotions et, donc, des maladies psychosomatiques.


Bouton gris 4 Des attaques de panique m'ont longtemps coupée du monde

Article de Femme Actuelle de janvier 1999

Patricia, 37 ans, mère de famille

"Je me sentais au bord d'un précipice,
constamment en danger de mort"

Depuis l'enfance, je n'ai eu qu'un seul rêve : me marier et avoir des enfants. Je vis pleinement cet idéal depuis seulement quelques mois. Pourtant, mon fils Sébastien a déjà 10 ans et demi et Faustine, ma fille, en a 8. Je me suis mariée en 1982. Après trois ans de mariage, l'annonce de triplés m'avait comblée. Un bonheur de courte durée : à 5 mois et demi de grossesse, deux de mes bébés mouraient dans mon ventre. Le troisième allait mal. Né prématurément, mon petit sursitaire n'a pas survécu.
Curieusement, je n'en ai ressenti aucun chagrin. Mon absence de réaction me troublait. Puis j'ai vécu douze ans, hantée par l'image cauchemardesque de mes trois bébés flottant dans un bocal de formol. Dès février 1986, mois où j'aurais dû accoucher, de légers vertiges ont commencé à m'assaillir. Mon médecin a diagnostiqué une petite dépression.
Soignée pour cela, mes vertiges persistaient, puis des bouffées de chaleur et des palpitations ont fait leur apparition. La moindre activité était une tâche insurmontable. J'avais peur dès que mon mari quittait la maison, dès que sa main quittait la mienne pendant la nuit. Je me sentais au bord d'un précipice, constamment en danger de mort. Mon mari restait attentionné malgré mes angoisses irrationnelles. Jusqu'en 1993, mon état n'a pas évolué. Je ne retrouvais un semblant de paix qu'aux naissances de Sébastien et de Faustine. En 1993, à bout de souffle, j'ai arrêté de travailler. Au début, c'était un soulagement. Mais très vite, je me suis recroquevillée sur moi-même, au point de ne plus franchir le seuil de notre maison. Je sombrais, impuissante, dans ce mal dont je ne comprenais pas la nature. Accrochée à un faible espoir, j'allais vers de nouveaux thérapeutes. En vain.
Lentement, j'ai commencé à comprendre : je n'avais pas fait le deuil de mes trois enfants, je ne me remettais pas du chagrin et de la révolte dans lesquels m'avait plongée leur mort. En mars 1998, résignée à mourir, j'ai consulté une psychiatre spécialisée dans le traitement des troubles anxieux. Elle m'a rassurée : ni folle, ni seule à souffrir ainsi, j'étais atteinte de troubles paniques.
Un anxiolytique et un antidépresseur m'ont été prescrits. Quelques séances de thérapie comportementale et j'allais m'en sortir, disait-elle. J'ai suivi ses conseils sans trop y croire. Pourtant, dès la quatrième séance, j'ai appris à contrôler mes angoisses par des exercices appropriés. Peu à peu, j'ai pu reconquérir un peu de liberté : sortir de chez moi quelques minutes, sans mon mari. Enfin, je me suis sentie assez forte pour accompagner les enfants à l'école, faire les courses et même aller au restaurant avec des amis.
Aujourd'hui, je contrôle mes vertiges en quelques minutes. Je suis moins dépendante de mon mari et notre amour s'en trouve renforcé. Je n'ai rien caché de mon épreuve à mes enfants qui font ma joie de chaque jour. Désormais, je vois un jardin magnifique dans lequel les cendres de mes bébés perdus se mêlent au vent.

Annie, 26 ans, étudiante

"Un reportage m'a permis de comprendre
quel était mon problème"

Ce fut un cauchemar : une pièce pleine de monde se vide, et tout à coup je me retrouve seule : les fenêtres et les portes disparaissent, je suis emmurée vivante... Lorsque j'ai réalisé que je cognais de toutes mes forces contre le mur de ma chambre, je me suis réveillée. Voilà ce qui fut le prélude à deux années de tourments.
Ironie du sort, ma première crise de panique a eu lieu dans la nuit d'un 1er avril. C'était en 1990, avant de passer les épreuves du bac, et j'avais 17 ans. Une douleur au ventre m'a réveillée. Je me suis levée : tout tournait autour de moi, j'étouffais et mon coeur s'emballait : j'ai vu des ombres - mes parents - gesticuler comme les acteurs d'un film muet, les bruits me parvenaient déformés et métalliques. Je me suis mise à hurler, j'ai alors essayé d'ouvrir la fenêtre, me croyant réellement emmurée ; j'ai fini par saisir les chevilles de mon père et l'ai supplié de me tuer, espérant que la mort me délivrerait de cette torture.
A part l'écrivain Paul Nizan, tout le monde dit que 20 ans est le plus bel âge de la vie ; ce fut le pire pour moi : pendant deux ans, je suis restée recluse chez mes parents, victime d'un mal que les médecins eux-mêmes n'ont pas diagnostiqué, vivant dans la hantise de ces crises de panique qui pouvaient survenir à tout instant et me terrasser physiquement et psychiquement. Mes pauvres parents se sont relayés à tour de rôle à mes côtés, car la solitude provoquait invariablement une crise. Et toujours le même processus : des vertiges, une boule dans le ventre, des jambes en coton, l'asphyxie, le temps et les distances qui s'étirent. Je me sentais seule au monde, isolée et incomprise. Ma vie était fichue. Accompagnée de ma mère, j'avais réussi, entre deux crises, à passer mon bac ; une prouesse sans lendemain : durant les deux ans qui ont suivi, je n'ai mis les pieds à l'université qu'une dizaine de fois - toujours avec maman - afin de récupérer les programmes des cours et passer les partiels du Deug. Le seul lien qui m'unissait encore au monde, c'était ces passages à la fac et mes études d'histoire. Durant tout ce temps, j'ai été suivie par une psychanalyste qui refusait d'entendre mes souffrances quotidiennes. Elle me faisait parler de mon passé. Que pouvais-je lui dire ? Fille unique de parents très anxieux, j'étais une enfant solitaire et studieuse, plus mûre que ceux de mon âge, un peu en retrait. Plutôt mal à l'aise avec les autres, j'avais endossé le rôle de la confidente : écouter m'évitait de parler de moi.
A travers la lecture et l'écriture, j'aimais l'introspection, les réflexions existentielles, cherchant à comprendre la condition humaine, le fonctionnement des autres, mais sans eux. Jusqu'en terminale, mon rythme de vie était celui de l'école. Mais je m'y sentais très insécurisée et souffrais souvent de bouffées de chaleur ; j'étais stressée, les enjeux étaient chaque année plus lourds à assumer et il m'arrivait de vomir à la veille d'un contrôle. Mais je voulais à tout prix réussir ma vie. Et faire des études était une condition incontournable. L'année du bac, deux mois après la rentrée, j'ai perdu ma grand-mère. Avec la mort de cette femme que j'adorais, je me suis écroulée. J'en voulais à la terre entière. Alors je me suis renfermée un peu plus, plongeant dans le passé, pleurant sans arrêt, me rendant au lycée avec appréhension, jusqu'à cette étrange crise du mois d'avril. Après, j'ai testé toutes sortes de traitement inadaptés : médicaments - j'ai pris l'habitude de prendre des anxiolytiques - hypnose Eriksonienne... Puis un autre jour d'avril, en 1992, lors d'une émission consacrée à la timidité, j'ai découvert que mon problème portait un nom : l'agoraphobie, un très grand sentiment d'insécurité qui vous saisit dès que vous êtes loin de votre maison, de vos repères... J'appris aussi qu'il existait des méthodes pour la soigner : les thérapies comportementales. Pleine d'espoir, j'ai pris rendez-vous avec l'un des collègues du psychiatre interviewé. Il n'a pas fallu cinq minutes à celui-ci pour mettre un nom sur mon mal et me proposer une thérapie. Je n'avais jamais connu un tel soulagement. Mon comportement a changé en quelques semaines : j'étais motivée, décidée à me battre. Ensemble, nous avons analysé mes scénarios-catastrophes ; il m'a appris à affronter mes peurs et à lutter contre les blocages à l'aide de différentes techniques. Puis, peu à peu, j'ai pu sortir seule : sur le palier, puis jusqu'au hall de l'immeuble, et enfin dans la rue.
Deux ans de thérapie m'ont permis d'éradiquer les symptômes physiques et de me réadapter à une vie normale. Des milliers de fois, je me suis répétée comme un leitmotiv, "just do it", et je l'ai fait ! Bien des fois, j'ai ressassé les mots de Sénèque : "Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles qu'on n'ose pas les faire, c'est parce qu'on n'ose pas les faire qu'elles sont difficiles".
A 22 ans, j'étais assez autonome pour m'installer seule et découvrir la vie avec mon propre regard. J'ai repris mes études, rencontré des amis, et aujourd'hui, je consacre une partie de mon temps libre aux Restos du Coeur ; j'ai même ouvert l'antenne parisienne de Médiagora, l'association de ceux qui souffrent, comme j'ai souffert, d'agoraphobie et de phobies sociales. Finalement je ne regrette pas d'avoir raté mes 20 ans, je me sens plus forte que je n'aurais jamais pu l'imaginer. J'ai eu mal, je me suis battue et j'ai réussi à mener une vie que j'aime. L'an prochain, je serai institutrice, et c'était mon rêve. j'ai fait la connaissance d'un garçon qui me plaît. Ces deux années sont pour moi comme deux pages blanches. Elles m'ont appris à reconnaître les choses importantes et à apprécier les bonheurs de l'instant présent.

Christophe André, psychiatre comportementaliste,
vice-président de l'AFTCC

"Cette pathologie reste mal connue. Souvent,
elle n'est même pas diagnostiquée"

Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?

L'attaque de panique est une cirse d'angoisse qui apparaît très brutalement et peut survenir à tout instant ; elle démarre souvent à la suite d'une activité physique intense, comme monter rapidement un escalier, faire la queue dans un magasin surchauffé et bondé, après une mauvaise nuit, etc... Et subitement, en quelques secondes, tout bascule : la personne a une sensation physique bizarre qui peut se traduire par ces signes : vertiges, sensation d'étouffement, palpitations, tremblements, troubles de la vue et de l'ouïe, douleur au ventre, suée, etc... Si on constate l'apparition simultanée de plus de quatre symptômes sur une quinzaine recensés, il s'agit bien d'une attaque de panique. Lorsqu'elle est suivie d'autres crises, on parle alors de trouble panique. Le sujet atteint, le "paniqueur", en est si perturbé qu'il réorganise sa vie de façon à éviter toute situation pouvant redéclencher une crise : il arrête de faire du sport, évite les magasins, n'ose plus prendre sa voiture...

Quelles sont les personnes les plus exposées ?

Dans deux cas sur trois, les paniqueurs sont des femmes, une proportion que l'on retrouve dans tous les troubles anxieux ; et on estime que 4 % de la population française - soit quelques centaines de milliers de personnes - connaît ce type de troubles au moins une fois dans son existence. On s'est aperçu que les sujets à risques développent dans leur enfance une anxiété de la séparation - aller à l'école, en colonie de vacances - doublée bien souvent d'une fragilité familiale héréditaire - des parents eux-mêmes anxieux. Par ailleurs, ce sont souvent des personnes qui ont une incapacité à exprimer des émotions hostiles et se laissent dominer par leur entourage, se maintiennent dans une dépendance aux autres. Souvent, les paniqueurs auraient aussi un petit défaut de l'oreille interne qui les rendraient plus sensibles aux vertiges.

Qu'est-ce qui différencie l'hypocondriaque du paniqueur ?

Le paniqueur a peur de ses réactions physiques et une crainte irraisonnée d'une maladie qui le ferait mourir en quelques secondes. A la différence de l'hypocondriaque, un obsessionnel qui ressasse son improbable maladie et sa peur de mourir à petit feu, il va éviter de penser et de parler de ses troubles, car c'est justement ce qui déclenche son angoisse.

Comment se soigner ?

Cette pathologie reste malheureusement assez mal connue, c'est ainsi que dans bien des cas, comme le montrent ces témoignages, elle n'est pas diagnostiquée. Ainsi, ce qu'on appelle la spasmophilie n'est en fait qu'une forme débutante d'attaque de panique, à l'intensité limitée. Quant à l'agoraphobie, elle est une complication du trouble panique : l 'agoraphobe évite les lieux où il risquerait de subir une attaque de panique. Come on le voit, l'information reste à faire pour vraiment prendre en compte un trouble qui peut considérablement entraver la vie de celui qui en souffre, s'il n'est pas soigné. Actuellement, on obtient d'excellents résultats avec les thérapies comportementales et cognitives. Notre première démarche - prescription d'antidépresseurs ou bien d'anxiolytiques - permet d'espacer les attaques, donc de diminuer l'angoisse. Ensuite, on réapprend au patient à affronter les situations qu'il redoute, afin qu'il comprenne qu'il ne va pas mourir ou devenir schizophrène. On l'aide à mieux contrôler son "scénario catastrophe", l'enchaînement de pensées qui le plonge dans l'angoisse. La thérapie travaille sur deux niveaux : une approche comportementale - exercices et accompagnement du patient, mises en scène de ses scénarios - et une approche cognitive - le patient note ce qui lui vient en tête lors d'une attaque. La thérapie peut prendre entre trois mois et deux ans, en fonction de la personnalité du patient et aussi selon les troubles associés à sa pathologie (déprime, dépendance aux tranquillisants, alcoolisme, etc...).

Bouton gris 7

Article de Maxi d'avril 1999

L'agoraphobie, la peur des grands espaces et de la foule,
peut vraiment gâcher la vie. Joëlle est bien placée pour le savoir !

"C'était un dimanche soir, se souvient Joëlle. Je rentrais tranquillement en voiture de l'hôpital de Lille où je suis infirmière. Quand, soudain, mon coeur s'est mis à battre à toute vitesse, mes mains à trembler, mon front à ruisseler de sueur. Il me semblait que cette autoroute qui s'ouvrait devant moi à perte de vue, je n'en verrais jamais le bout. Je ne pouvais pas me l'expliquer, mais j'avais la certitude absolue que j'allais mourir, ici, maintenant !"
Tant bien que mal, Joëlle se gare sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, ouvre la vitre pour respirer un peu d'air frais. Et très lentement, comme une vague qui reflue, son angoisse s'atténue, puis disparaît comme elle était venue... La crise n'aura duré que cinq minutes.
"J'ai mis ce moment de panique incompréhensible sur le compte de la fatigue, raconte Joëlle, et je n'y ai plus pensé...".
Mais une semaine plus tard, sur cette même route, une nouvelle crise d'angoisse s'empare d'elle ! En roulant au pas, Joëlle arrive à rentrer chez elle. Là, elle s'effondre, exténuée, sur le canapé du salon. Cette fois, la crise a duré un bon quart d'heure. "J'ai pensé qu'il ne fallait plus que je reprenne cette route, que je devais absolument trouver un autre chemin, avec des cabines téléphoniques pour appeler à l'aide, et aussi des pharmacies pour qu'on me donne des médicaments en cas de problème. J'ai fait un itinéraire qui allait me rassurer, mais aussi rallonger le trajet d'une heure !".
Le lendemain, Joëlle emprunte son nouveau parcours : aucune crise d'angoisse ! Soulagée, elle en profite donc pour s'arrêter au supermarché. Mais là, sans prévenir, la panique revient. La foule, les néons aveuglants, Joëlle n'a plus qu'une seule idée en tête : sortir de là. Tout de suite. A tout prix ! Comme une enfant terrifiée, elle abandonne son chariot et, sous le regard médusé des clients, s'enfuit en courant.
"Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait, raconte Joëlle, les amis à qui j'en parlais se voulaient rassurants. Ils disaient qu'après quelques jours de vacances il n'y paraîtrait plus".

Seulement, les crises se multiplient et elle se déclenchent n'importe où, n'importe quand : un jour, lors d'une réunion dans la salle de conférences, elle doit sortir, au bord de l'évanouissement ; un soir, au cinéma, elle quitte la salle en plein film : c'est la foule qui l'empêche de respirer...
"Je ne pouvais plus travailler, plus sortir sans redouter de devoir m'enfuir. Je me défilais dès qu'il fallait faire un long trajet... Il n'y avait pas un matin où je pouvais me lever sans avoir peur... d'avoir peur".
Un soir, au retour d'un dîner chez des amis, elle ressent des picotements dans les doigts. Le temps d'ouvrir sa porte et les démangeaisons ont envahi sa poitrine, ses bras ; son coeur bat à tout rompre ! "Je me suis dit que j'étais en train de faire un infarctus et j'ai appelé mon frère à l'aide". Joëlle est transportée aux urgences cardiologiques où elle subit des examens pendant quarante-huit heures.
"Pour les médecins, raconte Joëlle, j'étais en parfaite santé, mais moi, je savais bien qu'il y avait autre chose. Alors je suis allée consulter un médecin en qui j'avais toute confiance. Lorsque je lui ai parlé de mon impossibilité à rester dans un hall de gare ou d'aéroport, dans une salle de réunion ou dans tout autre endroit surpeuplé, il m'a dit tout de suite : "Ne cherchez pas, vous êtes agoraphobe".
Il m'a envoyée chez un psycbiatre qui, en tant que médecin, m'a prescrit des antidépresseurs et chez un psychologue qui m'a aidée à combattre ma peur, notamment en se rendant avec moi sur les lieux où je me sentais mal...
Ca a pris du temps, beaucoup de temps, pourtant les crises se sont espacées et, un jour, exactement comme elles étaient venues, elles ont disparu pour ne plus jamais revenir !"
Cela fait cinq ans aujourd'hui que Joëlle est guérie. Les premiers temps, elle redoutait qu'une angoisse ne resurgisse à l'improviste, mais maintenant, elle n'y pense même plus... Joëlle n'a plus peur de l'espace, même pas... l'espace d'une seconde !

Une phobie qui se soigne

L'agoraphobie est la peur des grands espaces comme les places, les halls, les grands magasins, les autoroutes, mais aussi de la foule qui s'y presse. Cette angoisse provoque des palpitations, des suées, des tremblements et l'impression que l'on va mourir. L'agoraphobie apparaît rarement avant l'âge de 20 ans et frappe plutôt les femmes. Elle se soigne avec des médicaments (antidépresseurs) et une aide psychologique : par exemple, on accompagne le malade sur les lieux qui l'angoissent pour qu'il surmonte sa peur. L'association Médiagora, dont Joëlle est la Présidente à Lille, a plusieurs antennes, à Lille, Paris et Rouen, et aide les personnes agoraphobes, angoissées ou souffrant de phobies sociales.

Bouton gris 6

Article de Capital Santé d'avril 1999

Les psy qui nous font avancer sans regarder derrière
Avec eux bien mieux qu'hier... et encore mieux demain !
S'il y a un divan dans leur cabinet, c'est pour y apprendre
à respirer confortablement. Relégué dans la salle d'attente,
le fauteuil où le psy assis, bras sur les accoudoirs, menton
posé sur ses doigts croisés, encourageait son patient à lui raconter
sa prime enfance. Leur "truc à eux" : le retour vers le futur.

Nous avons tous notre talon d'Achille : il y a ceux qui grimpent aux rideaux à la vue d'une souris, celui qui se "laisse toujours bouffer par les autres" ou encore cette autre "qui reproduit éternellement les mêmes échecs"...
Nous nous connaissons sur le bout des doigts, nous nous sentons mêmes capables, grâce à nos nombreuses lectures sur le sujet dans les magazines féminins, d'analyser la situation : "Un oedipe contrarié alors que nous entrions en maternelle", "une mère super mais terriblement protectrice", "une crise d'adolescence larvée qui n'a jamais pu donner sa vraie dimension"... D'accord, d'accord, mais impossible de réécrire les épisodes de notre journal de jeune fille, pour en modifier l'histoire ! Et puis, tout le monde a des parents, tout le monde a un passé... à quoi sert de revenir sur notre histoire ? Sûrement pas à résoudre nos problème immédiats.

Avec eux, on parle d'aujourd'hui

Jeanne a 21 ans, elle vient d'entrer dans une école de communication, un métier pour lequel elle se sentait des dispositions. Aujourd'hui, elle doute :
"A la fin du premier trimestre, j'ai pris conscience que je ne m'étais pas fait un seul véritable ami. J'entretiens de bonnes relations avec tout le monde, mais je ne fais partie d'aucun des petits groupes qui se sont constitués et passent ensemble leurs week-ends. Je sors avec le même garçon depuis quatre ans... J'ai eu le sentiment que brutalement ma vie était devenue étriquée. C'est sur le conseil de ma mère que j'ai pris rendez-vous avec une psy comportementaliste. Je n'en avais jamais entendu parler avant. Quand ma soeur a décroché au collège, elle a vu une psychologue toutes les semaines pendant quatre ans ! Trop long pour moi, d'autant que je n'avais pas envoie de revenir sur le départ de notre père quand nous étions petites. Cela explique peut-être beaucoup de choses mais ne résout pas ma claustrophobie sociale".
Il n'est pas sûr que l'absence de père soit réellement à l'origine des problèmes de Jeanne.
Les psychothérapeutes comportementalistes n'empêchent pas leurs patients de chercher à comprendre l'origine de leurs comportements avec un psychanalyste (ces derniers sont beaucoup plus réticents à l'égard de ces nouveaux psy) ou avec un psychothérapeute. De même, ils n'interrompent pas une prise de médicaments prescrite par un médecin car un sevrage doit toujours être progressif.
Leur but est de soulager le malaise, la peur, la souffrance, comme l'explique Herman de Vries, psychologue, qui pratique les thérapies comportementales depuis vingt-cinq ans : "Notre objectif est de créer un nouveau répertoire de comportements grâce à de nouvelles expériences, de nouvelles stratégies et de nouveaux repères plus opérationnels. Pour les troubles de l'anxiété, les résultats sont souvent spectaculaires".

Avec eux, on pointe les frustrations de la vie quotidienne...
Complexes, anxiété, dépression... une aide spectaculaire validée par les études

Les comportementalistes s'appuient sur l'aspect scientifique de la psychologie : l'évaluation concrète des résultats après avoir fait prendre conscience à leurs patients de leurs comportements conditionnés, renforcés ou freinés par les évènements de leur vie (et les conséquences que cela entraîne) et les avoir aidés à en corriger certains et à en valoriser d'autres. Les cognitivistes "travaillent" sur les modes de pensées négatifs... et positifs avec leurs patients ; les comportementalistes de "terrain" agissent et s'impliquent dans les blocages qui leur gâchent la vie ; la plupart font les deux et s'adaptent à la personne qu'ils reçoivent, à la manière d'Herman de Vries. "Je m'ajuste au cas par cas, en m'aidant parfois de la relaxation, de jeux de rôles ou d'un travail sur la respiration. J'utilise également la technique de l'exposition : elle consiste à amener quelqu'un à affronter la situation anxiogène en pensée, puis en exercice et enfin en situation réelle".
Une aide utile pour réussir à vaincre une phobie, celle de l'ascenseur, par exemple. Le thérapeute accompagne une fois, puis deux, puis dix, le phobique dans cette cage qui le terrifie... jusqu'à ce que sa présence devienne inutile.
Quant à Jeanne, elle a entamé une réflexion sur elle-même avec sa thérapeute : "Lors de notre première séance, elle m'a demandé si je situais bien ce que je voulais voir changer dans ma vie. Cela me semblait clair, c'était ma relation avec les autres. Nous en avons parlé, j'ai raconté les petits faits qui me mettaient mal à l'aise, voire me faisaient souffrir. Elle m'a donné un questionnaire évoqyant plusieurs situations sociale, avec pour mission de noter de - 4 à + 4, celles que je supportais le mieux ou le moins bien : être seule, me sentir seule au milieu d'un groupe, me promener dans la foule ; me taire, prendre la parole sans réfléchir, être obligée de prendre la parole ; au restaurant : manger un plat froid ou trop chaud sans me plaindre, demander au garçon de changer mon assiette, faire un scandale...
Elle a regroupé mes réponses par comportements globaux et m'a fait apparaître des choses dont je n'avais pas vraiment conscience, comme par exemple, que j'étais prête à toutes les concessions pour être appréciée, que l'avis des autres me paraissait toujours plus intelligent que le mien...
Elle m'a montré un tableau, très simple, en trois colonnes : contexte, description et réponse à l'évènement. Je l'ai recopié sur un petit carnet pour y noter les situations qui me marquent et je m'efforce le plus souvent possible de le faire sur le vif".

Avec eux, on améliore demain

"Lors de mon second rendez-vous, nous avons épluché mon carnet, là encore, elle a procédé à des regroupements de mes attitudes. Le contexte et les évènements pouvaient être différents, je retrouvais toujours les mêmes mauvaises "lignes de défense". Cela m'a sauté aux yeux sans qu'elle ait besoin de me mettre les points sur les "i". Cette prise de conscience m'a amenée à me fixer quatre objectifs. Donc à provoquer les évènements qui me permettent de tester de nouveaux comportements, avec une priorité à celui qui me paraissait le plus difficile à mettre en place.
Avant de nous quitter, elle m'a demandé : "Vous faites toujours ce mouvement ?" "quel mouvement ?" "Ne bougez pas et regardez-vous dans la glace au-dessus du canapé". Je tenais à deux mains mon genou droit, posé sur mon genou gauche et je balançais mon pied. Je m'en suis excusée, ce qui l'a fait sourire : "Vous faites le dos rond pour attraper votre genou et vous serrez vos bras contre votre corps : ainsi vous vous protégez comme si vous craigniez de recevoir des coups..." Elle a ajouté une petite consigne à mon programme : chaque fois que j'en prends conscience, m'appliquer à redresser le dos, à décroiser mes jambes, à poser mes mains sur les accoudoirs des fauteuils et mes pieds bien à plat sur le sol... Je corrige ma position dix à quinze fois par jour !", sourit Jeanne.
Cette méthode de la "consigne" est celle qu'a adoptée Annie Martineau, psychologue dans l'équipe de nutritionnistes et comportementalistes de l'hôpital Bichat, qui prend en charge des personnes ayant, en vain, testé maints régimes ! "Pour modifier leur comportement responsable d'une véritable souffrance psychique, j'utilise la stratégie de l'observation. Au lieu de restreindre, j'ajoute des consignes afin de faire prendre conscience à la personne, par exemple, qu'elle grignote toujours debout. Pour freiner l'impulsion, il faut alors mettre du temps entre l'envie et le passage à l'acte : lui demander de s'asseoir..." Peu à peu, les automatismes, les attitudes se révèlent au grand jour, le regard sur soi évolue.

Avec eux, on parle d'avenir !
Nous avons besoin de résultats rapides... avec les comportementalistes c'est le cas !

"C'était mon troisième rendez-vous, avant-hier, raconte Jeanne. Elle me laisse du temps pour pouvoir me tester ! Nous avons repris mon carnet, elle a relevé plusieurs changements d'attitude... Et elle m'a de nouveau demandé de noter de 0 à 10 ce qui avait été le plus difficile, les comportements que je pensais pouvoir modifier radicalement, les échecs qui m'avaient laissé indifférente, ceux qui m'avaient mortifiée... Elle m'a dit que j'étais réellement motivée et que nous allions réussir. Elle m'a conseillée de me focaliser sur le point le plus ardu pour moi, "les autres seront plus faciles à gérer ensuite, ils se résoudront même peut-être spontanément. Nous avons évoqué mon balancement de pied de façon plutôt anecdotique : "Lorsque vous aurez progressé sur vos attitudes, je vous apprendrai à respirer, mais vous devez d'abord apprendre à vous relaxer..." A suivre", jubile Jeanne, enchantée par ses trois premiers rendez-vous.
Après l'étape de mise à jour des comportements, vient l'établissement d'un plan de travail, toujours en accord avec le patient, dont l'adhésion est déterminante. Une des limites des psychothérapies comportementales est le manque de motivation de la personne qui demande de l'aide : impossible d'obtenir un résultat avec quelqu'un de passif.
Par le biais de ce "programme", les thérapies comportementales et cognitives s'attachent à nous faire prendre conscience de nos monologues intérieurs. Il s'agit non seulement d'observer notre comportement (j'ai eu peur de prendre la parole en public, je suis devenue rouge, et je suis partie...), mais aussi par les pensées qui nous ont envahies à ce moment-là, et qui explique notre état de fébrilité (je vais être ridicule, je vais bégayer...). Ce n'est pas la situation qui créé une tension, une peur ou une tristesse, mais la perception que nous en avons. Or, lorsque nous sommes déprimés ou anxieux, nous avons tendance à sélectionner dans notre entourage, notre vie et notre passé, les informations négatives. Le thérapeute va réamorcer un engagement dans ces activités sociales, nous proposer de nouveaux ancrages dans la société, de nouvelles occasions de contacts, avec des résultats aussi positifs que durables. Prévenir les rechutes : c'est là le "plus" du comportementaliste !
"Cette thérapie est d'autant plus séduisante qu'elle propose une relation interactive, plus égalitaire qu'autoritaire, avec le thérapeute, analyse le Docteur François Lelord, psychiatre-comportementaliste. Nous sommes devenus des consommateurs de soins, qui attendons un service et un résultat rapide, et avec le comportementalisme, c'est le cas".

Les enfants aussi

Se séparer de son doudou à 7 ans, se faire des copains quand on est un grand timide, ce n'est pas toujours facile... Car, pour les enfants, il n'y a pas de petits soucis : ils sont en proportion aussi lourds que les nôtres.

En cas de troubles du comportement

La thérapie comportementaliste se révèle particulièrement efficace. Particulièrement avec les petits, encore plus réceptifs, que les grands. Hyperactivité, énurésie, phobies sociales... plus ils sont pris en charge tôt, moins il résistent, ont pu constater les pédopsychiatres et les psychologues. C'est pourquoi l'an dernier a été créée une formation spécifique pour ces professionnels au sein de l'Association Française des Thérapies Comportementalistes et Cognitives (AFTCC).

En cas de traitements lourds

Parce qu'il est souvent difficile d'accepter une maladie chronique, qui vous rend "différent des copains", il est classique de constater que les petits malades "craquent" de temps en temps et refusent d'avaler leurs médicaments, pourtant indispensables.
"Les psychothérapies cognitivo-comportementales de courte durée sont particulièrement indiquées dans la mucovisicidose pour obtenir une modification objective et rapide de certains comportements, comme le refus alimentaire, le refus de soins ou une phobie face à un traitement", affirme l'Association Française contre la Mucoviscidose qui vient de publier un petit guide sur le sujet.

Témoignage
Christelle "J'arrive à être plus performante dans mes études"

"A 33 ans, j'ai décidé de reprendre des études après dix années de vie professionnelle et j'ai eu de gros problèmes de concentration et d'idées négatives. Impossible de réussir à apprendre, je me répétais que j'étais nulle, que les autres étaient bien meilleurs, que je n'y arriverais jamais. Puis sont venues les crises d'angoisse, terribles. Chez moi, elles se manifestent par des mains moites, le coeur qui s'emballe, et surtout la certitude que je vais mourir immédiatement. J'avais déjà suivi une psychanalyse il y a quelques années. Avec la thérapie comportementale, j'ai tout de suite eu des résultats pratiques. Dès les premières séances, j'ai appris à me fixer des objectifs raisonnables. Par exemple, en fractionnant mon temps de travail, alors que moi j'avais tendance à rester des heures devant mon bureau sans être performante. Et petit à petit, j'ai appris à me concentrer pendant quinze minutes, puis vingt, puis trente. Au bout d'une semaine déjà, je réussissais à limiter l'ampleur des crises... Je n'ai pas encore terminé la thérapie. Bien sûr, j'aimerais que cela aille plus vite, mais comme j'arrive mieux à travailler, cela m'aide à m'accrocher : je n'ai pas abandonné mes études et j'ai accepté l'idée d'obtenir ma maîtrise en deux années au lieu d'une".

L'avis du comportementaliste

"Il arrive que les anxiétés de performance soient responsables d'échecs scolaires ou d'études qui traînent. Les thérapies comportementales peuvent aider l'élève angoissé en lui donnant de nouveaux repères qui vont lui permettre la mise en oeuvre d'un comportement plus opérationnel".

Cadeau d'entreprise

Les entreprises ont vite compris l'intérêt des thérapies comportementales dans l'affirmation de la confiance en soi. Pour les proposer habilement à leur personnel, elles sont rebaptisées stage de "développement personnel" ou de "coaching". "C'est la responsable des ressources humaines qui organise une formation pour déstresser les cadres redoutant de prendre la parole en public... ou le manager qui nous appelle parce qu'il s'estime trop agressif et qu'il ne parvient pas à gérer les conflits avec ses collaborateurs" expliquent Bernard Hévin et Jane Turner, psychothérapeutes.
Parmi ces entreprises avant-gardistes, on peut citer EDF, France Télécom, la SNCF, Renault, l'Assemblée Nationale (pour son personnel et non ses députés !). Séduits également, les commerciaux et les étudiants qui y voient une manière d'améliorer leurs performances en se débarrassant de leurs peurs irrationnelles.
"Les techniques de la psychologie trouvent des applications en dehors des pathologies, se réjouit le Docteur Bernard Rivière. Elles permettent d'optimiser notre aisance sociale, une initative bénéfique tant dans notre milieu professionnel que familial. La gestion du stress permet également de prévenir les troubles cardio-vasculaires, elle protège nos défenses immunitaires...".

Une spécialité qui a de l'avenir

On estime déjà à un millier le nombre de praticiens formés en France et 400 psychiatres se forment cette année uniquement à Paris. Pour autant, nous sommes encore loin de nos voisins anglo-saxons et d'Europe du Nord.
"Aux Pays-Bas, la moitié des thérapies sont de type comportementaliste et cognitif", témoigne Herman de Vries, psychologue d'origine hollandaise, confiant en l'avenir de sa spécialisation. C'est sans doute du côté des médecins généralistes que les choses bougeront le plus désormais. Ils sont les premiers vers qui se tournent les personnes anxieuses, dépressives et on sait aujourd'hui que le temps investi dans cette thérapie évite bien des rechutes. Déjà, un enseignement spécifique est proposé aux non-spécialistes à l'hôpital Saint-Antoine à Paris.

Une psychothérapie pour tous ?

"Presque !" assure le Docteur Bernard Rivière, psychiatre à l'hôpital Esquirol de St-Maurice : "Ces thérapies ont des effets positifs sur presque toutes les pathologies, même si elles sont un peu moins utiles pour les démences, l'autisme infantile évolué et les dépressions sévères".

Nos phobies
Premiers et plus spectaculaires résultats

C'est avec les phobies que les thérapies comportementales ont en premier lieu brillamment prouvé leur efficacité, crédibilisant ainsi toute la démarche.
Peur des araignées, d'être treize à table, de prendre le métro, d'arriver en retard, les phobies sont diverses, variées et très fréquentes : un français sur cinq en souffre ! Les américains en ont recensé 6 450... Elles sont le plus souvent liées à un traumatisme, ce qui rend les médicaments inefficaces. Aussi la thérapie comportementale est un vrai soulagement pour les phobiques ! "Si vous souffrez d'une peur morbide des serpents, le thérapeute vous incitera à visualiser un serpent et à vous en approcher par imagination jusqu'à ce que vous parveniez à le toucher en toute sérénité", résume Patrick Traube, psychothérapeute. A moins d'habiter en Afrique équatoriale, nous pouvons vivre en évitant d'en rencontrer. En revanche, la phobie de l'eau prive de bien des plaisirs de vacances. La stratégie thérapeutique est schématiquement la même si nous associons une situation (plonger dans une piscine) à une mauvaise expérience : "J'ai bu une tasse quand j'étais petit et j'ai cru me noyer", nous sommes incapables de nous jeter à l'eau. Le comportementaliste va nous aider à associer des émotions positives : "J'adore me relaxer dans mon bain", et des exercices : des séances de jeux avec notre bébé dans la pataugeoire de la piscine par exemple, afin de dépasser le réflexe conditionné responsable de notre peur. Bien sûr, cela sera moins facile et prendra plus de temps si, enfant, nous avons vécu un vrai traumatisme, comme assisté à une noyade. Les résultats sont aussi rapides qu'impressionnants.
En cas de phobie simple (peur des araignées, de l'orage...) ou d'agoraphobie (peur des lieux publics), les symptômes disparaissent généralement huit fois sur dix. Pour les phobies sociales, le taux de réussite s'élève à 60 %. Et quelques séances peuvent suffire pour se réconcilier avec un avion ou une souris.

Nos troubles obsessionnels
Résultats positifs pour le patient... et son entourage

Une fixation sur la poussière qui nous amène à passer deux à dix fois par jour l'aspirateur après avoir déplacé tous les meubles et tapis... Le sentiment oppressant - et que nous avouons ridicule : - d'être sur écoute, qui nous force à nous interrompre au milieu d'une conversation pour soulever un objet afin de s'assurer qu'aucun micro n'y est dissimulé... Des symptômes pénibles, l'enfer pour nous et pour les autres. Bien souvent, famille et collègues tentent d'aider la personne concernée en la surprotégeant. Ainsi assistée, il devient inutile de faire des efforts, de prendre des risques.
"Pour favoriser la guérison, l'entourage doit s'impliquer dans le traitement et encourager sincèrement le candidat à la guérison. J'invite souvent le conjoint à assister aux entretiens pour qu'il comprenne comment il peut jouer un rôle de renforcement positif, en sachant exprimer sa confiance, dire qu'il est convaincu que ça va marcher...", explique Annie Martineau.
Positiver comment ? Sans tomber dans l'agressivité, la moquerie ou le chantage ! Ne jamais dire : "Je ne fais plus telle activité avec toi tant que tu n'as pas obtenu tel résultat...".

Nos kilos
Balance et moral allégés

A l'hôpital Bichat, à Paris, nutritionnistes et comportementalistes travaillent main dans la main, au fil d'une quinzaine de séances de psychothérapie avant le démarrage d'un régime. Cela s'appelle "l'aide au régime", car ce n'est pas la thérapie elle-même qui peut faire perdre du poids, mais la confiance retrouvée, après l'échec de plusieurs régimes. Le thérapeute aide les "candidats" à l'amaigrissement à se revaloriser, à se stimuler à nouveau. "Il faut compter sept à huit séances pour prendre conscience des réflexes à modifier, et autant pour découvrir les idées ou émotions qui les déclenchent. Avec le recul, nous avons constaté que les régimes accompagnés d'une thérapie garantissent une perte de poids durable, contrairement aux régimes simples", constate Annie Martineau.
Phobies, complexes, anxiété, dépression mais aussi sevrages (tabagisme, alcool), les thérapies comportementales sont une aide appréciable pour se débarrasser de nos dépendances. Et dans ce domaine, la recherche avance rapidement ! En nous apprenant à modifier nos émotions, elles nous permettent de transformer les comportements qui nous empoisonnent la vie. Elles sont d'autant plus séduisantes qu'elles sont généralement de courte durée : rarement plus que quelques mois.

Témoignage
Marie-Claire, dentiste
Au début, j'étais une sorcière... et je suis devenue une fée !

"Nathalie, une petite fille de neuf ans, devait subir une intervention qui était, pour elle, très impressionnante : la résection du frein sous la langue. Elle la redoutait beaucoup, c'était net dans ses dessins, confie le Docteur Marie-Claire Théry-Hugly, chirurgien-dentiste. Elle me représentait en sorcière et se dessinait recroquevillée dans un cerceuil. Grâce à une restructuration cognitive à base de relaxation et à une exposition graduelle aux soins, nous avons réussi à dédramatiser la situation. Dans son dernier dessin, réalisé après l'opération, le chirurgien était devenu une fée et la petite fille un ange serein au coeur d'un paysage de rêve, celui-là même dans lequel la relaxation l'avait plongée. Sans mener une séance magistrale de relaxation, nous pouvons aider une personne qui redoute un soin dentaire. Nous avons parfois à faire face à des manifestations buccales de psychopathologie, comme le phénomène de "la langue brûlante". C'est une douleur psychogène chronique qui révèle un syndrome dépressif. La thérapie comportementale et cognitive nous est alors très utile".

Ca marche...

Un peu : Psychoses, dépressions sévères.
Beaucoup : Troubles paniques, dépressions, alcoolisme, aide au régime, complexes, troubles sexuels, problèmes de couples, stress, hyperactivité, énurésie.
Enormément : Phobies, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), tics, anxiété en particulier sociale, timidité, crises d'angoisse, troubles post-traumatiques.

Bouton gris 7Aime-toi et la vie t'aimera

Article du Figaro Madame de juin 1999

"J'ai confiance en moi, je m'aime
et je vois l'avenir en rose" :
gardez le cap, vous allez droit vers le bonheur !
Et souvenez-vous que l'estime de soi
se consomme avec modération.
Un sujet évoqué sans complexe par
les psychiatres Christophe André et François Lelord.

Après le succès de votre précédent livre "comment gérer les personnalités difficiles", vous vous intéressez aujourd'hui à l'estime de soi. Pourquoi ?

L'estime de soi est l'un des principaux carburants dont nous avons besoin pour faire face aux défis de l'existence. Elle est à l'origine de la plupart de nos actes et de nos décisions. Que l'on en ait peu ou beaucoup, elle est vitale pour l'équilibre psychologique.

Ne s'agit-il pas de confiance en soi ?

Non, car celle-ci ne s'applique qu'à nos actes : nous avons confiance en nous parce que nous savons faire telle ou telle chose sans crainte excessive de l'échec ou du jugement d'autrui. Mais ce n'est là qu'un des aspects de l'estime de soi. Il faut également prendre en compte l'amour que l'on se porte ainsi que la vision que l'on a de soi-même, qui permet de se projeter dans l'avenir de façon positive ou négative. Ces trois composantes (l'amour, la vision et la confiance en soi) influent les unes sur les autres et ne sont pas forcément équilibrées. On peut très bien réussir professionnellement parce que l'on a une vision de soi positive, sans s'aimer véritablement.

Quelle est l'utilité de l'estime de soi ?

On peut la comparer à la quille d'un bateau, qui permet à l'embarcation de rester stable et de garder le cap. Face aux difficultés de l'existence, l'estime de soi a un rôle stabilisateur. Comme le système immunitaire, elle nous permet de résister aux agressions extérieures et fait office d'agent protecteur sur les plans émotionnel et psychologique.

Sommes-nous tous égaux dans ce domaine ?

Non, bien sûr. Certains d'entre nous ont une estime de soi haute et stable. On les repère facilement : ils se lancent volontiers dans l'action, se fixent plusieurs objectifs (évoluer professionnellement, acheter un appartement, changer de voiture,...) qu'ils renouvellent lorsqu'ils les ont atteints. Ils ont le sentiment de gérer leur vie en toute indépendance, savent être heureux sans arrière-pensée et profitent de l'instant présent. Ils n'accordent pas une importance démesurée aux critiques et se concentrent sur leurs points forts. Confrontés à un échec, ils ne souffrent ni ne doutent moins que les autres (une bonne estime de soi ne protège pas de la souffrance) mais savent s'en détourner en se réengageant dans de nouvelles aventures.

Quels sont les autres cas ?

Ceux qui ont une estime de soi haute et instable ont souvent une haute opinion d'eux-mêmes mais aussi une soif inextinguible de reconnaissance. Ils se défendent des critiques, qu'ils vivent comme de véritables agressions et réagissent au quart de tour par des flots de justifications. Ils peuvent également consacrer beaucoup d'énergie à autopromouvoir leur image en rappelant leurs succès passés ou à venir. Comme les premiers, ils savent se lancer dans l'action, atteindre et dépasser les objectifs qu'ils se sont fixés, mais le moindre problème les plonge dans des abîmes et des états d'âme douloureux. Lorsqu'ils échouent, ils considèrent souvent que les autres en sont responsables ! Avoir le dernier mot dans une conversation, faire passer ses idées, gagner un match de tennis ou une partie de Trivial Pursuit sont autant d'enjeux qui leur permettent de s'affirmer et de se faire valoir.

Peut-on vivre sans estime de soi ?

Les personnes à faible estime de soi ont sans cesse besoin d'être rassurées, car elles doutent de leur aptitude à plaire, à réussir, à être aimées. Elles ont l'impression que leur bonheur, leur réussite ne dépendent pas d'elles mais du bon vouloir des autres, du destin ou du hasard et vivent dans l'inconfort psychologique et affectif. Souvent en proie à de vives critiques intérieures, elles ont tendance à se noyer dans leurs doutes, ce qui les freine considérablement. Anxieuses, elles ne peuvent jamais se réjouir pleinement car elles se posent systématiquement la question : est-ce que ces bons moments vont durer ?

Au fond, elles se méprisent ?

Pas forcément, mais elles sont très centrées sur leur personne. Elles souffrent de "narcissisme négatif" : elles se focalisent sur leurs points faibles et ne prennent pas en considération leurs qualités. Plutôt que de se pencher sur leurs capacités, elles observent les autres pour se calquer sur leur façon d'être.

Ce sont les plus défavorisées ?

Oui, mais elles ont aussi des qualités ! Une certaine modestie : qu'on les félicite et elles répondent qu'elles n'ont aucun mérite, que l'on en aurait fait de même à leur place... Elles sont aussi plus neutres, plus prudentes, attentives à ne tromper personne lorsqu'il s'agit de parler d'elles, ce qui leur permet d'être plus facilement acceptées par les autres. Le fait qu'elles sont sensibles aux critiques, qu'elles tiennent compte des conseils qu'on leur prodigue, leur permet de s'améliorer... et d'être recherchées pour leur qualité d'écoute !

Quelle est l'origine de la bonne ou de la mauvaise estime de soi?

L'estime de soi se construit dès les premières années en fonction de l'environnement dans lequel on va grandir, des modèles parentaux, de l'amour et de l'éducation que l'on va recevoir. Le rôle de l'affection est tout aussi important que celui de l'éducation, car si le premier permet de hisser l'estime de soi à son plus haut niveau, le second permet d'apprendre à recevoir l'approbation d'autrui. Sans elle, l'estime de soi reste fragile. Prenons l'exemple d'un enfant qui aura été très aimé par ses parents mais à qui l'on n'aura jamais fixé de limites, à qui l'on n'aura pas appris à être poli, agréable, serviable. Son estime de lui-même sera haute mais instable. Ne sachant pas qu'il faut faire des efforts pour être apprécié, il entrera en conflit avec autrui.

Mais l'éducation, ce n'est pas seulement fixer des limites et des règles de conduite, c'est aussi encourager ses enfants.

Bien sûr. Et il faut d'ailleurs être très attentif aux messages que nous leur adressons. Sous prétexte de faire progresser leur fils ou leur fille, de nombreux parents se focalisent sur leurs mauvais résultats, leurs points faibles, sans prendre en considération les succès qu'ils peuvent obtenir par ailleurs. Dire à un enfant "Tu as eu 7 sur 10 en maths ! Pourquoi pas 9 ?" est une manière de détériorer l'estime qu'il a de lui-même. Il va très vite se concentrer sur ses manques, ses carences et apprendre à ne jamais se satisfaire de ce qu'il obtient.

Comme un enfant établit-il son échelle de valeurs ?

Avec les messages qu'il reçoit de ceux qu'il considère comme des références, c'est-à-dire ses parents, ses enseignants, ses pairs (les enfants de l'école) et ses amis proches. Il nourrit son jugement et son estime de lui-même à partir de ces quatre sources. Si l'une d'entre elles est défaillante, les autres peuvent y suppléer. C'est ainsi qu'un enfant ne recevant pas suffisamment de gratifications ou d'encouragements de la part de son instituteur et de ses parents estimera peut-être plus important d'être aimé de ses copains si ceux-ci lui renvoient des messages positifs. D'où la nécessité d'être très vigilant avec ses enfants et de prendre en considération leurs doutes, leurs plaintes.

A l'âge adulte, comme cela se passe-t-il ?

L'importance des bons résultats scolaires et de la popularité dans la cour de récréation laisse la place à la réussite dans son travail et au sentiment d'être apprécié par son entourage amical ou professionnel. En revanche, l'importance de l'aspect physique ou des performances athlétiques, primordiaux à l'adolescence, tend à diminuer progressivement, sauf pour ceux qui sont désespérément accrochés à un rêve de jeunesse éternelle. L'approbation et l'amour des parents sont plus ou moins remplacés par ceux du conjoint.

Les femmes ne s'aiment-elles pas davantage lorsqu'elles se sentent belles ?

La beauté influe énormément sur l'estime de soi car elle favorise l'acceptation par les autres et la capacité de les influencer. Si elle est plus déterminante pour les femmes, c'est parce que les hommes sont très sensibles à leur apparence physique. Et la publicité ne cesse de leur envoyer des images de créatures sublimes, créant de ce fait un idéal de beauté inaccessible. Mais une bonne estime de soi alimentée à d'autres sources peut protéger contre ce phénomène. D'où l'importance d'aider les petites filles à s'épanouir autrement qu'en rêvant de ressembler à leur Barbie !

Comment préserver l'estime de soi ?

Le plus souvent, on le fait sans même s'en rendre compte ! Considérer les défauts de celui qui nous critique est par exemple une manière de protéger son estime de soi. Acheter et posséder des choses qui font plaisir sont autant de prothèses pour l'estime que nous nous portons. Il existe également tous les réconforts immédiats : manger des friandises, se confier à une amie, s'offrir un voyage ou un soin de beauté... Si ces "récompenses" sont facilement accessibles, elles présentent l'inconvénient de n'avoir qu'un effet passager. Pour se rassurer durablement, il faut se donner des occasions d'obtenir de petits succès et de franchir des obstacles : éclaircir un malentendu, venir à bout d'un travail difficile, provoquer l'approbation et l'estime des autres, se fixer des résolutions et s'y tenir. Enfin, il est souvent nécessaire de retrouver une vision réaliste du rapport entre ses ambitions et de ses aptitudes réelles. En un mot, cesser de s'imposer des idéaux trop exigeants ou perfectionnistes.

Si l'on n'a pas suffisamment d'estime de soi, que faire ?

Réfléchir et tenter d'analyser les principaux domaines où se manifeste sa faible estime de soi : s'agit-il de certains aspects de notre personne, de notre relation aux autres ou de nos rapports à l'action et aux projets ? Dans tous les cas, l'avis d'un médecin est utile. Il est en effet indispensable de savoir si ce n'est pas l'un des signes d'une dépression plus ou moins cachée qu'il faudrait soigner. Ensuite, il peut s'avérer utile d'entreprendre une psychothérapie.

Bouton gris 8Apprenez à décoder vos rêves

Article de Top Santé d'août 1999

Qu'ils soient mystérieux, érotiques ou inquiétants, nos rêves
sont souvent le reflet de nos émotions et de notre personnalité.
Avec les conseils de Georges Romey, psychothérapeute,
apprenez à les décoder pour mieux vous connaître.

Le rêve? La voie royale pour l'accès à l'inconscient, martelait Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Nos songes, qui nous laissent bien souvent un sentiment d'étrangeté, auraient donc un sens caché. Lorsque nous tombons dans les bras de Morphée, s'enclenche un cycle de quatre stades qui se renouvelle plusieurs fois par nuit. C'est durant le troisième stade, appelé REM (pour « Rapid Eye Movement") que nous rêvons. Certaines personnes pensent qu'elles ne rêvent jamais. Faux ! En fait, elles n'en gardent aucun souvenir « Le rêve a des fonctions de compensation et de réorientation », précise Georges Romey, psychothérapeute. Exemple : vous avez un problème à régler, vous prenez une décision, et le lendemain, vous vous réveillez dans un autre état d'esprit. Car entre-temps, un rêve est intervenu et vous a suggéré une autre orientation. Le même scénario défile sous vos yeux depuis quinze jours? Ce songe récurrent apparaît en fait pour vous obliger à trouver une solution à un problème précis. Et tant que vous ne l'aurez pas résolu, il reviendra !

Certains rêves mettent en scène des archétypes (exemple: la lune symbolise le féminin, et le soleil, le masculin...). Ces images archaïques, décrites par le psychiatre Cari Gustav Jung, sont des symboles universels. Mais n'oubliez pas que l'interprétation des songes se rattache également à votre histoire person- nelle et à votre situation actuelle. Pour vous aider à décrypter le sens caché de vos rêves, voici quelques exemples commentés par notre spécialiste.

5 conseils pour mieux les comprendre

1. Notez les fragments de vos rêves au saut du lit.
Ayez en permanence sur votre table de chevet feuille de papier et stylo. Personnages, paysages, forme des objets, couleurs, etc. Inscrivez systématiquement tout ce qui vous vient à l'esprit, même si cela vous paraît dénué de sens.

2. N'oubliez jamais que certains songes sont plus accessibles que d'autres.
Si le contenu d'un songe s'avère trop hermétique, passez au suivant !

3. Laissez-vous guider par votre intuition.
Mais évitez les interprétations trop hâtives.

4. Consultez un dictionnaire des sympboles.
Il vous donnera les clés pour mieux interpréter vos rêves.

5. Efforcez-vous d'en décrire la tonalité.
Eprouviez-vous une sensation de joie, de peur ? Mettez ces émotions en relation avec votre vie quotidienne, vos soucis, vos attentes afin de découvrir le lien existant entre vie diurne et nocturne.

Rêve d'eau : Mélanie, 25 ans
Je rêve d'une plage de sable blanc, comme sur les cartes postales. Je me baigne dans l'océan et je ressens une incroyable sensation de bien-être.

Comment l'interpréter ?
Le rêve de Mélanie met en scè
ne le bonheur qu'elle éprouve à exprimer sa féminité. L'eau est le symbole de l'« anima », selon Jung, (la part féminine qui existe en nous). Une femme se rêvant nue sous la pluie et dans un état de bien-être peut exprimer un désir de fécondité. Les rêves d'eau sont en analogie avec le fantasme de retour au ventre maternel, donc le paradis perdu. Mais l'interprétation dépend de la qualité des eaux du songe. Une personne rêvant qu'elle marche dans un étang aux eaux boueuses, et qu'elle s'enlise, manifeste sa peur d'être confrontée à certaines pulsions inscrites en elle (la boue représentant la zone d'ombre de la personnalité).

Rêve de nudité : Christiane, 51 ans
Je marche nue dans la rue. Tous les regards sont braqués sur moi. Je n'éprouve aucune sensation de gêne, au contraire, je me sens bien.

Comment l'interpréter ?
Le vêtement est en analogie avec la « persona », selon Jung, laquelle symbolise ce que nous représentons à l'extérieur, notre masque social. Les vêtements font en effet partie du règle des apparences. A l'opposé, la nudité ramène à la vérité. Christiane, elle, semble en accord avec elle-même puisqu'elle déambule nue, indifférente aux regards extérieurs. Par extension, une personne rêvant qu'elle porte un vieux manteau râpé ou des vêtements en loques peut éprouver un sentiment d'infériorité.

Rêve de vitesse : Gérard, 32 ans
Je suis au volant d'un camion qui roule à vive allure. J'essaie de ralentir, mais la pédale de freins ne fonctionne plus du tout.

Comment l'interpréter ?
Il s'agit d'un rêve d'angoisse. Le rêveur a le sentiment qu'il perd le contrôle de la situation et qu'il court à la catastrophe (le précipice est au bout du chemin !). C'est un songe d'avertissement du genre : "Attention, tu vas trop vite, freines". A rattacher à son vécu personnel : à quel type de difficultés doit-il faire face ? Imaginons un homme marié ayant une liaison et qui est dépassé par les évènements. Ici, Gérard ne parvient pas à ralentir : cela signifie qu'il doit reconsidérer sa situation afin d'être à nouveau maître de son existence.

Rêve d'arme : Michel, 44 ans
Je suis poursuivi par un homme armé d'un poignard. Je cours très vite, mais il me rattrape. Je me réveille brutalement.

Comment l'interpréter ?
Les armes tranchantes, conçues pour pénétrer dans la chair, ont une symbolique phallique (représentation du sexe masculin). Le scénario décrit par Michel reflète une angoisse de castration au sens symbolique du terme, à mettre en rapport avec la figure paternelle. Michel redoute-t-il la toute puissance de son père ? Mais toutes les armes blanches n'ont pas la même signification. Si le couteau sert à blesser, voire à tuer, l'épée peut se mettre au service d'un idéal (souvenons-nous de l'épée magique d'Excalibur).

Rêve de perte : Sylviane, 62 ans
Je me promène dans la rue. J'ai perdu mon sac à main. Je crois l'avoir oublié dans une boutique, mais non... Je suis alors prise de panique.

Comment l'interpréter ?
Le sac à main renvoie à l'identité de la rêveuse. Le fait de l'avoir égaré exprime donc une perte d'identité ou de pouvoir. On peut traduire cela par : « Je me sens désorientée, je manque de repères ». Notre sac à main, qui recèle tout à la fois produits de maquillage, cartes de crédit et autres bilelts doux représente notre intimité. Il n'est de secret pour personne que le sac des femmes contient un fatras d'objets qui s'entrechoquent ! A noter que bon nombre de psychanalystes voient dans celui-ci le symbole de... l'utérus !

Rêve de vol : Arnaud, 24 ans
Je décolle du sol et me voilà dans les airs. Je vole au-dessus des montagnes. J'éprouve une vraie sensation de puissance.

Comment l'interpréter ?
Les rêves de vol procurent une impression de bien-être. Ils symbolisent une prise de liberté par rapport aux contingences matérielles. En s'élevant dans les airs, le rêveur prend de la hauteur et porte un autre regard sur son existence. Les rêves de vol peuvent représenter une élévation spirituelle. Il importe de différencier les types de vol : tapis volant, planeur... Lorsqu'on est en avion, on est dans la maîtrise, on garde le contrôle de la situation. A bord d'une fusée qui s'élance à la conquête de l'espace, on accepte de rompre avec ses repères habituels.

Rêve de maison : Vincent, 28 ans
Je me retrouve dans la maison de mon enfance. Mais je ne la reconnais plus : les murs sont lézardés et les pièces sont vides.

Comment l'interpréter ?
La maison est un lieu qui restitue les relations familiales telles que la rêveuse les a vécues enfant. Une maison pimpante renvoie à une ambiance chaleureuse. Une demeure en ruine traduit une enfance vécue dans un climat d'insécurité. La personne qui rêve de sa maison d'enfance se trouve confrontée aux "fantômes" du passé : ce songe réalise une sorte de nettoyage. La maison symbolise notre moi, notre personnalité ; le grenier, nos orientations intellectuelles et spirituelles ; la cave étant le reflet de nos zones d'ombre...

Rêve d'insectes : Simon, 35 ans
Je suis dans mon lit et j'aperçois des araignées sur le mur. Au début, cela ne me fait rien. Puis, elles se dirigent vers moi et là, c'est l'angoisse.

Comment l'interpréter ?
Les insectes sont symboles de transformation et de stagnation névrotique. Ce rêve peut exprimer la tentation de la guérison, sans l'effort d'introspection, voire l'attente d'une solution magique aux problèmes personnels. Mais l'interprétation varie selon l'insecte. L'araignée apparaît souvent en songe lors d'une période de dépression, elle est le signe d'une angoisse métaphysique. N'oublions pas qu'elle représente aussi la figure de la mère (ou de la grand-mère), étouffante ou castratrice, d'où le surgissement d'angoisse.

Rêve de mort : Jean, 52 ans
Mon père a eu une crise cardiaque. On vient me l'annoncer et je prends la nouvelle avec un grand détachement.

Comment l'interpréter ?
Lorsque l'on voit quelqu'un mourir en rêve, a fortiori une personne que l'on connaît peu, c'est que celle-ci représente inconsciemment une tendance négative inscrite en nous. De fait, cette mort met en lumière la nécessité d'éradiquer cet aspect de notre personnalité. Les psychanalystes voient dans le décès d'une personne chère (père, mère, frères et soeurs...), l'émergence de voeux de mort inconscients en résonance avec le vécu de la petite enfance du rêveur.

L'avis du spécialiste : Georges Romey, psychothérapeute

Y a-t-il des périodes où des périodes de la vie où l'on rêve davantage ?

Il y a des périodes où l'on est en plus en contact avec son inconscient, mais celles-ci ne sont pas forcément en rapport avec l'âge. A chaque fois qu'une personne est confrontée à un problème qu'elle ne peut régler ou à un événement qu'elle refuse d'admettre, le rêve va délivrer son message. Dans les moments de la vie où se dessine une évolution psycholologique, la personne peut être « travaillée » de l'intérieur. Idem pour celle qui s'est engagée dans une voie professionnelle ou affective qui ne lui convient pas. Enfin, le fait d'entreprendre une psychothérapie peut aussi favoriser la remémoration des rêves nocturnes.

Pourquoi fait-on des cauchemars ?

Le cauchemar est l'expression d'une angoisse qui résulte d'une tension non résolue dans le champ de la conscience. On peut distinguer deux types de situation. Le cauchemar se rapporte à un événement actuel qui pose problème à la personne. Au réveil, elle va modifier son attitude et régler ainsi son problème. Et il y a le cauchemar qui correspond à un événement parfois ancien que l'on a refoulé. Il est bien souvent récurrent. Tant que la personne sera face à ce type de rêve, il y a toutes les chances pour que la situation ne se débloque pas. D'où la nécessité pour le rêveur de faire appel à une aide extérieure pour l'aider à prendre conscience de ce qui se joue.

Bouton gris 9Apprenez à "lâcher prise"

Article de Top Santé d'août 1999

Apprenez à "lâcher prise".

Vous avez envie de vous sentir enfin «relax» après une année passée sur les chapeaux de roue ? Suivez notre programme pour vous ressourcer en profondeur. Cette nouvelle sérénité vous aidera à repartir du bon pied à la rentrée !

Un temps pour le farniente

Cet été, vous avez prévu de : câliner votre mari ou vos enfants, flâner au marché, visiter les musées, jardiner, faire des confitures, vous remettre au tennis, recevoir vos amis... Stop ! Vous vivez toute l'année à un rythme d'enfer. Le temps est venu de souffler un peu. Pour récupérer vraiment, adoptez un mode de vie plus tranquille. La meilleure méthode : commencer ses vacances par... ne rien faire. Après cette phase de repos complet, reprenez vos activités, mais sans excès. Alternez périodes actives (sport, visites, invitations, cuisine...) et phases de repos. Savourez l'instant présent et redécouvrez les bienfaits du farniente. Les vacances, ne l'oubliez pas, c'est fait pour ça !

Un temps pour la vraie détente

Les enfants sont habillés n'importe comment. vous n'avez pas fait votre lit, il est 13 h 30 et le déjeuner n'est pas prêt? Votre poil se hérisse déjà... Du calme ! Décompresser, cela signifie adopter un autre rythme et savoir «lâcher du lest». Personne ne vous oblige à avoir une maison impeccable, à présenter joliment la moindre salade ou à servir chaque repas sur une nappe repassée. Alors, exigez moins de vous-même et plus des autres. Laissez votre époux faire les courses pour le barbecue, demandez aux enfants de mettre le couvert, même si tout n'est pas fait exactement à votre goût.

Un temps pour se retrouver

Toute l'année, vous avez en tête l'emploi du temps de vos enfants, les soucis de votre mari... Cet été, prenez le temps de vivre un peu égoïstement, pour une fois. Plus épanouie, vous vous sentirez aussi plus disponible. Prenez soin de votre corps et offrez-vous quelques moments de plaisir : gymnastique douée, sauna, shopping, séances chez le coiffeur ou l'esthéticienne... Surtout, ne culpabilisez pas! On vous invite au bal du 15 août, mais la lecture d'un roman policier vous tente davantage ? Soyez aimable, mais ferme: «Non merci. Amusez-vous bien et à tout à l'heure !» Et ne perdez pas l'habitude de penser à vous, même à la rentrée.

LES REGLES D'OR POUR « DECROCHER »

Avant le départ

Organisez-vous : des vacances tranquilles, cela se prépare à l'avance. Planning des visites, dates de départ, provisions et personnes à prévenir. N'omettez aucun détail.

Annoncez la couleur : si vous louez une maison à plusieurs, faites-vous préciser les obligations de chacun (organisation, partage des tâches, participation financière...). Une réunion préalable permet d'éviter bien des tensions.

Pendant le séjour

Improvisez : ne soyez pas trop rigide, ni avec vous, ni avec les autres. Laissez-vous bercer par ces journées de vacances, même si elles ne se déroulent pas toujours comme vous l'aviez prévu.

Profitez de l'instant présent : le temps est superbe, les enfants s'amusent comme des fous... Voyez la vie en rose !

A la rentrée

Prenez de bonnes résolutions : récapitulez les réflexes que vous avez acquis. "J'arrive à me contrôler", "j'ai appris à respirer par le ventre", "je sais faire le vide dans ma tête". Ces bonnes habitudes font désormais partie intégrante de votre vie.

Continuez sur votre lancée : organisez votre agenda en fonction de ce nouveau rythme. Réveillez-vous un quart d'heure plus tôt pour effectuer quelques mouvements de yoga ou des exercices respiratoires. N'espérez pas "vous y mettre" dans un mois : faites-le tout de suite !

UNE NOUVELLE METHODE ANTISTRESS PERSONNALISEE

Vous souffrez de troubles dus au stress : insomnie, anxiété, phobie... Essayez les séances de Relaxial, une nouvelle méthode utilisée "harmonisation active personnalisée". Le principe ? Après un interrogatoire médical et l'étude des pouls selon les principes de la médecine chinoise, un logiciel définit des sons et des couleurs capables de vous détendre. En pratique, vous êtes installée dans un fauteuil confortable, coiffée d'un casque d'apparence futuriste. C'est parti pour une demi-heure de relaxation : bains de lumière, colorée, projections audiovisuelles relaxantes.

LES TECHNIQUES POUR VOUS RELAXER

Une respiration profonde, régulière et apaisante est la véritable clé de voûte de la détente. Séduisantes, les nouvelles techniques de relaxation visent à rétablir notre équilibre fragilisé par notre mode de vie.

Comment ? En renouant avec la nature, en réveillant nos sens et en stimulant notre esprit. Quelques minutes par jour suffisent à recharger vos batteries et à vous détendre.

LA VISUALISATION pour désamorcer le stress

L'évocation de certaines images exerce un remarquable effet calmant. Avec de l'entraî- nement, et vos paupières pour seuls accessoires, vous parviendrez rapidement à les faire apparaître. Avec un peu d'entraînement, vous effectuerez cette "gym mentale" sans effort, même dans les embouteillages !

Imaginez des lieux idylliques

Clairière verdoyante, dune de sable doré modelée par le vent, cascade jaillissant au milieu d'une forêt... Fixez votre attention sur les couleurs les plus intenses et respirez à pleins poumons.

Ecoutez la nature

De nombreux CD ou cassettes de relaxation recréent un fond sonore favorisant l'éva- sion. Souffle du vent, fracas des vagues, gazouillis des oiseaux... sans oublier le scénario de l'orage tropical, avec son atmosphère oppressante et sa pluie qui soulage.

Notre conseil

Installez-vous dans un endroit silencieux, voire dans la pénombre. Durée moyenne de la séance: 20 minutes.

LA MEDITATION pour faire le vide

Imitez les Orientaux, qui s'accordent quelques minutes matin et soir pour faire le plein d'énergie et libérer leur esprit en méditant.

Observez un objet

Tôt le matin, et juste avant de vous coucher, enfilez une tenue confortable, isolez-vous dans une pièce calme de la maison. Méditez cinq minutes pour commencer, puis dix, vingt minutes au maximum. A genoux ou assise, mais toujours le dos droit, concentrez- vous sur un vase par exemple, si ses couleurs ou sa forme vous séduisent. Essayez de chasser les idées «parasites ».

Répétez des mots

Fixez votre attention sur un mot ou une phrase, dont vous aimez la musique. Les sonorités en « b » et en « 1 » sont particulièrement plaisantes. Idéal aussi pour se concentrer avant un entretien important.

Notre conseil

Le meilleur moyen de pratiquer la méditation sans faire sourire toute la famille ? Enseignez-la aux plus jeunes comme un jeu où l'on s'amuserait à rester immobile et silencieux pendant un moment.

L'AROMATHERAPIE pour réveiller vos sens

Dès que vous percevez une odeur, votre cerveau transmet ses impressions aux organes du corps. Agréables? Le cSur bat plus tranquillement, la peau est moins vulnérable...

Découvrez les vertus des huiles essentielles

Avant une randonnée, ajoutez à votre bain quelques gouttes d'huiles essentielles de sauge, de lavande ou de citrus, aux vertus tonifiantes. Au retour, optez pour la camomille, la mélisse ou la valériane. Frottez vos tempes avec de la marjolaine ou de la lavande diluée à 5% dans une huile de germe de blé. A éviter à la plage: les huiles essentielles de citron et de bergamote, qui tachent la peau.

Parfumez votre maison

Créez un climat de sérénité avec un diffuseur d'arôme ou des bougies parfumées. Les plus relaxantes? La lavande, la marjolaine et la camomille. A éviter dans la chambre des moins de 3 ans.

Notre conseil

Procurez-vous un bon guide. Certaines huiles nécessitent des précautions particulières.


Alain Héril, sophrologue et psychothérapeute

Pourquoi la respiration est- elle la clé de la relaxation ?

Au moindre stress, notre respiration devient plus rapide et superficielle, et donc moins efficace. Le diaphragme se bloque, tous nos muscles se raidissent, ce qui accentue les tensions. Une respiration contrôlée et profonde assure un apport optimal d'oxygène. Les échanges gazeux s'améliorent et le corps retrouve l'oxygénation nécessaire à la détente.

Comment bien respirer au quotidien ?

En cas de stress, il faut prendre conscience de sa respiration et, surtout, maîtriser la phase d'expiration, qui doit être aussi longue et profonde que possible. Ce contrôle favorise l'élimination des toxines et procure une sensation de détente. L'inspiration devient plus régulière et naturelle. Enfin, on peut aussi respirer par le ventre, en plaçant sa main sur son nombril et en veillant à ce que l'air reste dans le ventre, pour libérer le diaphragme. Ce type de respiration permet un massage des organes digestifs, ce qui facilite la détente et supprime la sensation de "boule dans l'estomac" chez les personnes angoissées.

Retrouvez un sommeil naturel

Article de Top Santé d'août 1999

Retrouvez un sommeil naturel

Surcharge de travail, maladie des enfants, sorties... toutes sortes de circonstances sont à l'origine d'horaires décalés ou de coucher tardif. Rien d'étonnant à ce que notre organisme soit déphasé et trouve difficilement le sommeil ! Voici comment retrouver le bon rythme, natu- rellement et pour longtemps.

Tordez le cou aux idées reçues

Pour retrouver des nuits paisibles, pas question de mettre en pratique n'importe quelle recette. Un conseil : commencez par démêler le vrai du faux.

Huit heures de sommeil, c'est la dose indispensable pour être en forme

Cela dépend des personnes. La moyenne chez l'adulte est de sept heures et demie. Mais certains ont besoin de neuf heures et demie de sommeil chaque nuit.

Rien de tel que l'alcool pour s'endormir

Un petit verre de vin peut effectivement enclencher le processus de détente qui vous aidera à trouver le sommeil. Au contraire, une quantité excessive d'alcool risque d'avoir un effet excitant et de provoquer des réveils intempestifs, trois ou quatre heures plus tard.

Sauter le repas du soir, c'est l'assurance de nuits paisibles

II faut naturellement éviter les repas trop lourds, la viande rouge, les plats en sauce et les légumineuses : une digestion laborieuse perturbe le sommeil. Toutefois, il est déconseillé d'aller se coucher le ventre vide, car la faim risque de vous réveiller au milieu de nuit. Le mieux est donc de dîner légèrement, en privilégiant les aliments riches en calcium et en magnésium. Ces derniers favorisent en effet la production de sérotonine, une substance indispensable au sommeil.

Il suffit de dormir plus pour récupérer après une nuit trop courte

C'est vrai pour les enfants et les adolescents, qui disposent d'une grande "élasticité" dans ce domaine. Les adultes, en revanche, ont perdu cette faculté. Quelques heures de plus risquent de décaler le rythme veille-sommeil et de provoquer ensuite des difficultés d'endormissement. Une sieste programmée entre 13 et 15 heures est bien plus réparatrice.

Il faut se coucher tôt, car les heures avant minuit comptent double

En réalité, ce sont les trois premières heures de sommeil. Pendant cette phase, le corps est en sommeil profond, le plus réparateur pour l'organisme.

Remettez votre horloge à l'heure

Nos cycles veille-sommeil sont réglés par une horloge interne dont le bon fonction- nement peut être perturbé. Voici cinq astuces pour la remettre à l'heure.

Exposez-vous à la lumière le matin, et non en fin de journée. La baisse d'intensité lumineuse déclenche la production de la mélatonine, une hormone cérébrale qui favorise le sommeil.

La nuit, évitez les éclairages trop violents, qui perturbent le processus naturel d'endormissement. Privilégiez les sources de lumière douée et tamisée.

Dormez dans une chambre fraîche. Une légère diminution de la température corporelle aide à s'endormir.

Faites du sport le matin ou en début d'après-midi. L'effort physique apporte une sensation de détente et favorise le sommeil lent qui améliore la récupération. Une activité intensive pratiquée en fin de journée a des effets excitants.

Préparez votre nuit en effectuant cette séance de relaxation : allongée dans votre lit, levez lentemeni une jambe à la verticale en l'étirant au maximum. Restez ainsi une quinzaine de secondes en respirant lentement. Inspirez par le nez et expirez. par la bouche. Redescendez la jambe et recommencez de l'autre côté.

Oubliez les somnifères

Si le sommeil vous fuit malgré une bonne hygiène de vie, les médecines douées peuvent vous donner un "coup de pouce". Elles agissent plus lentement que les médicaments, mais ne créent pas d'accoutumance. Découvrez ci- dessus la solution qui vous convient.


VOS SOLUTIONS MEDECINES DOUCES

Problème : Vous n'arrivez pas à trouver le sommeil
Cause : Tempérament nerveux, Camomille, difficulté à «débrancher» valériane après une journée active
Phytothérapie : Camomille, Valériane
Homéopathie : Gelsemium 9CH, Coffea Cruda 4CH
Oligothérapie : Magnésium

Problème : Vous vous réveillez dans la nuit et vous mettez des heures à vous rendormir
Cause : Nature émotive, période d'anxiété ou de nervosité
Phytothérapie : Passiflore, Coquelicot
Homéopathie : Nux Vomica 7CH
Oligothérapie : Zinc, sélénium

Problème : Vous vous réveillez à 4 heures du matin et vous broyez du noir
Cause : Légère déprime
Phytothérapie : Millepertuis
Homéopathie : Thuya 5CH
Oligothérapie : Lithium


Dr Damien Léger, responsable du centre du sommeil à l'Hôtel-Dieu (Paris)

L'été est-il une saison propice pour retrouver le sommeil ?

Oui, dans la mesure où c'est la période de l'année qui offre le plus d'heures de lumière. Celle-ci joue un rôle régulateur essentiel dans les rythmes veille-sommeil de notre horloge interne. Pendant les vacances, chacun se sent plus détendu et vit à son propre rythme, ce qui aide à retrouver un sommeil de bonne qualité. En revanche, le bruit de la chaleur sont des éléments perturbateurs. Le cerveau a besoin de voir sa température baisser d'un degré pour enclencher correctement le processus d'endormissement.

La sieste est-elle bénéfique quand on dort mal ?

Oui, à condition de la moduler en fonction de ses besoins. Une sieste d'une heure à une heure et demie aide à récupérer en cas de nuit vraiment courte. Mais elle peut avoir un effet perturbateur sur des personnes qui ont du mal à trouver le sommeil ou qui se réveillent pendant la nuit. Dans ce cas, mieux vaut priviléuier une pause de quinze à vingt minutes, qui apporte une bonne détente sans compromettre la nuit à venir.

Comment savoir si l'on dort suffisamment ?

En faisant le test de la sieste, mais à une heure décalée par rapport aux heures habituelles de somnolence. L'organisme ressent naturellement le besoin de dormir entre 13 et 15 heures. Si vous glissez sans peine dans le sommeil lorsque vous vous allongez plus tard dans l'après-midi, cela signifie à l'évidence que vos nuits ne sont pas suffisamment longues.

Les troubles de l'estime de soi sont en pleine progression

Article de Psychologies d'octobre 1999

Avec Christophe André Psychiatre,
psychothérapeute et consultant en entreprise,
il est l'auteur, avec François Leiord, de "l'Estime de soi"
et "Comment gérer les personnalités difficiles"
(O.Jacob, 1999 et 1996). Il a écrit avec Patrick Légeron,
"la Peur des autres. Trac, timidité et phobie sociale" (O.Jacob, 1998).

La boulimie augmente chez les femmes et touche désormais les hommes. De plus en plus de patients dépressifs rechutent deux ans après leur rétablissement. Un constat à l'origine du best-seller "l'Estime de soi".

Il existe de nombreux ouvrages grand public sur la timidité ou les complexes. Rien de tel pour l'estime de soi. Jusqu'à la parution récente de "l'Estime de soi, s'aimer pour mieux vivre avec les autres" de Christophe André et François Lelord, deux psychiatres habitués à s'adresser aux non-initiés. Leur idée clé : haute ou basse, l'estime de soi influence toute notre vie.

Votre livre est un best-seller. Pourquoi ce succès?

Quand un livre est un best-seller, c'est parce qu'il touche quelque chose d'universel et d'intime à la fois. L'estime de soi concerne tout le monde au plus profond de lui-même, autant les individus bien portants que ceux dans la souffrance. Elle explique nombre de nos difficultés.

Concrètement, qu'est-ce-que l'estime de soi apporte à un individu dans sa vie amoureuse ?

Elle rend moins dépendant. On n'a pas besoin de l'autre pour se sentir exister, pour sentir qu'on a en soi de la valeur, on choisit donc davantage ses partenaires sans s'accrocher à eux. Elle permet aussi de s'engager avec plus de confiance. Certains estiment si peu qu'ils verrouillent leurs rapports aux autres et préfèrent ne pas avoir de vie sentimentale plutôt que d'en souffrir.

Et dans sa vie professionnelle ?

Une plus grande résistance aux échecs. Et aussi une vision plus claire de ce pour quoi l'individu est fait. De nombreux jeunes adultes ont des problèmes d'estime de soi. Du coup, ils perdent du temps car, au lieu de faire ce qui leur plaît vraiment, ils font ce qu'on leur recommande de faire, ou ce qui les sécurise socialement.

Des maladies ont-elles pour origine un manque d'estime de soi ?

Oui, et certaines sont en pleine explosion. La boulimie, par exemple, dans sa forme pathologique. Elle gagne même les hommes, traditionnellement épargnés. Il existe aussi un trouble de l'humeur qui s'appelle la dysthymie. C'est une forme de dépression plus ou moins atténuée. Ceux qui en souffrent sont souvent tristes, pessimistes, s'autodévalorisent sans pour autant présenter de véritables accès dépressifs. Dans les critères officiels de diagnostic de la dysthymie figure le manque d'estime de soi.

Pour quelle raison la boulimie est-elle en augmentation ?

L'apparence physique est une composante importante de l'estime de soi. Et la notion d'idéal et de modèle est capitale pour l'entretenir. Plus je me rapproche de mon modèle, meilleure elle est. Or quel est le modèle proposé par la société ? Des mannequins récol-tant de plus en plus d'argent et de notoriété - critères auxquels se mesure la reconnaissance de toute société. Le même mouvement s'est déclenché chez les hommes. Au cinéma et dans la publicité, on voit davantage de beaux corps masculins dénudés. On met de plus en plus la pression sur leur physique. Ils doivent être musclés, avoir tous leurs cheveux, une belle peau. Résultat : par réaction, on assiste à une augmentation des cas de boulimie pathologique chez les messieurs. Et il semblerait que ce ne soit qu'un début.

Qu'est-ce qui vous a amené à approfondir cette notion?

Je n'arrivais pas à guérir certains de mes patients, alors que je pen-sais les avoir traités comme les autres. Je me suis rendu compte que leur souffrance centrale résidait dans les mauvais rapports qu'ils entretenaient avec eux-mêmes. En fait, il y avait deux catégories de patients : ceux qui étaient capables de dire que, malgré leurs difficultés, ils étaient " quelqu'un de bien ", et les autres qui se dévalorisaient profondément. J'ai alors compris que l'estime de soi pouvait être un facteur aggravant ou modérateur des difficultés psychologiques et des épreuves de l'existence. Par ailleurs, on a pu démontrer, grâce à des études rigoureuses, qu'un nombre très élevé de patients dé-pressifs faisaient une rechute dans les deux ans qui suivaient leur rétablissement. Il fallait comprendre pourquoi.

Ces rechutes seraient causées par une mauvaise estime de soi ?

Oui. Un épisode dépressif, c'est comme une descente aux enfers. On ne revient pas intact d'un pa-reil voyage. Quand on est en dépression, on se trouve face à une partie de soi-même très sombre qu'on ne peut balayer d'un revers de main. Les individus les plus forts rangent cet épisode au rayon souvenirs. Les autres en gardent des cicatrices, plus ou moins douloureuses, prêtes à se rouvrir. Quelqu'un qui possède une bonne estime de soi parviendra à assumer cette partie sombre. En revanche, le manque d'estime de soi sera réactivé, renforcé par les difficultés de l'existence.

L'estime de soi est-elle le "remède" à la dépression et à l'angoisse ?

C'est un facteur protecteur très puissant. Il peut prévenir l'apparition de ces difficultés. Une thérapie ne repose pas à 100% sur l'estime de soi mais, plus le thérapeute travaillera sur elle, plus il arrivera à protéger son patient contre les risques de rechute.

En avez-vous modifié votre ma-nière d'exercer ?

Je crois avoir gagné en confort et en efficacité. Par exemple, j'interroge mes patients plus directement : " Que pensez-vous valoir ? "L'estime de soi est un facteur protecteur très puissant" Quels sont vos défauts ? Vos qualités ? " Ces questions, évidentes dans le développement personnel, ne sont pas si fréquentes en psychothérapie. Par ailleurs, je m'arrête avec eux beaucoup plus sur les notions de honte et de dévalorisation, encore trop souvent associées à des maladies mentales. Et je leur explique que leur personne ne se résume pas à leur maladie.

Que peut changer votre livre ?

Je voudrais qu'il rende les pa-tients plus exigeants vis-à-vis de leur thérapeute. Il y a beaucoup de pratiques scandaleuses aujour-d'hui : des patients maintenus en état de dépendance par des thérapeutes qui ne leur donnent d'informations ni sur leur trouble ni sur les stratégies utilisées, qui les dissuadent de prendre d'autres avis, ou qui dévalorisent d'autres approches. Je voudrais que ces patients aient suffisamment d'estime de soi afin de tenir leur place et d'être respectés. C'est d'ailleurs vrai dans tous les domaines. L'estime de soi n'appartient pas seulement au champ psychologique, elle a des repercussions à tous les niveaux : social, économique ou politique.

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même"

" Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse ", clament la plupart des morales philosophiques d'Orient et d'Occident. Le précepte biblique qui lui correspond est singulièrement différent : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même. " Ici, ni peur du mal ni interdiction (" Ne fais pas "), mais l'amour du bien et l'engagement positif à aimer autrui selon l'amour que l'homme se porte à lui-même. Ce qui est dit en substance : je ne peux comprendre le bien d'autrui que par l'intelligence de mon propre bien. il n'y a pas d'altérité, de rencontre et de respect véritable de l'autre sans réconciliation avec moi-même, dans la compréhension de mon bien le plus profond.

Mais quel est cet amour de soi qui permet l'amour d'autrui ?

Au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin distingue trois sortes d'amour de soi : l'un, commun à tous les hommes, découle du principe naturel de conservation; un autre concerne les hommes qui ordonnent leur vie selon les besoins de leurs sens ; enfin, le véritable amour de soi, visé par le commandement biblique, consiste donc, pour saint Thomas, à s'aimer selon la raison. La théologie chrétienne distingue ainsi un juste amour de soi ordonnant les plaisirs des sens à la raison, d'un " mauvais " amour de soi soumettant la raison aux sens et conduisant l'homme à un amour narcissique qui tendra à nier l'autre. Depuis la Renaissance, la plupart des prédicateurs chrétiens ont donc versé dans une condamnation univoque du " mauvais amour de soi ", finalement aux antipodes du commandement biblique.

USA : un enjeu politique

" Le manque d'estime de soi, individuel et collectif, est impliqué dans la plupart des maux qui affligent notre Etat et notre nation ", rapportait, en 1990, la California Task Force, une commission officielle dont le but déclaré est de promouvoir l'estime de soi. A son origine : le constat d'une forte augmentation de la violence, de la délinquance, du chômage, de l'alcoolisme, de la toxicomanie et de l'échec scolaire. Outre la détresse que ces problèmes supposent, ils coûtent cher, ont constaté les députés : " Les personnes ayant de l'estime de soi produisent du revenu et paient leurs impôts. Celles qui n'en ont pas, consomment des subventions. " Leur idée : promouvoir le bien-être de l'individu plutôt que de réagir au coup par coup à une suite de problèmes sans cesse renouvelés. Résultat : les écoles mettant en pratique les recommandations de cette commission et incluant la promotion de l'estime de soi dans leur enseignement obtiennent aujourd'hui un taux de réussite supérieur aux autres.


S'estimer, pourquoi est-ce si difficile ?

Article de Psychologies d'octobre 1999

A l'heure du primat de l'apparence, du culte de la performance
et de l'injonction à devenir soi-même, rien de plus chaotique
et de plus fluctuant que le regard que l'on porte sur soi.

Je ne m'aime pas ", " Quand un homme s'intéresse à moi, j'imagine toujours qu'il me prend pour une autre ", " Dès que quelqu'un me contredit, je pense que c'est lui qui a raison ", " Mes amis me disent que je pourrais trouver un boulot plus passionnant, mais je ne crois pas en mes compétences "... Lequel d'entre nous n'a jamais prononcé ou entendu l'une de ces phrases ? Elles font partie de notre quotidien et témoignent d'un mal très répandu : le manque d'estime de soi. Car seuls les mégalomanes, aveugles sur eux-mêmes, se voient et se croient parfaits. Pourtant, s'il est sain de douter de soi, parfois c'est un signe de lucidité, vivre dans le doute permanent est un passeport pour une vie étriquée.

Comment l'estime de soi s'ancre-t-elle en l'individu ? Pourquoi est-elle si fragile et susceptible de se briser ?

Deux psychiatres, Christophe André et François Lelord, nous l'expliquent dans un ouvrage formidablement actuel, "l'Estime de soi" (Odile Jacob). A l'heure du chômage qui pousse des milliers d'individus à se juger inutiles, donc méprisables, à l'heure du primat de l'apparence qui incite tant d'hommes et de femmes à détester leur propre image, à l'heure du culte de la performance qui ordonne à chacun d'être le meilleur, à l'heure de l'injonction à devenir soi-même et à s'épanouir par ses propres moyens, sans repères sur lesquels s'appuyer, il était temps que la psy intervienne. Et nous aide à nous situer entre les idéaux démesurés que nous n'atteindrons jamais et les complexes qui nous interdisent de parvenir à nos objectifs. Pour débuter ce périple au cSur de l'estime de soi, précisons qu'elle ne se limite pas au constat " je m'aime " ou " je ne m'aime pas ". Elle reposerait selon les auteurs, sur le bon équilibre de trois piliers : l'amour de soi, la vision de soi et la confiance en soi.

S'estimer implique de s'aimer tel qu'on est, comme le ferait une bonne mère

La nécessité de s'aimer suffisamment soi-même pour réussir dans l'existence a depuis longtemps été pointée par Freud. Il l'a nommée le « narcissisme ». Ce mot a actuellement bien mauvaise presse car confondu à tort avec « égocentrisme ». Une idée fausse à réviser d'urgence. Sans un narcissisme bien assuré, l'individu tend à se considérer comme une nullité vi vante. S'aimer revient à accepter ses défauts, ses échecs sans en trembler de honte. Celui qui s'aime correctement est une « bonne mère » pour lui-même : indulgent, il continue de s'apprécier même en cas de situation défavorable pour l'égo (rupture amoureuse, licenciement, blâme, etc.).

On s'imagine souvent que nos parents nous auraient voulu différents ou meilleurs, d'où notre insatisfaction

L'amour de soi se construit dans l'enfance. Souvent sur de petits riens : une mère qui sait sourire à son enfant quand il sollicite son regard, par exemple. Dès l'âge de 2 ou 3 ans, l'enfant s'interroge sur son apparence physique, son pouvoir de plaire. Et beaucoup dépendra des réponses apportées par l'entourage proche. Généralement, les personnes dotées d'un solide amour de soi ont bénéficié d'un amour parental inconditionnel : les parents n'ont pas dosé leur ffection en fonction des résultats scolaires, de l'aptitude du petit à dire « bonjour à la dame », à être « sage comme une image », etc. Surtout, ils se sont abstenus de le comparer en permanence à sa sSur aînée ou à son petit cousin. L'impression de n'avoir pas été un enfant assez aimable génère un sentiment de culpabilité chronique qui se manifeste par des comportements autodestructeurs à valeur de punitions. « Quand je rencontre un homme, j'ai toujours l'impression qu'il a des arrière-pensées, qu'il me considère comme un passe-temps sexuel ou lorgne sur mes économies, déclare Julia, 32 ans. C'est plus fort que moi. Je n'arrive pas à me laisser aller, je pique des crises de jalousie si un rendez-vous est décommandé. En fait, je n'y crois jamais. Résultat : d'une certaine manière, je m'arrange pour détruire toutes mes relations. »

Une vision positive de soi-même

La vision que nous avons de nous-mêmes est presque toujours sans rapport avec notre reflet objectif dans le miroir ou le chiffre de notre QI. Nous nous voyons avec nos convictions intimes, nos préjugés. Raison pour laquelle notre regard sur nous-même surprend parfois les autres. Elise se trouve laide et grosse quand ses amis voient en elle une charmante jeune femme tout en rondeurs. A 35 ans, Cédric végète dans un emploi de gratte-papier très éloigné de ses capacités réelles. A son entourage qui le conjure de réagir, il répond : « Je suis déjà content de ne pas être au chômage ! » A l'inverse, avoir une vision positive de soi-même permet de lutter contre l'adversité, de persévérer, alors même que l'horizon paraît bouché. Exemple. Freud ! Malgré l'opposition de ses confrères médecins et l'indignation du public face à ses théories sur la sexualité des enfants, il a tenu bon. Persuadé qu'un jour le monde reconnaîtrait son génie. Nul ne porte d'emblée un regard positif sur lui-même. Un enfant à qui l'on demande trop - être aussi raisonnable qu'un adulte, le premier en classe, le meilleur en foot - aura sans cesse l'impression de ne pas être à la hauteur. Pour une grande part, nos principaux objectifs de vie - affectifs, professionnels, matériels, etc. - reflètent les attentes passées de nos parents à notre égard. Mais leur attitude est loin d'être seule responsable. Nous devons aussi compter avec notre interprétation des espoirs qu'ils ont placés en nous. Or celle-ci nous incite fréquemment à imaginer qu'ils nous auraient voulu différents ou meilleurs, et nous transforment en perfectionnistes insatisfaits de nos performances et de nos succès. N'oublions pas non plus cet impondérable que constitue notre place dans la fratrie : sans qu'aucun reproche n'ait été formulé, un benjamin peut être écrasé par l'image qu'il a de son aîné ou avoir l'impression de ne pas exister entre ses frères et sSurs.

La confiance en soi mène à l'action

« Certains matins, je me déteste » Pas simple de savoir avec exactitude quel degré d'amour nous nous portons. Tout comme il est difficile d'évaluer avec précision quelle vision nous avons de nous-mêmes - « II m'arrive de me trouver géniale à midi et stupide, une heure plus tard » - tant nos humeurs, par nature fluctuantes, mènent la danse. Si l'amour et l'image de soi sont plus ou moins flous, la confiance en soi, en revanche, s'observe mieux C'est l'affolement général dès que se présente une situation inhabituelle ? C'est clair, il s'agit d'un manque de confiance en soi. Celle-ci se caractérise par l'aptitude à envisager l'avenir sans s'écrier « Je n'y arriverai jamais » En manquer nous amène à refuser une promotion, un rendez-vous amoureux. Bref, à nous empêcher d'agir. Notre éducation et nos premières expériences scolaires influencent largement notre foi en nous-mêmes. Si, dès la maternelle, l'échec a été désigné comme synonyme de catastrophe, nous en viendrons automatiquement à éviter les situations susceptibles de le provoquer. La meilleure façon est de ne rien tenter et de suivre les autres. La confiance en soi n'est pourtant pas seulement affaire d'apprentissage : elle se transmet également des parents à l'enfant, via l'inconscient. Par exemple, si un homme n'a pas confiance en son fils ou s'il s'angoisse trop pour lui, il n'est pas rare que ce dernier, par amour pour son père, devienne un être inhibé et timoré. Mais il n'est pas exceptionnel non plus que, par défi, l'enfant se lance dans les entreprises les plus téméraires. En matière de transmission psychique, on ne sait jamais avec précision de quoi sera fait l'héritage !

Une question de dosage

A 32 ans, Jérôme a créé son entre prise. Reconnu, il gagne beaucoup d'argent. Pourtant, dès qu'il se sent attiré par une femme, il s'inhibe, car sa vision de lui-même est totalement négative. Avoir connu dans son enfance - et à proportion égale - amour, respect, invitation à s'affirmer est exceptionnel. Pour cette raison, nous bénéficions d'une solide estime de soi dans certains domaines, tandis que nous en manquons cruellement dans d'autres. Ainsi, des parents aimants mais très angoissés et doutant des capacités de leur enfant à se débrouiller dans l'existence lui insuffleront-ils une bonne dose d'amour de soi. Mais pas une solide confiance en soi. Exemple : Roseline était brillante à la fac. Son entourage s'attendait à ce qu'elle décroche un emploi à la mesure de ses capacités. Pas du tout. Si elle sait répondre aux attentes des autres - parents, enseignants -, elle est inapte à se vendre, à innover, à risquer l'échec. A l'inverse, quand les parents valorisent leur enfant intellectuellement et professionnellement, mais ne lui donnent pas toute la tendresse dont il a besoin, il acquiert une assez bonne image de lui et pas mal de confiance. Mais souffre d'une carence en amour de soi. Exemple : Judith paraît sûre d'elle. En public, elle se fait remarquer par son humour et sa pétulance, et a du succès auprès des hommes. Pourtant, elle n'a jamais pu nouer un lien durable : elle a confiance en elle, mais profondément, elle ne s'aime pas. Pour perdurer, l'estime de soi se nourrit du sentiment d'être aimé et de celui d'avoir de la valeur aux yeux des autres. On ne s'estime pas une fois pour toutes. Comme tous les sentiments, celui-ci a besoin d'être alimenté. Les rencontres amoureuses et les promotions professionnelles y contribuent. Mais il faut aussi compter avec d'inévitables périodes de vide, pauvres en gratifications et riches en déceptions. Pour surmonter le creux de la vague, Christophe André et François Lelord n'ont qu'un conseil : faire preuve de lucidité et d'objectivité. Et nous invitent à nous abstenir de minimiser systématiquement nos atouts et nos qualités. Comme chacun sait, tout le monde en a !

Laure Charpentier Ecrivain

"Alcoolique à la dérive, j'ai rencontré un saint-bernard au tonneau rempli d'eau"

« La première chose que j'ai vue en me réveillant après ma troisième tentative de suicide, c'est le petit visage de mon fils appuyé contre la vitre de la salle de réanimation La souffrance que J'ai lue dans ses yeux a remue quelque chose en moi J'ai senti que J'avais atteint le fond il fallait que j'arrête de boire. Que je renonce aux feux de l'alcool qui me réchauffaient si bien le cSur et l'âme, à la vie nocturne pleine de verres et de rencontres interlopes, à tout ce qui avait allumé ma jeunesse. Je me suis rendue à une réunion de la Croix Bleue, une association d'aide aux malades de l'alcool, et j'y ai rencontré l'homme qui a bouleversé ma vie Guy Charpentier, ex-alcoolique qui s'est transformé en saint-bernard au tonneau rempli d'eau et de Schweppes. Quatre mois plus tard, nous étions mariés. L'amour qu'il m'a instantanément porté, la confiance qu'il a placée en moi m'ont métamorphosée. D'ailleurs, c'est lui qui m'a donné le prénom que je porte aujourd'hui Laure, car, selon lui, je vaux de l'or. J'ai dû réapprendre à faire tous les gestes de la vie, sans le soutien de l'alcool grâce auquel je me sentais si forte et si brillante, m'occuper des enfants, parler aux gens, écrire, faire l'amour, etc. J'ai enfin pu enlever une reproduction d'un tableau de Dubuffet représentant un clown dont le maquillage a coulé, que j'avais accrochée a mon miroir pour me rappeler ma déchéance Plus tard, j'ai utilise l'écriture pour expurger tout ce que j'avais de nauséabond en moi un père joueur et manipulateur quia ruiné sa famille avant de l'abandonner, une mère soumise, un dégoût des hommes. A la mort de mon mari, j'ai décide d'aider les autres, à mon tour. J'ai créé une association pour les femmes alcooliques. Etre ce que je suis aujourd'hui, sereine et rayonnante, après avoir été si longtemps une femme à la dérive, m'oblige à leur délivrer un message d'espoir : l'amour fait des miracles.

Frédéric Professeur de français "Ecrasé par l'ombre de mon frère, J'e ne me sentais pas digne de vivre"

« Mon frère aîné a tout pour lui. De l'allure, de l'aisance, de la facilité pour tout, du charme. En plus, il est sympathique. Dire que j'ai grandi dans son ombre est un euphémisme. Mes parents n'avaient d'yeux que pour lui. Je ne sais comment je suis parvenu à me hisser jusqu'à l'âge adulte. Mes premières relations amoureuses, rares, se sont toutes soldées par un échec. Les femmes me reprochaient en vrac d'être un ours, un impuissant, un avare, une triste figure. Replié dans les études, je m'étais fait à l'idée d'une vie quasi monacale, lorsque j'ai fait la connaissance d'une femme. Mon cas - notamment ma tenue vestimentaire, tou jours la même été comme hiver - l'intriguait. De cafés en déjeuners, de cinémas en week-ends, je me suis réveillé à la vie. Quand j'ai ouvert les yeux sur moi, j'ai pris peur. J'avais l'apparence d'un homme plus très jeune, alors que dans ma tête j'atteignais à peine l'adolescence. "Je vais mourir et je n'aurai rien vu de la vie", me suis-je alors dit. C'est une psychothérapie, suivie d'une analyse, qui m'ont sauvé. J'ai peu à peu réussi à me trouver digne de vivre, puis digne d'être apprécié, aimé même. Je me marie dans deux mois »

L'estime de soi repose sur 3 piliers

L'amour de soi

S'aimer soi-même, c'est s'aimer malgré ses défauts, ses limites, et savoir se reconstruire après un échec. Tout dépend de l'amour, inconditionnel ou non, reçu dans notre enfance.

La vision de soi

L'important n'est pas la réalité mais le regard intime que l'on porte sur soi. Une image positive de soi est une force intérieure qui nous permet de croire en nous malgré l'adversité. Elle dépend des projets que nos parents formaient pour nous et de notre interprétation de ces attentes.

La confiance en soi

Elle se caractérise par l'aptitude à envisager l'avenir sans s'écrier : « Je n'y arriverai jamais ! » et nous encourage à agir. Elle dépend de notre éducation et de la confiance que nos parents nous portaient. Le narcissisme a mauvaise presse. pourtant, il est nécessaire.

Testez votre estime de soi

Connaître le niveau de son estime de soi (est-elle haute ou basse?) ne suffit pas, expliquent Christophe André et François Lelord. il est nécessaire de prendre aussi en compte son degré de résistance aux événements de la vie quotidienne (est-elle stable ou instable ?).

Type d'estime de soi
Réaction face au succès
Réaction face à un compliment
Réaction face à l'échec
Réaction face à une critique
Haute et stable "Je suis content d'avoir réussi" "Merci beaucoup" "Je n'ai pas réussi cette fois-ci" "Ah bon et pourquoi me dites-vous ça?"
Haute et instable "Je vous l'avais bien dit! Et ce n'est qu'un début Ceux qui n'y croyaient pas ont l'air malin aujourd'hui" "Encore, encore!" "Qu'est-ce que vous y connaissez, vous d'abord?" "Et vous, vous vous êtes regardé?"
Basse et instable "Est-ce que je vais être à la hauteur maintenant?" "Oh, vous savez, je n'ai aucun mérite" "J'ai eu des problèmes de préparation, Je n'ai pas été bon" 'Vous croyez?"
Basse et stable vous tombez gravement malade huit jours après "Arrêtez, ça ne m'intéresse pas" "Oui, Je suis nul, vous ne l'aviez pas encore remarqué?" "Oui, et plus encore que vous ne dites"


Qu'est-ce-que la dépression ?

Article de Top Santé d'octobre 1999

Des centaines de milliers d'entre nous ont été ou seront atteints
de dépression. Si cette maladie familière reste une énigme, les
traitements s'affinent et les pistes de recherche sont prometteuses.

Elle n'a pas l'air en forme... Il a l'air épuisé, il est un peu dépressif », entend-on fréquemment. La dépression est à la mode. Non seulement, elle intéresse les psychiatres et les psychologues, mais aussi les sociologues. La polémique sur l'augmentation foudroyante des antidépresseurs - 42 % depuis 1991 - fait régulièrement la une des journaux... « En fait, explique le Dr Frédéric Raffaitin, psychiatre et psychothérapeute. le terme dépression est devenu le "mot valise" de cette fin de siècle pour désigner une déprime, un état de spleen. Certains médecins eux-mêmes naviguent à vue. Tristesse, angoisse, abattement, fatigue font partie des "ressentis" ordinaires, mais aussi des signes de la dépression. La frontière entre pathologique et normal reste souvent floue, le doute est parfois permis. »

Le premier signe : une grosse fatigue

Tout le monde connaît des périodes de « passage à vide ». Les occasions ne manquent pas : une situation professionnelle qui n'aboutit pas, une mésentente ou une rupture avec son conjoint, un problème de santé, ajoutés aux soucis quotidiens... Et nous voilà à deux doigts de craquer, prêts à jeter l'éponge. Cette tonne de problèmes nous oblige à redoubler d'effort pour tenir le cap et l'organisme est mis à rude épreuve. C'est le stress, sous sa forme négative, avec à la clé une énorme fatigue, un moral à zéro, des problèmes de concentration et de mémoire. A terme, nous risquons l'épuisement psychologique. Le risque est alors de tomber dans la dépression. Principaux signes d'alerte ? L'indifférence et l'absence d'objectif à long terme. Il faut d'urgence lever le pied : prendre des vacances, faire le point et redéfinir ses choix de vie.

L'angoisse: elle nous touche tous

II est des tempéraments anxieux, comme il en est des optimistes ou des dilettantes. «L'anxiété, précise le Dr Frédéric Raffaitin, est inhérente à l'âme humaine. Elle se définit comme un sentiment de peur sans objet. Ce n'est que lorsqu'elle devient un frein et un handicap dans la vie quotidienne qu'elle devient pathologique. » Sous sa forme légère, l'anxieux est du genre tendu et soucieux, il a parfois des crises d'angoisse, avec palpitations, difficultés à respirer et maux de tête. Plus grave, l'anxiété peut se manifester par des phobies (foule, endroit clos, entourage), des attaques de panique (qui ressemblent à ce que l'on appelait la spasmophilie), mais aussi par ce qu'on appelle les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), ces envies irrépressibles de ranger, de se laver les mains... « Si tous les dépressifs souffrent d'anxiété, tous les anxieux ne sont pas déprimés, précise le Dr Raffaitin, mais ils peuvent parfois le devenir. » La prise d'anxiolytique ou d'antidépresseur, associée à une psychothérapie en vient généralement à bout.

Déprime ou dépression : reconnaître les symptômes

« La dépression est une maladie de l'humeur qui se manifeste par un manque de désir, un ralentissement et une tristesse pathologique ». résume le Dr Frédéric Raffaitin. Pour la diagnostiquer, il existe une classification. C'est le DSM IV (Diagnostical and Statistical Manual of Mental Disorder) reposant sur 9 critères précis. Quand 5 symptômes perdurent pendant quinze jours, cela signe la dépression (voir ci-dessous). Le dépressif est submergé par la tristesse. Il marche au ralenti, connaît des problèmes de concentration et de mémoire et surtout, il culpabilise. Il perd toute estime de lui. Sur le plan physique, il est épuisé, il est réveillé à 4 ou 5 heures du matin et est incapable de se rendormir. Très souvent, il perd l'appétit, sa libido est en berne et il se détourne de ses activités favorites. 11 n'a plus goût à rien. Dans certains cas. le patient alterne des phases d'excitation excessive et d'abattement intense (on parle alors de « maladie maniaco-dépressive »).

Critères d'un épisode dépressif (DSM IV)

1. Humeur dépressive présente toute la journée, tous les jours.
2. Diminution de l'intérêt ou du plaisir pour diverses activités.
3. Augmentation ou diminution de l'appétit, tous les jours.
4. Insomnie ou hypersomnie presque tous tes jours.
5 . Agitation ou ralentissement psychomoteur.
6. Fatigue ou perte d'énergie tous les jours.
7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive.
8. Diminution de l'aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision.
9 . Pensées de mort, idées suicidaires récurrentes, tentatives de suicides.

Quand la maladie avance masquée

Malgré cet inventaire des différents symptômes, 50 % des dépressions ne sont pas soignées. Soit parce que le diagnostic n'a pas été établi, soit parce que la personne n'est pas venue consulter. La dépression est en effet du genre sournois. Elle peut se dissimuler derrière un trouble bénin. C'est la dépression masquée, une affection qui échappe à toute classification. Cibles privilégiées ? Les personnes âgées, mais aussi les hyperactifs, ces cadres dynamiques qui se dopent volontiers pour tenir la cadence. « Trois symptômes permettent de la débusquer répond le Dr Henri Rubinstein, neurologue : la fatigue chronique, les douleurs (articulaires. dorsales), les troubles digestifs persistants. Généralement. la personne consulte un généraliste. En l'absence de tristesse ou de perte de motivation, ce dernier lui prescrit des antalgiques ou des anti-inflammatoires. Ce qui est spécifique de cette dépression, c'est que ces traitements symptomatiques s'avèrent totalement inefficaces. » Le malade est alors soumis à une batterie d'examens radiologiques : un scanner pour une migraine, une fibroscopie pour ses maux d'estomac... En vain ! Aucune anomalie n'est détectée. C'est à ce moment-là qu'il faut penser à la dépression masquée. Le diagnostic établi, le malade doit prendre conscience que « son corps parle », parce qu'il est mal dans sa tête. S'il l'accepte, il a franchi un grand pas. Déceler une dépression masquée, c'est éviter de sombrer dans la véritable maladie. A un stade avancé, elle peut donner naissance à des idées suicidaires, danger n° 1 de la dépression. Sur les 22 000 suicides enregistrés chaque année, de 50 à 70 % sont imputables à cette maladie.

Des déprimes très féminines

La déprime n'est pas toujours d'ordre psychologique. L'équilibre hormonal est parfois en cause :

- Le syndrome prémenstruel : qui se manifeste par des mini-épisodes dépressifs au 15ème jour du cycle en fait partie. La raison ? La modification du taux d'hormones qui joue le rôle de détonateur chez les femmes sensibles aux troubles de l'humeur.

- Le baby-blues : signe aussi la survenue d'une mini-dépression, sans gravité. Trois jours après l'accouchement, le moral est au plus bas, les pleurs se succèdent et la fatigue est à son apogée. Le traitement : la maman doit être dorlotée et rassurée sur ses capacités à être mère.

- La ménopause : détraque l'humeur, rend irritable et insomniaque en raison du bouleversement hormonal et de la baisse des oestrogènes. Le traitement substitutif est un bon rempart à la dépression, les oestrogènes ayant un effet bénéfique sur l'humeur", précise le Dr Lemoine.

La dépression saisonnière

Débutant fin septembre, elle touche 18% de la population dont 80 % de femmes. Responsable ? Le manque de lumière. Les symptômes : envie de dormir, besoin de manger du sucré et prise de poids. Le traitement : des séances de photothérapie (expositions à la lumière à l'hôpital ou chez soi).

Les avancées scientifiques

Pourquoi un événement dramatique ne déclenche-t-il pas toujours une dépression et qu'à l'inverse, des situations d'apparence banale entraînent-elles des dépressions graves ? On l'ignore, mais plusieurs pistes sont avancées.

- La piste neuronate : la dépression serait due à une mauvaise communication entre les neurones. C'est la découverte des antidépresseurs qui l'a mise en évidence, puisqu'ils agissent sur deux neurotransmetteurs : lanoradrénaline et la sérotonine.

- La piste génétique : la dépression" maniaco- dépressive » est héréditaire. Les enfants d'un maniaco-dépressif ont dix fois plus de risques d'être malade que la population générale. Mais environnement, mode de vie et événements jouent un rôle important dans le déclenchement de la maladie.

- Dernière découverte, la piste chronobiologique : il y aurait une relation entre la dépression et notre température. « La température corporelle diminue la nuit de 1 ou 2°C et augmente le jour. Seuls les déprimés perdent ces rythmes, note le Dr Lemoine. Résultat, les rythmes du sommeil ne sont plus respectés et le dépressif est à moitié éveillé la nuit et à moitié endormi le jour. » En plus d'un traitement antidépresseur, on conseille une douche chaude ou un exercice physique au réveil pour faire remonter la température.

La transmission nerveuse

Les neurones reçoivent des informations et les transmettent à d'autres neurones par l'intermédiaire des synapses, point de jonction entre deux neurones. La synapse a trois parties : l'une émet les neuromédiateurs, l'autre les libère et la troisième les reçoit. Au moment de la libération des neuromédiateurs, certains sont recapturés.

L'action des médicaments

Les antidépresseurs facilitent la transmission des neuromédiateurs.
1) En empêchant la dégradation des vésicules contenant les neuromédiateurs.
2) En stimulant la libération des neuromédiateurs.
3) En empêchant leur recapture, permettant ainsi un influx nerveux normal.


Bouton gris 14 Comment guérir du mal de vivre ?

Article de Top Santé d'octobre 1999

Les médecins sont unanimes :
de la rapidité du diagnostic dépend la rapidité de la guérison.
Différents traitements existent.

Une fois installée, la dépression est difficile à déloger. Le malade est enferré dans son problème, il se sent incapable de résister à l'angoisse et au désespoir. Il devient d'un pessimisme foncier, tout effort lui semble vain. 11 est convaincu qu'il ne s'en sortira pas. et donc il ne s'en sort pas. C'est l'étemelle spirale de l'échec.

Les antidépresseurs : seules armes chimiques pour lutter contre la maladie

Efficaces dans 60 à 80 % des cas, ces médicaments sont sans risque de dépendance, à l'inverse de anxiolytiques, et sont mieux tolérés qu'auparavant. Leur composition évoluant régulièrement, ils ne nécessitent plus d'être associés à un anxiolytique. Prescrits à 80 % par les généralistes. les antidépresseurs ont une efficacité variable. « II n'existe pas de tableau clinique pour chaque antidépresseur. Nous devons donc parfois tester 5 à 6 produits pour trouver le bon " précise le Dr Patrick Lemoine. Au malade d'être patient : il faut deux à quatre semaines pour juger de l'efficacité d'un traitement.
Une fois le traitement choisi. les résultats sont spectaculaires. le pessimisme est endigué, l'initiative revient et le malade peut reprendre une activité intellectuelle et renouer les relations sociales. Le traitement dure six mois, voire de un à trois ans pour éviter les rechutes. Près de 50 % des malades récidivent dans un délai de deux ans. Pour des raisons inexpliquées, la maladie réapparaît à intervalles réguliers. Certains sujets alternent épisodes dépressifs et phases maniaques (excitation intense). Et la maladie devient chronique dans 10 et 15 % des cas chez l'adulte. Pour éviter ces épisodes à répétition, des thvmo-régulateurs (lithium) sont prescrits à vie. S'ils ne guérissent pas. ils stabilisent l'humeur. Dans de rares cas et depuis peu, il en est de même avec certains antidépresseurs. L'hospitalisation est nécessaire quand le risque de suicide est trop important ou que le malade a des délires ou ne se nourrit plus.

Place à la parole : les différentes thérapies

Quand les médicaments ont soulagé la souffrance, une psychothérapie est proposée pour accélérer la guérison. Une prise en charge psychothérapique peut donc renforcer dans certains cas l'efficacité des traitements médicamenteux.

Ce travail de parole apporte un éclairage sur les raisons profondes de la maladie. Plusieurs techniques existent :

- La psychothérapie de soutien est la plus répandue. Elle est surtout destinée aux dépressions qui ont un lien avec l'environnement (surmenage, deuil, divorce) et de fortes répercussions sur la vie quotidienne. Objectif : conseiller, réconforter, remettre en confiance. La personne exprime son désarroi et le thérapeute lui fait prendre conscience petit a petit qu'elle voit les choses de façon trop négative ou dramatique.

- La psychothérapie familiale est conseillée aux enfants et aux adolescent lorsque les relations sont pertrubées dans la famille. Elle permet une prise de conscience de la dépression par toute la famille et, à ce titre, déculpabilise le malade. Elle apprend « à inverser les relations familiales », au lieu de se disputer, on apprend à s'entraider. Seule obligation : la motivation de tous.

- La thérapie « cognitivo-comportementale » : c'est la thérapie à la mode. Après les résultats spectaculaires et rapides ( 15 a 20 séances ) obtenus dans le traitement des phobies ou les troubles obsessionnels compulsifs, cette technique a fait ses preuves pour les dépressions de moyenne gravité. Très pragmatique, cette stratégie " de gestion des émotions " apprend à penser et à se comporter autrement, en l'occurrence pour le déprimé, à se débarrasser de son pessimisme foncier. Thérapeute et patient analysent les chemins que prennent les pensées au moment où ce dernier est submergé par les émotions. Cela le conduit à trouver des arguments capables de contrer ses pensées négatives. Au fil des séances, le malade prend conscience de sa vision déformée du monde et de ses potentialités et s'efforce de les réévaluer de manière plus objective. La thérapie comportementale ne s'attaque pas à l'origine du problème, mais elle soulage vite les malades, à la condition qu'ils aient envie de s'en sortir.

- La psychothérapie analytique est peu efficace pendant l'épisode aigu de la dépression. Elle est réservée aux personnes guéries, désireuses d'approfondir la réflexion sur elles-mêmes.

Le retour des électrochocs pour les cas gravissimes

En cas de dépression gravissime ou d'antidépresseurs inefficaces, les électrochocs (sismothérapie) - sont recommandés (y compris par l'OMS). Rien à voir avec ceux d'il y a vingt ans. Les séances s'effectuent sous anesthésie générale (moins de 30 secondes) et sous relaxant musculaire (médicament à base de curare). En trois semaines, la maladie guérit dans 90 % des cas.

Médecines douces : Le millepertuis, un antidépresseur naturel

Les médecines naturelles viennent en complément pour mieux supporter les traitements ou pour éviter les rechutes. Une plante, te millepertuis, est aujourd'hui utilisée. Plébiscitée en Allemagne contre tes dépressions légères, elle stimule l'humeur, augmente l'entrain et le dynamisme. Ses effets sont comparables à ceux de certains antidépresseurs.

Bouton gris 15La dépression frappe aussi les enfants et les adolescents

Article de Top Santé d'octobre 1999

Près de 3 % des enfants de 6 à 12 ans et 8 % des adolescents
sont concernés par cette maladie. Malheureusement,
elle est rarement diagnostiquée chez les jeunes.

Pour l'entourage, la dépression passe souvent inaperçue chez les jeunes. « Parce que, culturellement, l'enfant est synonyme d'insouciance, de joie de vivre, répond le Pr Manuel Bouvard, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent. On a d'ailleurs cru longtemps qu'il n'était pas assez mature pour déprimer. A l'inverse, les adolescents pâtissent de la fameuse "crise de l'adolescence". Beaucoup de troubles de l'humeur sont mis sur son compte... à tort. » Pourtant, dans les deux cas, les signes classiques de la dépression sont présents, mais il faut savoir les reconnaître.

Comment décoder les premiers signes

Chez l'enfant, la tristesse n'est pas clairement énoncée, mais elle s'exprime autrement. Il est grognon, fatigué. anxieux, il se plaint sans cesse. Ses jeux favoris ne l'intéressent plus. c'est l'enfant « jamais content ». Contrairement à ses aînés, c'est le soir qu'il a du mal à s'endormir et il se réveille fréquemment la nuit. Il se plaint souvent d'avoir mal au ventre, sans que cela soit justifié (après avis médical). « II est rare de trouver le facteur déclenchant. La dépression peut débuter après un événement bénin : une mauvaise note en classe ou une dispute avec un copain. Les parents s'inquiètent et consultent lorsque leur enfant, jusqu'alors bon élève, est subitement en difficulté scolaire, regrette le professeur Manuel Bouvard. Toute la difficulté sera de réussir à leur faire admettre la maladie. Bien souvent, ils tombent des nues et culpabilisent à tort. Or, ce n'est ni de leur faute, ni de celle de leur enfant. »
Chez l'adolescent, la dépression, contrairement à celle de l'enfant, s'exprime par des troubles comportementaux marqués, essentiellement l'insatisfaction et le rejet. « L'adolescent dépressif, explique le P' Manuel Bouvard, est celui qui, brutalement, ne s'entend plus avec ses copains, ne travaille pas parce que ses amis ou les professeurs sont nuls et que, de toute façon, son avenir est bouché, qu'il est bon à rien et dans l'impasse. » Contrai- rement aux adultes, son anxiété va souvent de pair avec l'agressivité et lui sont associés des troubles alimentaires (anorexie, boulimie) et du sommeil (insomnie ou envie excessive de dormir). Les filles sont deux fois plus touchées que les garçons et le taux de tentatives de suicide est plus important que chez l'adulte : un adolescent sur deux fait une tentative de suicide au cours de sa maladie. Sur les 40 000 tentatives de suicide annuelles d'adolescents. 30 à 40 % révèlent une dépression.

Quels sont les traitements ?

Le traitement repose sur la prise en charge familiale (entretiens avec les parents) et la thérapie relationnelle. Les antidépresseurs ne sont prescrits qu'en deuxième intention après l'échec d'une psychothérapie (de trois ou quatre mois) ou lorsque la dépression est associée à des idées délirantes ou suicidaires mettant son existence en péril. Ils sont généralement efficaces. Néanmoins, dans 70 % des cas, le jeune rechute dans un délai de cinq ans. Et chez l'adolescent, la maladie devient chronique dans 10 à 15 % des cas. « Le dépistage de cette maladie est un problème de santé publique, s'alarme le Pr Manuel Bouvard. Il est urgent de repérer les populations à risque et de mettre en place un traitement préventif précoce. »

Comment l'entourage peut-il soutenir un déprimé ?
Chantal Le Jeune, Présidente de l'association Lueur d'espoir

Comment l'aider au quotidien ?

En le reconnaissant comme malade et en l'incitant à aller consulter. Il faut se montrer tolérant et être à l'écoute, mais sans banaliser, ni dramatiser la maladie. Se montrer trop compatissant aggrave sa culpabilité. A proscrire : les « tu as tout pour être heureux » ou les « ça passera, ça arrive à tout le monde ! »

Ya-t-il des mots à ne pas prononcer ?

« Tu t'écoutes trop, bouge-toi ou secoue-toi. » Cela dévalorise encore plus le dépressif et a pour résultat de l'enfoncer dans son désarroi.

Doit-on l'inciter à sortir de sa prostration ?

Oui, mais toujours avec tact. On peut, par exemple, lui conseiller de faire les magasins ou une petite promenade, mais seulement, si on sait que le déprimé aimait ces activités avant sa maladie. Il faut comprendre que pour le déprimé, le simple fait de vivre est un effort.

Quand peut-on craindre le suicide ?

Un changement d'humeur ou de comportement : silence, manifestations inhabituelles d'affection ou d'agression sont des signes annonciateurs du suicide.

Bouton gris 16 Rompre la spirale de la solitude (Journal CAF de nov. 1998)

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