A la phobie


Articles de presse


bouton gris 1 Anxiété et phobie sociale : le plus de la psychothérapie (Interview du Dr Patrick Légeron par Paris-Match)
boutn gris 2 Bien gérer son stress (Interview du Dr Christophe André)
bouton gris 3 Ruser avec son stress (de Psychologies de décembre 1988)
bouton gris 4 Des attaques de panique m'ont longtemps coupé du monde (Femme Actuelle de janvier 1999)
bouton gris 5 La simple idée d'aller au supermarché me terrifiait (Maxi d'avril 1999)
bouton gris 6 Les comportementalistes (Capital Santé d'avril 1999)
bouton gris 7 Aime-toi et la vie t'aimera (Figaro Madame de juin 1999)
bouton gris 8 Apprenez à décoder vos rêves (Top Santé d'août 1999)
bouton gris 9 Apprenez à "lâcher prise" (Top Santé d'août 1999)
bouton gris 10 Retrouvez un sommeil naturel (Top Santé d'août 1999)
Bouton gris 11 Les troubles de l'estime de soi sont en pleine progression (Psychologies d'octobre 1999)
Bouton gris 12 S'estimer, pourquoi est-ce si difficile ? (Psychologies d'octobre 1999)
Bouton gris 13 Qu'est-ce-que la dépression ? (Top Santé d'octobre 1999)
Bouton gris 14 Comment guérir du mal de vivre ? (Top Santé d'octobre 1999)
Bouton gris 15 La dépression frappe aussi les enfants et les adolescents (Top Santé d'octobre 1999)
Bouton gris 16 Rompre la spirale de la solitude (Journal CAF de nov. 1998)
Bouton gris 17 Vivre avec une phobie (Psychologies Magazine de novembre 2000)



bouton gris 1Anxiété et phobie sociale : le plus de la psychothérapie

Interview de Patrick Légeron par Paris Match

Dans un livre "La peur des autres", deux psychiatres de l'hôpital Sainte-Anne, les Dr Christophe André et Patrick Légeron expliquent comment de nombreuses vies ratées ont pour cause une phobie sociale.

Patrick Légeron nous donne des solutions pour vaincre ce trac obsessionnel et maladif.

Comment une timidité excessive peut-elle dégénérer en véritable maladie, une phobie sociale ?

Il faut d'abord réaliser que tout le monde, dans sa vie, éprouve à un moment donné, un sentiment de gêne, de crainte, de déstabilisation face à une autre personne. Ce n'est pas toujours mauvais puisque le stress, tant qu'il ne dépasse pas certaines limites, pousse à la performance. Mais là où cette peur devient nocive, destructrice, c'est quand elle surgit de façon massive, trop intense, provoquant ainsi une sensation de panique qui bloque toute réaction. Pourquoi ce blocage ? Parce que, au niveau biologique, ce trac déclenche une activation très importante du système nerveux autonome, ce qui aboutit à une libération massive dans tout l'organisme de certaines substances chimiques telles que l'adrénaline. Celle-ci accélère le rythme cardiaque, perturbe la respiration et la circulation sanguine, contracte fortement les muscles, ce qui créé des tremblements et fait affluer trop d'oxygène au niveau du cerveau, interrompant ainsi les fonctions intellectuelles.

Cette "anxiété sociale" maladive est-elle fréquente ?

La phobie sociale, en tant que maladie mentale, touche 2 à 3 % de la population générale. Il en existe deux formes : l'une limitée à quelques situations précises ; l'autre permanente, généralisée. Dans le premier cas, le malade ne peut effectuer certains actes précis, comme boire et manger quand on le regarde. Dans le second cas, le malade ne peut pas fonctionner du tout en présence d'un étranger : il est paralysé.

Quelles sont les conséquences de cette pathologie ?

Les conséquences immédiates nuisent fortement à l'épanouissement d'une vie sociale et professionnelle. Ces malades se replient sur eux, ont de moins en moins de contacts avec les autres, peu ou pas d'amis... d'où un gachis relationnel formidable et, pour beaucoup, un ratage de leur existence. A long terme, ces personnes atteintes de phobie sociale sombrent souvent dans une dépression ou dans l'alcoolisme et bon nombre d'entre elles commettent des tentatives de suicide.

Existent-t-il des traitements pour vaincre cette peur panique des autres ?

Il y a deux sortes de traitement : l'un médical (avec bêtabloquants et certains antidépresseurs) et l'autre de psychothérapie. Les bêtabloquants sont uniquement utilisés dans ce qu'on appelle le "trac", pour surmonter ce qui est pour eux une épreuve occasionnelle. Ils exercent une action au niveau des symptômes physiques : ils vont, par exemple, empêcher la survenue des tremblements, de l'accélération du coeur et permettre au sujet d'être plus calme. (Aux Etats-Unis, on s'est aperçu qu'un tiers des musiciens professionnels en consomment !). En revanche, dans le cas de phobie sociale grave, on administre quotidiennement, pendant des mois, aux malades certains antidépresseurs de la famille des I.m.a.o. (inhibiteurs de la monoamine-oxydase) à des doses assez conséquentes. Ces derniers médicaments, eux agissent au niveau psychologique en diminuant fortement ce terrible sentiment de "peur des autres". Ce traitement nécessite toujours une psychothérapie complémentaire. Il me faut ajouter que, dans certains cas de forme moyenne de phobie sociale qui ne sont pas vraiment des pathologies, une psychothérapie peut suffire à guérir le sujet de sa timidité excessive. Ce ne sont pas des séances longues, comme celles des psychanalyses, qui donnent les meilleurs résultats, mais plutôt celles dites de "psychothérapie cognitive et comportementale". Très concrètes, elles sont ciblées sur le problème particulier du patient. Ces thérapies durent de six à douze mois à raison d'une séance par semaine.

Est-ce une bonne chose qu'un produit chimique apaise les troubles de l'âme ?

Oui, si ce traitement est considéré comme une béquille transitoire, car il n'est pas destiné à être prolongé dans le temps. Son action est censée apaiser l'anxiété. Le relais doit ensuite être pris par la psychothérapie, qui rééquilibrera totalement le patient.

Quels résultats obtient-on avec ce traitement ?

En ce qui concerne les phobies sociales pathologiques, les médicaments seuls donnent des résultats positifs dans plus de 50 % des cas. Et si l'on associe une psychothérapie, ces résultats atteignent 70 % d'amélioration. Cela ne signifie pas une complète guérison, mais les bénéfices sont importants. Avec des séances de thérapie comportementale sans prise de médicaments, on arrive aussi à obtenir plus de 50 % de bons résultats, lesquels semblent d'ailleurs se maintenir plus longtemps qu'avec le protocole uniquement médicamenteux.

Ces personnes atteintes de phobie sociale ont-elles intérêt à se faire traiter dès la découverte de leurs symptômes ?

Tout à fait : plus le problème est pris tôt, plus grande sera l'amélioration.


bouton gris 2Bien gérer son stress

Interview de Christophe André,
psychiatre à l'hôpital Sainte-Ann
e à Paris

"Attention aux petites tensions quotidiennes"

Qu'est-ce que le stress, une maladie, une angoisse ?

Le stress est une fonction humaine normale comme la respiration. Il y a des millions d'années, lorsque nos ancêtres se sentaient en danger, leur coeur s'accélérait, leurs muscles se tendaient afin de pouvoir fuir ou combattre. C'est ça le stress : une réaction d'alerte. Aujourd'hui, bien sûr, le danger n'est plus le prédateur ou l'ennemi, mais une menace psychologique : je suis coincé dans un embouteillage, on ne me donne pas la parole dans une réunion... Mais nos réactions physiques sont toujours les mêmes.

Ce qui signifie que le stress n'est pas "dans la tête" comme on le dit souvent ?

Tout à fait. Lorsque nous sommes soumis à un stress, nous secrétons tous, soudain, beaucoup d'adrénaline et du cortisol, une hormone. C'est ce qui nous permet de réagir rapidement à une situation nouvelle. Si ces réactions se renouvellent trop souvent, notre santé générale (coeur, tension) peut s'en ressentir.

Qui sont aujourd'hui les plus stressés ?

Dans toutes les études, le portrait-robot de la personne la plus stressée est aujourd'hui une femme de 40 ans qui élève seule deux enfants, qui exerce un métier sans responsabilités et qui habite à plus d'une heure de son domicile. Contrairement à ce qu'on a longtemps pensé, le stress n'augmente pas forcément avec les responsabilités au travail. Au contraire ! Moins les gens ont de contrôle sur leur travail, plus ils font des métiers subalternes, plus ils sont stressés.

Qu'est-ce qui nous stresse le plus ?

On a longtemps cru que les grands évènements de la vie (deuil, chômage, déménagements...) étaient les principales causes de stress. Depuis quelques années, on s'est aperçu que les petits "stresseurs" de la vie quotidienne (se lever tôt, habiller les enfants à toute vitesse le matin, une mauvaise ambiance dans le couple, une mauvaise ambiance au travail) usent beaucoup les individus.

A partir de quand le stress devient-il problématique ?

Si même en week-end, en vacances, loin des "stresseurs" habituels, vous vous sentez encore surmenés. Si vous ressentez souvent des troubles digestifs, des douleurs dans la nuque, dans le dos, si vous sentez que vous êtes de plus en plus agacé par les gens, les évènements, à ce moment-là, il faut consulter un spécialiste.

vrai/faux ?

Le stress fait grossir. VRAI et FAUX

Si une souris stressée grossit provisoirement, chez l'homme, rien n'est établi. Si on soumet des gens de poids normal à un stress, certains vont augmenter leur ration alimentaire, d'autres vont manger moins et maigrir.

Les cadres sont plus stressés que les ouvriers. VRAI

Selon une enquête récente de l'Ifop, 57 % des actifs déclarent travailler dans des conditions stressantes, surtout les cadres (69 %) devant les ouvriers (47 %). Avec l'âge, le sentiment d'être stressé augmente et les femmes y sont plus sensibles.

Le stress peut provoquer un ulcère. FAUX

Les ulcères sont dans leur majorité causés par une bactérie nommée hélicobacter pylori, contractée pendant l'enfance et qui altère peu à peu la muqueuse de l'estomac. Contre les ulcères, le traitement se résume aujourd'hui à des antibiotiques.

Le stress est un facteur de problèmes cardio-vasculaires. VRAI

Le stress favorise les troubles du rythme cardiaque, augmente la pression artérielle, donc le risque d'hypertension et curieusement, par un mécanisme assez mal connu, fait augmenter le taux de cholestérol. Pour peu que le stressé fume, ce sont deux facteurs de risques qui se cumulent.

Le stress est inutile. FAUX

Le stress est en réalité une réaction positive de l'organisme pour s'adapter à une menace extérieure. Quand notre équilibre est perturbé, le cerveau libère des hormones, notamment l'adrénaline qui sélectionne dans l'organisme les fonctions utiles à la survie. Cette stimulation est donc saine et normale et prouve que nous sommes bien en vie !

bouton gris 3Ruser avec son stress

Article de Psychologies de décembre 1998


...C'est la pression qui nous permet de nous dépasser, de donner le meilleur de nous-même : un sportif bat un record, un étudiant réussit un examen, un musicien laisse exploser sa créativité sur scène... Une pression insuffisante baisserait le niveau de motivation et les résultats seraient moins bons.
Mis en évidence il y a une cinquantaine d'années par l'endocrinologue canadien Hans Seylie, le stress est "la réponse de notre organisme à toute exigence ou pression extérieure". C'est le principe même de la vie, une alternance de questions et de réponses entre l'extérieur, notre environnement et l'intérieur, notre psychisme. On le sait, plus un enfant reçoit de stimulations et d'informations, plus il developpe ses facultés mentales et ses capacités d'adaptation. Malheureusement, on sait aussi que trop d'exigences transforment nos émotions en brûlot qui liquéfie nos facultés mentales. Or, aujourd'hui, chaque journée qui passe nous expose à beaucoup de situations stressantes que nous ne savons pas toujours gérer. Un contexte général qui, selon les spécialistes, s'aggrave. D'abord, parce que notre vie est sans cesse plus complexe et que nous sommes confrontés à beaucoup plus d'informations qu'il y a encore une dizaine d'années. Ensuite, parce que notre environnement lui-même se complexifie de plus en plus. Pour lutter contre cet écrasement du réel, un seul moyen : agir.
C'est quand nos possibilités d'adaptation sont dépassées par la situation et nos stratégies de réponse inefficaces ou inexistantes que le mauvais stress survient. Mais on peut apprendre à en repousser les limites. Voyez les adeptes des "sports de l'extrême" : leur faculté d'accomplir des exploits périlleux n'est pas apparue subitement. Ils se sont entraînés, jour après jour, transformant la peur en exaltation, développant des stratégies intérieures pour aller chaque fois un peu plus loin, plus haut... Comme ces grands sportifs, nous portons en nous ces ressources. Il suffit alors de savoir les reconnaître et de les développer.

Quel stressé êtes-vous ?

Nous ne réagissons pas tous de la même façon aux mêmes situations. Pour apprendre à gérer son stress, la première chose à faire est de se connaître soi-même. Selon la psychologie du contrôle, nous serions en effet divisés en deux groupes :
puce rouge Les "internalistes" pensent que tout ce qui leur arrive ne dépend que d'eux-mêmes, de leur attitude face à la vie. Leur phrase clé : "quand on veut, on peut". Normalement, ils sont moins sensibles au stress car ils ont l'habitude mentale de développer des comportements adaptés en cas de problème.
puce rouge Les "externalistes", au contraire, s'imaginent que tout ce qui leur arrive est la faute du destin, des autres, de la chance ou de la malchance. Leur phrase clé : "on n'est jamais sûr de rien". Ils sont donc très sensibles au stress et doivent absolument apprendre à le gérer.
Bien sûr, chacun de nous peut osciller entre ces deux tendances, selon les moments de la vie. Mais l'intérêt de cette typologie, c'est qu'elle révèle la notion de "stress perçu" : ce n'est pas l'évènement ou la situation (l'agent stressant) en lui-même qui compte le plus mais la valeur qu'on lui accorde.

Les effets du mauvais stress

Selon l'American Institute of Stress, le stress négatif est aujourd'hui à l'origine de 75 à 90 % des consultations médicales et de 60 à 80 % des accidents de travail. C'est en effet dans le domaine de la santé que ce phénomène est le plus étudié, particulièrement depuis l'apparition de la psycho-neuro-immunologie. Désormais, tous les médecins savent que les émotions jouent un rôle déterminant dans les processus de maladie et de santé : chaque facteur de stress (important ou répété), affaiblit plus ou moins rapidement notre système immunologique. D'où troubles digestifs, asthme, insomnies, problèmes de peau, dépression... Ces maladies peuvent mettre des semaines, des mois ou des années à apparaître. Ainsi, très récemment un groupe de médecins français expliquait à la télévision que la pénible grève des transports parisiens de décembre 1996 avait provoqué une multiplication des maladies psychosomatiques en juin 1997. Trente ans de recherches et d'expérimentations ont largement démontré que les techniques de gestion du stress permettent de diminuer, voire d'éliminer tout symptôme. L'une des plus célèbres de ces études a été publiée dès 1989 par David Spiegel dans la revue médicale "The lancet" : 50 femmes atteintes d'un cancer du sein avaient été invitées à participer à une thérapie de groupe hebdomadaire au cours de laquelle elles pouvaient exprimer et partager leurs émotions. Parallèlement, elles apprenaient une technique d'auto-hypnose pour contrôler la douleur. La comparaison au "groupe témoin" (composé de femmes qui n'avaient pas bénéficié de ce soutien) avait révélé que toutes avaient ressenti deux fois moins la douleur, moins la peur et leur espérance de vie a doublé.

Comment faire face aux quotidien ?

Pour faire face au stress, nous avons des armes naturelles. Il s'agit des "modérateurs de stress", des habitudes de vie qui permettent de mieux résister aux agressions extérieures. Les Dr André, Lelord et Légeron, médecins psychiatres à Sainte-Anne, spécialistes du sujet, les classent en quatre catégories.
Hygiène de vie
Résister aux agressions, même psychologiques, c'est avant tout être en bonne santé.
puce rouge Privilégier des "aliments protecteurs" (fibres, huiles végétales, poissons, sucres lents). Exclure alcool, café, tabac et tout autre excitant.
puce rouge Faire des exercices physiques réguliers. Pour maintenir notre état cardio-vasculaire en bonne forme, 3 fois 20 minutes de gymnastique par semaine, sans forcer, suffisent. Eviter ascenseurs et escalators pour monter tranquillement les escaliers.

Loisirs
Une activité extra-professionnelle qui nous passionne crée des états émotionnels à l'opposé du stress. De même, se faire plaisir (s'offrir un petit cadeau, aller au cinéma, apprendre à jouer d'un instrument de musique...) dissipe les tracas de la vie professionnelle et les relativise.
Spiritualité
De nombreuses études ont démontré que la foi, la religion et la pratique spirituelle ont une influence positive sur notre santé mentale et physique. En effet, croire (quelle que soit la religion) donne du sens à la vie, pratiquer apaise l'esprit, partager sa foi aide à se construire un réseau social.
Soutien social
On en parle très peu en France, mais le "support social" est l'un des grands principes de la gestion du stress dans les pays anglo-saxons. C'est le réseau de toutes nos relations personnelles qui nous permet de faire face au mauvais stress. Des études statistiques ont en effet démontré que les célibataires vivent moins longtemps que les personnes en couple. L'explication : ils ont moins de contacts humains et donc moins d'occasions de communiquer, de partager leurs soucis et leurs émotions.

Alors, soyez zen ! Un grand nombre d'études scientifiques avaient déjà démontré les effets positifs sur le stress des techniques qui visent à expérimenter le calme intérieur (relaxation, méditation, hypnose...). Résultats : abaissement de la pression artérielle, réduction des rythmes cardiaque et respiratoire, de l'anxiété, amélioration du sommeil et de la concentration, etc... Mais cette année, le professeur Jean-Paul Raymond et son épouse ont publié la première étude scientifique complète des effets de la sophrologie sur la diminution et la disparition des symptômes dûs au stress (insomnies, blocages respiratoires, céphalées, etc...). Dans "Plaisir des sens, du stress à la sophrologie" (Sand), ils expliquent comment cette technique agit sur le système thalamo-limbique, responsable des émotions et, donc, des maladies psychosomatiques.


Bouton gris 4 Des attaques de panique m'ont longtemps coupée du monde

Article de Femme Actuelle de janvier 1999

Patricia, 37 ans, mère de famille

"Je me sentais au bord d'un précipice,
constamment en danger de mort"

Depuis l'enfance, je n'ai eu qu'un seul rêve : me marier et avoir des enfants. Je vis pleinement cet idéal depuis seulement quelques mois. Pourtant, mon fils Sébastien a déjà 10 ans et demi et Faustine, ma fille, en a 8. Je me suis mariée en 1982. Après trois ans de mariage, l'annonce de triplés m'avait comblée. Un bonheur de courte durée : à 5 mois et demi de grossesse, deux de mes bébés mouraient dans mon ventre. Le troisième allait mal. Né prématurément, mon petit sursitaire n'a pas survécu.
Curieusement, je n'en ai ressenti aucun chagrin. Mon absence de réaction me troublait. Puis j'ai vécu douze ans, hantée par l'image cauchemardesque de mes trois bébés flottant dans un bocal de formol. Dès février 1986, mois où j'aurais dû accoucher, de légers vertiges ont commencé à m'assaillir. Mon médecin a diagnostiqué une petite dépression.
Soignée pour cela, mes vertiges persistaient, puis des bouffées de chaleur et des palpitations ont fait leur apparition. La moindre activité était une tâche insurmontable. J'avais peur dès que mon mari quittait la maison, dès que sa main quittait la mienne pendant la nuit. Je me sentais au bord d'un précipice, constamment en danger de mort. Mon mari restait attentionné malgré mes angoisses irrationnelles. Jusqu'en 1993, mon état n'a pas évolué. Je ne retrouvais un semblant de paix qu'aux naissances de Sébastien et de Faustine. En 1993, à bout de souffle, j'ai arrêté de travailler. Au début, c'était un soulagement. Mais très vite, je me suis recroquevillée sur moi-même, au point de ne plus franchir le seuil de notre maison. Je sombrais, impuissante, dans ce mal dont je ne comprenais pas la nature. Accrochée à un faible espoir, j'allais vers de nouveaux thérapeutes. En vain.
Lentement, j'ai commencé à comprendre : je n'avais pas fait le deuil de mes trois enfants, je ne me remettais pas du chagrin et de la révolte dans lesquels m'avait plongée leur mort. En mars 1998, résignée à mourir, j'ai consulté une psychiatre spécialisée dans le traitement des troubles anxieux. Elle m'a rassurée : ni folle, ni seule à souffrir ainsi, j'étais atteinte de troubles paniques.
Un anxiolytique et un antidépresseur m'ont été prescrits. Quelques séances de thérapie comportementale et j'allais m'en sortir, disait-elle. J'ai suivi ses conseils sans trop y croire. Pourtant, dès la quatrième séance, j'ai appris à contrôler mes angoisses par des exercices appropriés. Peu à peu, j'ai pu reconquérir un peu de liberté : sortir de chez moi quelques minutes, sans mon mari. Enfin, je me suis sentie assez forte pour accompagner les enfants à l'école, faire les courses et même aller au restaurant avec des amis.
Aujourd'hui, je contrôle mes vertiges en quelques minutes. Je suis moins dépendante de mon mari et notre amour s'en trouve renforcé. Je n'ai rien caché de mon épreuve à mes enfants qui font ma joie de chaque jour. Désormais, je vois un jardin magnifique dans lequel les cendres de mes bébés perdus se mêlent au vent.

Annie, 26 ans, étudiante

"Un reportage m'a permis de comprendre
quel était mon problème"

Ce fut un cauchemar : une pièce pleine de monde se vide, et tout à coup je me retrouve seule : les fenêtres et les portes disparaissent, je suis emmurée vivante... Lorsque j'ai réalisé que je cognais de toutes mes forces contre le mur de ma chambre, je me suis réveillée. Voilà ce qui fut le prélude à deux années de tourments.
Ironie du sort, ma première crise de panique a eu lieu dans la nuit d'un 1er avril. C'était en 1990, avant de passer les épreuves du bac, et j'avais 17 ans. Une douleur au ventre m'a réveillée. Je me suis levée : tout tournait autour de moi, j'étouffais et mon coeur s'emballait : j'ai vu des ombres - mes parents - gesticuler comme les acteurs d'un film muet, les bruits me parvenaient déformés et métalliques. Je me suis mise à hurler, j'ai alors essayé d'ouvrir la fenêtre, me croyant réellement emmurée ; j'ai fini par saisir les chevilles de mon père et l'ai supplié de me tuer, espérant que la mort me délivrerait de cette torture.
A part l'écrivain Paul Nizan, tout le monde dit que 20 ans est le plus bel âge de la vie ; ce fut le pire pour moi : pendant deux ans, je suis restée recluse chez mes parents, victime d'un mal que les médecins eux-mêmes n'ont pas diagnostiqué, vivant dans la hantise de ces crises de panique qui pouvaient survenir à tout instant et me terrasser physiquement et psychiquement. Mes pauvres parents se sont relayés à tour de rôle à mes côtés, car la solitude provoquait invariablement une crise. Et toujours le même processus : des vertiges, une boule dans le ventre, des jambes en coton, l'asphyxie, le temps et les distances qui s'étirent. Je me sentais seule au monde, isolée et incomprise. Ma vie était fichue. Accompagnée de ma mère, j'avais réussi, entre deux crises, à passer mon bac ; une prouesse sans lendemain : durant les deux ans qui ont suivi, je n'ai mis les pieds à l'université qu'une dizaine de fois - toujours avec maman - afin de récupérer les programmes des cours et passer les partiels du Deug. Le seul lien qui m'unissait encore au monde, c'était ces passages à la fac et mes études d'histoire. Durant tout ce temps, j'ai été suivie par une psychanalyste qui refusait d'entendre mes souffrances quotidiennes. Elle me faisait parler de mon passé. Que pouvais-je lui dire ? Fille unique de parents très anxieux, j'étais une enfant solitaire et studieuse, plus mûre que ceux de mon âge, un peu en retrait. Plutôt mal à l'aise avec les autres, j'avais endossé le rôle de la confidente : écouter m'évitait de parler de moi.
A travers la lecture et l'écriture, j'aimais l'introspection, les réflexions existentielles, cherchant à comprendre la condition humaine, le fonctionnement des autres, mais sans eux. Jusqu'en terminale, mon rythme de vie était celui de l'école. Mais je m'y sentais très insécurisée et souffrais souvent de bouffées de chaleur ; j'étais stressée, les enjeux étaient chaque année plus lourds à assumer et il m'arrivait de vomir à la veille d'un contrôle. Mais je voulais à tout prix réussir ma vie. Et faire des études était une condition incontournable. L'année du bac, deux mois après la rentrée, j'ai perdu ma grand-mère. Avec la mort de cette femme que j'adorais, je me suis écroulée. J'en voulais à la terre entière. Alors je me suis renfermée un peu plus, plongeant dans le passé, pleurant sans arrêt, me rendant au lycée avec appréhension, jusqu'à cette étrange crise du mois d'avril. Après, j'ai testé toutes sortes de traitement inadaptés : médicaments - j'ai pris l'habitude de prendre des anxiolytiques - hypnose Eriksonienne... Puis un autre jour d'avril, en 1992, lors d'une émission consacrée à la timidité, j'ai découvert que mon problème portait un nom : l'agoraphobie, un très grand sentiment d'insécurité qui vous saisit dès que vous êtes loin de votre maison, de vos repères... J'appris aussi qu'il existait des méthodes pour la soigner : les thérapies comportementales. Pleine d'espoir, j'ai pris rendez-vous avec l'un des collègues du psychiatre interviewé. Il n'a pas fallu cinq minutes à celui-ci pour mettre un nom sur mon mal et me proposer une thérapie. Je n'avais jamais connu un tel soulagement. Mon comportement a changé en quelques semaines : j'étais motivée, décidée à me battre. Ensemble, nous avons analysé mes scénarios-catastrophes ; il m'a appris à affronter mes peurs et à lutter contre les blocages à l'aide de différentes techniques. Puis, peu à peu, j'ai pu sortir seule : sur le palier, puis jusqu'au hall de l'immeuble, et enfin dans la rue.
Deux ans de thérapie m'ont permis d'éradiquer les symptômes physiques et de me réadapter à une vie normale. Des milliers de fois, je me suis répétée comme un leitmotiv, "just do it", et je l'ai fait ! Bien des fois, j'ai ressassé les mots de Sénèque : "Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles qu'on n'ose pas les faire, c'est parce qu'on n'ose pas les faire qu'elles sont difficiles".
A 22 ans, j'étais assez autonome pour m'installer seule et découvrir la vie avec mon propre regard. J'ai repris mes études, rencontré des amis, et aujourd'hui, je consacre une partie de mon temps libre aux Restos du Coeur ; j'ai même ouvert l'antenne parisienne de Médiagora, l'association de ceux qui souffrent, comme j'ai souffert, d'agoraphobie et de phobies sociales. Finalement je ne regrette pas d'avoir raté mes 20 ans, je me sens plus forte que je n'aurais jamais pu l'imaginer. J'ai eu mal, je me suis battue et j'ai réussi à mener une vie que j'aime. L'an prochain, je serai institutrice, et c'était mon rêve. j'ai fait la connaissance d'un garçon qui me plaît. Ces deux années sont pour moi comme deux pages blanches. Elles m'ont appris à reconnaître les choses importantes et à apprécier les bonheurs de l'instant présent.

Christophe André, psychiatre comportementaliste,
vice-président de l'AFTCC

"Cette pathologie reste mal connue. Souvent,
elle n'est même pas diagnostiquée"

Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?

L'attaque de panique est une cirse d'angoisse qui apparaît très brutalement et peut survenir à tout instant ; elle démarre souvent à la suite d'une activité physique intense, comme monter rapidement un escalier, faire la queue dans un magasin surchauffé et bondé, après une mauvaise nuit, etc... Et subitement, en quelques secondes, tout bascule : la personne a une sensation physique bizarre qui peut se traduire par ces signes : vertiges, sensation d'étouffement, palpitations, tremblements, troubles de la vue et de l'ouïe, douleur au ventre, suée, etc... Si on constate l'apparition simultanée de plus de quatre symptômes sur une quinzaine recensés, il s'agit bien d'une attaque de panique. Lorsqu'elle est suivie d'autres crises, on parle alors de trouble panique. Le sujet atteint, le "paniqueur", en est si perturbé qu'il réorganise sa vie de façon à éviter toute situation pouvant redéclencher une crise : il arrête de faire du sport, évite les magasins, n'ose plus prendre sa voiture...

Quelles sont les personnes les plus exposées ?

Dans deux cas sur trois, les paniqueurs sont des femmes, une proportion que l'on retrouve dans tous les troubles anxieux ; et on estime que 4 % de la population française - soit quelques centaines de milliers de personnes - connaît ce type de troubles au moins une fois dans son existence. On s'est aperçu que les sujets à risques développent dans leur enfance une anxiété de la séparation - aller à l'école, en colonie de vacances - doublée bien souvent d'une fragilité familiale héréditaire - des parents eux-mêmes anxieux. Par ailleurs, ce sont souvent des personnes qui ont une incapacité à exprimer des émotions hostiles et se laissent dominer par leur entourage, se maintiennent dans une dépendance aux autres. Souvent, les paniqueurs auraient aussi un petit défaut de l'oreille interne qui les rendraient plus sensibles aux vertiges.

Qu'est-ce qui différencie l'hypocondriaque du paniqueur ?

Le paniqueur a peur de ses réactions physiques et une crainte irraisonnée d'une maladie qui le ferait mourir en quelques secondes. A la différence de l'hypocondriaque, un obsessionnel qui ressasse son improbable maladie et sa peur de mourir à petit feu, il va éviter de penser et de parler de ses troubles, car c'est justement ce qui déclenche son angoisse.

Comment se soigner ?

Cette pathologie reste malheureusement assez mal connue, c'est ainsi que dans bien des cas, comme le montrent ces témoignages, elle n'est pas diagnostiquée. Ainsi, ce qu'on appelle la spasmophilie n'est en fait qu'une forme débutante d'attaque de panique, à l'intensité limitée. Quant à l'agoraphobie, elle est une complication du trouble panique : l 'agoraphobe évite les lieux où il risquerait de subir une attaque de panique. Come on le voit, l'information reste à faire pour vraiment prendre en compte un trouble qui peut considérablement entraver la vie de celui qui en souffre, s'il n'est pas soigné. Actuellement, on obtient d'excellents résultats avec les thérapies comportementales et cognitives. Notre première démarche - prescription d'antidépresseurs ou bien d'anxiolytiques - permet d'espacer les attaques, donc de diminuer l'angoisse. Ensuite, on réapprend au patient à affronter les situations qu'il redoute, afin qu'il comprenne qu'il ne va pas mourir ou devenir schizophrène. On l'aide à mieux contrôler son "scénario catastrophe", l'enchaînement de pensées qui le plonge dans l'angoisse. La thérapie travaille sur deux niveaux : une approche comportementale - exercices et accompagnement du patient, mises en scène de ses scénarios - et une approche cognitive - le patient note ce qui lui vient en tête lors d'une attaque. La thérapie peut prendre entre trois mois et deux ans, en fonction de la personnalité du patient et aussi selon les troubles associés à sa pathologie (déprime, dépendance aux tranquillisants, alcoolisme, etc...).

Bouton gris 7

Article de Maxi d'avril 1999

L'agoraphobie, la peur des grands espaces et de la foule,
peut vraiment gâcher la vie. Joëlle est bien placée pour le savoir !

"C'était un dimanche soir, se souvient Joëlle. Je rentrais tranquillement en voiture de l'hôpital de Lille où je suis infirmière. Quand, soudain, mon coeur s'est mis à battre à toute vitesse, mes mains à trembler, mon front à ruisseler de sueur. Il me semblait que cette autoroute qui s'ouvrait devant moi à perte de vue, je n'en verrais jamais le bout. Je ne pouvais pas me l'expliquer, mais j'avais la certitude absolue que j'allais mourir, ici, maintenant !"
Tant bien que mal, Joëlle se gare sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, ouvre la vitre pour respirer un peu d'air frais. Et très lentement, comme une vague qui reflue, son angoisse s'atténue, puis disparaît comme elle était venue... La crise n'aura duré que cinq minutes.
"J'ai mis ce moment de panique incompréhensible sur le compte de la fatigue, raconte Joëlle, et je n'y ai plus pensé...".
Mais une semaine plus tard, sur cette même route, une nouvelle crise d'angoisse s'empare d'elle ! En roulant au pas, Joëlle arrive à rentrer chez elle. Là, elle s'effondre, exténuée, sur le canapé du salon. Cette fois, la crise a duré un bon quart d'heure. "J'ai pensé qu'il ne fallait plus que je reprenne cette route, que je devais absolument trouver un autre chemin, avec des cabines téléphoniques pour appeler à l'aide, et aussi des pharmacies pour qu'on me donne des médicaments en cas de problème. J'ai fait un itinéraire qui allait me rassurer, mais aussi rallonger le trajet d'une heure !".
Le lendemain, Joëlle emprunte son nouveau parcours : aucune crise d'angoisse ! Soulagée, elle en profite donc pour s'arrêter au supermarché. Mais là, sans prévenir, la panique revient. La foule, les néons aveuglants, Joëlle n'a plus qu'une seule idée en tête : sortir de là. Tout de suite. A tout prix ! Comme une enfant terrifiée, elle abandonne son chariot et, sous le regard médusé des clients, s'enfuit en courant.
"Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait, raconte Joëlle, les amis à qui j'en parlais se voulaient rassurants. Ils disaient qu'après quelques jours de vacances il n'y paraîtrait plus".

Seulement, les crises se multiplient et elle se déclenchent n'importe où, n'importe quand : un jour, lors d'une réunion dans la salle de conférences, elle doit sortir, au bord de l'évanouissement ; un soir, au cinéma, elle quitte la salle en plein film : c'est la foule qui l'empêche de respirer...
"Je ne pouvais plus travailler, plus sortir sans redouter de devoir m'enfuir. Je me défilais dès qu'il fallait faire un long trajet... Il n'y avait pas un matin où je pouvais me lever sans avoir peur... d'avoir peur".
Un soir, au retour d'un dîner chez des amis, elle ressent des picotements dans les doigts. Le temps d'ouvrir sa porte et les démangeaisons ont envahi sa poitrine, ses bras ; son coeur bat à tout rompre ! "Je me suis dit que j'étais en train de faire un infarctus et j'ai appelé mon frère à l'aide". Joëlle est transportée aux urgences cardiologiques où elle subit des examens pendant quarante-huit heures.
"Pour les médecins, raconte Joëlle, j'étais en parfaite santé, mais moi, je savais bien qu'il y avait autre chose. Alors je suis allée consulter un médecin en qui j'avais toute confiance. Lorsque je lui ai parlé de mon impossibilité à rester dans un hall de gare ou d'aéroport, dans une salle de réunion ou dans tout autre endroit surpeuplé, il m'a dit tout de suite : "Ne cherchez pas, vous êtes agoraphobe".
Il m'a envoyée chez un psycbiatre qui, en tant que médecin, m'a prescrit des antidépresseurs et chez un psychologue qui m'a aidée à combattre ma peur, notamment en se rendant avec moi sur les lieux où je me sentais mal...
Ca a pris du temps, beaucoup de temps, pourtant les crises se sont espacées et, un jour, exactement comme elles étaient venues, elles ont disparu pour ne plus jamais revenir !"
Cela fait cinq ans aujourd'hui que Joëlle est guérie. Les premiers temps, elle redoutait qu'une angoisse ne resurgisse à l'improviste, mais maintenant, elle n'y pense même plus... Joëlle n'a plus peur de l'espace, même pas... l'espace d'une seconde !

Une phobie qui se soigne

L'agoraphobie est la peur des grands espaces comme les places, les halls, les grands magasins, les autoroutes, mais aussi de la foule qui s'y presse. Cette angoisse provoque des palpitations, des suées, des tremblements et l'impression que l'on va mourir. L'agoraphobie apparaît rarement avant l'âge de 20 ans et frappe plutôt les femmes. Elle se soigne avec des médicaments (antidépresseurs) et une aide psychologique : par exemple, on accompagne le malade sur les lieux qui l'angoissent pour qu'il surmonte sa peur. L'association Médiagora, dont Joëlle est la Présidente à Lille, a plusieurs antennes, à Lille, Paris et Rouen, et aide les personnes agoraphobes, angoissées ou souffrant de phobies sociales.

Bouton gris 6

Article de Capital Santé d'avril 1999

Les psy qui nous font avancer sans regarder derrière
Avec eux bien mieux qu'hier... et encore mieux demain !
S'il y a un divan dans leur cabinet, c'est pour y apprendre
à respirer confortablement. Relégué dans la salle d'attente,
le fauteuil où le psy assis, bras sur les accoudoirs, menton
posé sur ses doigts croisés, encourageait son patient à lui raconter
sa prime enfance. Leur "truc à eux" : le retour vers le futur.

Nous avons tous notre talon d'Achille : il y a ceux qui grimpent aux rideaux à la vue d'une souris, celui qui se "laisse toujours bouffer par les autres" ou encore cette autre "qui reproduit éternellement les mêmes échecs"...
Nous nous connaissons sur le bout des doigts, nous nous sentons mêmes capables, grâce à nos nombreuses lectures sur le sujet dans les magazines féminins, d'analyser la situation : "Un oedipe contrarié alors que nous entrions en maternelle", "une mère super mais terriblement protectrice", "une crise d'adolescence larvée qui n'a jamais pu donner sa vraie dimension"... D'accord, d'accord, mais impossible de réécrire les épisodes de notre journal de jeune fille, pour en modifier l'histoire ! Et puis, tout le monde a des parents, tout le monde a un passé... à quoi sert de revenir sur notre histoire ? Sûrement pas à résoudre nos problème immédiats.

Avec eux, on parle d'aujourd'hui

Jeanne a 21 ans, elle vient d'entrer dans une école de communication, un métier pour lequel elle se sentait des dispositions. Aujourd'hui, elle doute :
"A la fin du premier trimestre, j'ai pris conscience que je ne m'étais pas fait un seul véritable ami. J'entretiens de bonnes relations avec tout le monde, mais je ne fais partie d'aucun des petits groupes qui se sont constitués et passent ensemble leurs week-ends. Je sors avec le même garçon depuis quatre ans... J'ai eu le sentiment que brutalement ma vie était devenue étriquée. C'est sur le conseil de ma mère que j'ai pris rendez-vous avec une psy comportementaliste. Je n'en avais jamais entendu parler avant. Quand ma soeur a décroché au collège, elle a vu une psychologue toutes les semaines pendant quatre ans ! Trop long pour moi, d'autant que je n'avais pas envoie de revenir sur le départ de notre père quand nous étions petites. Cela explique peut-être beaucoup de choses mais ne résout pas ma claustrophobie sociale".
Il n'est pas sûr que l'absence de père soit réellement à l'origine des problèmes de Jeanne.
Les psychothérapeutes comportementalistes n'empêchent pas leurs patients de chercher à comprendre l'origine de leurs comportements avec un psychanalyste (ces derniers sont beaucoup plus réticents à l'égard de ces nouveaux psy) ou avec un psychothérapeute. De même, ils n'interrompent pas une prise de médicaments prescrite par un médecin car un sevrage doit toujours être progressif.
Leur but est de soulager le malaise, la peur, la souffrance, comme l'explique Herman de Vries, psychologue, qui pratique les thérapies comportementales depuis vingt-cinq ans : "Notre objectif est de créer un nouveau répertoire de comportements grâce à de nouvelles expériences, de nouvelles stratégies et de nouveaux repères plus opérationnels. Pour les troubles de l'anxiété, les résultats sont souvent spectaculaires".

Avec eux, on pointe les frustrations de la vie quotidienne...
Complexes, anxiété, dépression... une aide spectaculaire validée par les études

Les comportementalistes s'appuient sur l'aspect scientifique de la psychologie : l'évaluation concrète des résultats après avoir fait prendre conscience à leurs patients de leurs comportements conditionnés, renforcés ou freinés par les évènements de leur vie (et les conséquences que cela entraîne) et les avoir aidés à en corriger certains et à en valoriser d'autres. Les cognitivistes "travaillent" sur les modes de pensées négatifs... et positifs avec leurs patients ; les comportementalistes de "terrain" agissent et s'impliquent dans les blocages qui leur gâchent la vie ; la plupart font les deux et s'adaptent à la personne qu'ils reçoivent, à la manière d'Herman de Vries. "Je m'ajuste au cas par cas, en m'aidant parfois de la relaxation, de jeux de rôles ou d'un travail sur la respiration. J'utilise également la technique de l'exposition : elle consiste à amener quelqu'un à affronter la situation anxiogène en pensée, puis en exercice et enfin en situation réelle".
Une aide utile pour réussir à vaincre une phobie, celle de l'ascenseur, par exemple. Le thérapeute accompagne une fois, puis deux, puis dix, le phobique dans cette cage qui le terrifie... jusqu'à ce que sa présence devienne inutile.
Quant à Jeanne, elle a entamé une réflexion sur elle-même avec sa thérapeute : "Lors de notre première séance, elle m'a demandé si je situais bien ce que je voulais voir changer dans ma vie. Cela me semblait clair, c'était ma relation avec les autres. Nous en avons parlé, j'ai raconté les petits faits qui me mettaient mal à l'aise, voire me faisaient souffrir. Elle m'a donné un questionnaire évoqyant plusieurs situations sociale, avec pour mission de noter de - 4 à + 4, celles que je supportais le mieux ou le moins bien : être seule, me sentir seule au milieu d'un groupe, me promener dans la foule ; me taire, prendre la parole sans réfléchir, être obligée de prendre la parole ; au restaurant : manger un plat froid ou trop chaud sans me plaindre, demander au garçon de changer mon assiette, faire un scandale...
Elle a regroupé mes réponses par comportements globaux et m'a fait apparaître des choses dont je n'avais pas vraiment conscience, comme par exemple, que j'étais prête à toutes les concessions pour être appréciée, que l'avis des autres me paraissait toujours plus intelligent que le mien...
Elle m'a montré un tableau, très simple, en trois colonnes : contexte, description et réponse à l'évènement. Je l'ai recopié sur un petit carnet pour y noter les situations qui me marquent et je m'efforce le plus souvent possible de le faire sur le vif".

Avec eux, on améliore demain

"Lors de mon second rendez-vous, nous avons épluché mon carnet, là encore, elle a procédé à des regroupements de mes attitudes. Le contexte et les évènements pouvaient être différents, je retrouvais toujours les mêmes mauvaises "lignes de défense". Cela m'a sauté aux yeux sans qu'elle ait besoin de me mettre les points sur les "i". Cette prise de conscience m'a amenée à me fixer quatre objectifs. Donc à provoquer les évènements qui me permettent de tester de nouveaux comportements, avec une priorité à celui qui me paraissait le plus difficile à mettre en place.
Avant de nous quitter, elle m'a demandé : "Vous faites toujours ce mouvement ?" "quel mouvement ?" "Ne bougez pas et regardez-vous dans la glace au-dessus du canapé". Je tenais à deux mains mon genou droit, posé sur mon genou gauche et je balançais mon pied. Je m'en suis excusée, ce qui l'a fait sourire : "Vous faites le dos rond pour attraper votre genou et vous serrez vos bras contre votre corps : ainsi vous vous protégez comme si vous craigniez de recevoir des coups..." Elle a ajouté une petite consigne à mon programme : chaque fois que j'en prends conscience, m'appliquer à redresser le dos, à décroiser mes jambes, à poser mes mains sur les accoudoirs des fauteuils et mes pieds bien à plat sur le sol... Je corrige ma position dix à quinze fois par jour !", sourit Jeanne.
Cette méthode de la "consigne" est celle qu'a adoptée Annie Martineau, psychologue dans l'équipe de nutritionnistes et comportementalistes de l'hôpital Bichat, qui prend en charge des personnes ayant, en vain, testé maints régimes ! "Pour modifier leur comportement responsable d'une véritable souffrance psychique, j'utilise la stratégie de l'observation. Au lieu de restreindre, j'ajoute des consignes afin de faire prendre conscience à la personne, par exemple, qu'elle grignote toujours debout. Pour freiner l'impulsion, il faut alors mettre du temps entre l'envie et le passage à l'acte : lui demander de s'asseoir..." Peu à peu, les automatismes, les attitudes se révèlent au grand jour, le regard sur soi évolue.

Avec eux, on parle d'avenir !
Nous avons besoin de résultats rapides... avec les comportementalistes c'est le cas !

"C'était mon troisième rendez-vous, avant-hier, raconte Jeanne. Elle me laisse du temps pour pouvoir me tester ! Nous avons repris mon carnet, elle a relevé plusieurs changements d'attitude... Et elle m'a de nouveau demandé de noter de 0 à 10 ce qui avait été le plus difficile, les comportements que je pensais pouvoir modifier radicalement, les échecs qui m'avaient laissé indifférente, ceux qui m'avaient mortifiée... Elle m'a dit que j'étais réellement motivée et que nous allions réussir. Elle m'a conseillée de me focaliser sur le point le plus ardu pour moi, "les autres seront plus faciles à gérer ensuite, ils se résoudront même peut-être spontanément. Nous avons évoqué mon balancement de pied de façon plutôt anecdotique : "Lorsque vous aurez progressé sur vos attitudes, je vous apprendrai à respirer, mais vous devez d'abord apprendre à vous relaxer..." A suivre", jubile Jeanne, enchantée par ses trois premiers rendez-vous.
Après l'étape de mise à jour des comportements, vient l'établissement d'un plan de travail, toujours en accord avec le patient, dont l'adhésion est déterminante. Une des limites des psychothérapies comportementales est le manque de motivation de la personne qui demande de l'aide : impossible d'obtenir un résultat avec quelqu'un de passif.
Par le biais de ce "programme", les thérapies comportementales et cognitives s'attachent à nous faire prendre conscience de nos monologues intérieurs. Il s'agit non seulement d'observer notre comportement (j'ai eu peur de prendre la parole en public, je suis devenue rouge, et je suis partie...), mais aussi par les pensées qui nous ont envahies à ce moment-là, et qui explique notre état de fébrilité (je vais être ridicule, je vais bégayer...). Ce n'est pas la situation qui créé une tension, une peur ou une tristesse, mais la perception que nous en avons. Or, lorsque nous sommes déprimés ou anxieux, nous avons tendance à sélectionner dans notre entourage, notre vie et notre passé, les informations négatives. Le thérapeute va réamorcer un engagement dans ces activités sociales, nous proposer de nouveaux ancrages dans la société, de nouvelles occasions de contacts, avec des résultats aussi positifs que durables. Prévenir les rechutes : c'est là le "plus" du comportementaliste !
"Cette thérapie est d'autant plus séduisante qu'elle propose une relation interactive, plus égalitaire qu'autoritaire, avec le thérapeute, analyse le Docteur François Lelord, psychiatre-comportementaliste. Nous sommes devenus des consommateurs de soins, qui attendons un service et un résultat rapide, et avec le comportementalisme, c'est le cas".

Les enfants aussi

Se séparer de son doudou à 7 ans, se faire des copains quand on est un grand timide, ce n'est pas toujours facile... Car, pour les enfants, il n'y a pas de petits soucis : ils sont en proportion aussi lourds que les nôtres.

En cas de troubles du comportement

La thérapie comportementaliste se révèle particulièrement efficace. Particulièrement avec les petits, encore plus réceptifs, que les grands. Hyperactivité, énurésie, phobies sociales... plus ils sont pris en charge tôt, moins il résistent, ont pu constater les pédopsychiatres et les psychologues. C'est pourquoi l'an dernier a été créée une formation spécifique pour ces professionnels au sein de l'Association Française des Thérapies Comportementalistes et Cognitives (AFTCC).

En cas de traitements lourds

Parce qu'il est souvent difficile d'accepter une maladie chronique, qui vous rend "différent des copains", il est classique de constater que les petits malades "craquent" de temps en temps et refusent d'avaler leurs médicaments, pourtant indispensables.
"Les psychothérapies cognitivo-comportementales de courte durée sont particulièrement indiquées dans la mucovisicidose pour obtenir une modification objective et rapide de certains comportements, comme le refus alimentaire, le refus de soins ou une phobie face à un traitement", affirme l'Association Française contre la Mucoviscidose qui vient de publier un petit guide sur le sujet.

Témoignage
Christelle "J'arrive à être plus performante dans mes études"

"A 33 ans, j'ai décidé de reprendre des études après dix années de vie professionnelle et j'ai eu de gros problèmes de concentration et d'idées négatives. Impossible de réussir à apprendre, je me répétais que j'étais nulle, que les autres étaient bien meilleurs, que je n'y arriverais jamais. Puis sont venues les crises d'angoisse, terribles. Chez moi, elles se manifestent par des mains moites, le coeur qui s'emballe, et surtout la certitude que je vais mourir immédiatement. J'avais déjà suivi une psychanalyse il y a quelques années. Avec la thérapie comportementale, j'ai tout de suite eu des résultats pratiques. Dès les premières séances, j'ai appris à me fixer des objectifs raisonnables. Par exemple, en fractionnant mon temps de travail, alors que moi j'avais tendance à rester des heures devant mon bureau sans être performante. Et petit à petit, j'ai appris à me concentrer pendant quinze minutes, puis vingt, puis trente. Au bout d'une semaine déjà, je réussissais à limiter l'ampleur des crises... Je n'ai pas encore terminé la thérapie. Bien sûr, j'aimerais que cela aille plus vite, mais comme j'arrive mieux à travailler, cela m'aide à m'accrocher : je n'ai pas abandonné mes études et j'ai accepté l'idée d'obtenir ma maîtrise en deux années au lieu d'une".

L'avis du comportementaliste

"Il arrive que les anxiétés de performance soient responsables d'échecs scolaires ou d'études qui traînent. Les thérapies comportementales peuvent aider l'élève angoissé en lui donnant de nouveaux repères qui vont lui permettre la mise en oeuvre d'un comportement plus opérationnel".

Cadeau d'entreprise

Les entreprises ont vite compris l'intérêt des thérapies comportementales dans l'affirmation de la confiance en soi. Pour les proposer habilement à leur personnel, elles sont rebaptisées stage de "développement personnel" ou de "coaching". "C'est la responsable des ressources humaines qui organise une formation pour déstresser les cadres redoutant de prendre la parole en public... ou le manager qui nous appelle parce qu'il s'estime trop agressif et qu'il ne parvient pas à gérer les conflits avec ses collaborateurs" expliquent Bernard Hévin et Jane Turner, psychothérapeutes.
Parmi ces entreprises avant-gardistes, on peut citer EDF, France Télécom, la SNCF, Renault, l'Assemblée Nationale (pour son personnel et non ses députés !). Séduits également, les commerciaux et les étudiants qui y voient une manière d'améliorer leurs performances en se débarrassant de leurs peurs irrationnelles.
"Les techniques de la psychologie trouvent des applications en dehors des pathologies, se réjouit le Docteur Bernard Rivière. Elles permettent d'optimiser notre aisance sociale, une initative bénéfique tant dans notre milieu professionnel que familial. La gestion du stress permet également de prévenir les troubles cardio-vasculaires, elle protège nos défenses immunitaires...".

Une spécialité qui a de l'avenir

On estime déjà à un millier le nombre de praticiens formés en France et 400 psychiatres se forment cette année uniquement à Paris. Pour autant, nous sommes encore loin de nos voisins anglo-saxons et d'Europe du Nord.
"Aux Pays-Bas, la moitié des thérapies sont de type comportementaliste et cognitif", témoigne Herman de Vries, psychologue d'origine hollandaise, confiant en l'avenir de sa spécialisation. C'est sans doute du côté des médecins généralistes que les choses bougeront le plus désormais. Ils sont les premiers vers qui se tournent les personnes anxieuses, dépressives et on sait aujourd'hui que le temps investi dans cette thérapie évite bien des rechutes. Déjà, un enseignement spécifique est proposé aux non-spécialistes à l'hôpital Saint-Antoine à Paris.

Une psychothérapie pour tous ?

"Presque !" assure le Docteur Bernard Rivière, psychiatre à l'hôpital Esquirol de St-Maurice : "Ces thérapies ont des effets positifs sur presque toutes les pathologies, même si elles sont un peu moins utiles pour les démences, l'autisme infantile évolué et les dépressions sévères".

Nos phobies
Premiers et plus spectaculaires résultats

C'est avec les phobies que les thérapies comportementales ont en premier lieu brillamment prouvé leur efficacité, crédibilisant ainsi toute la démarche.
Peur des araignées, d'être treize à table, de prendre le métro, d'arriver en retard, les phobies sont diverses, variées et très fréquentes : un français sur cinq en souffre ! Les américains en ont recensé 6 450... Elles sont le plus souvent liées à un traumatisme, ce qui rend les médicaments inefficaces. Aussi la thérapie comportementale est un vrai soulagement pour les phobiques ! "Si vous souffrez d'une peur morbide des serpents, le thérapeute vous incitera à visualiser un serpent et à vous en approcher par imagination jusqu'à ce que vous parveniez à le toucher en toute sérénité", résume Patrick Traube, psychothérapeute. A moins d'habiter en Afrique équatoriale, nous pouvons vivre en évitant d'en rencontrer. En revanche, la phobie de l'eau prive de bien des plaisirs de vacances. La stratégie thérapeutique est schématiquement la même si nous associons une situation (plonger dans une piscine) à une mauvaise expérience : "J'ai bu une tasse quand j'étais petit et j'ai cru me noyer", nous sommes incapables de nous jeter à l'eau. Le comportementaliste va nous aider à associer des émotions positives : "J'adore me relaxer dans mon bain", et des exercices : des séances de jeux avec notre bébé dans la pataugeoire de la piscine par exemple, afin de dépasser le réflexe conditionné responsable de notre peur. Bien sûr, cela sera moins facile et prendra plus de temps si, enfant, nous avons vécu un vrai traumatisme, comme assisté à une noyade. Les résultats sont aussi rapides qu'impressionnants.
En cas de phobie simple (peur des araignées, de l'orage...) ou d'agoraphobie (peur des lieux publics), les symptômes disparaissent généralement huit fois sur dix. Pour les phobies sociales, le taux de réussite s'élève à 60 %. Et quelques séances peuvent suffire pour se réconcilier avec un avion ou une souris.

Nos troubles obsessionnels
Résultats positifs pour le patient... et son entourage

Une fixation sur la poussière qui nous amène à passer deux à dix fois par jour l'aspirateur après avoir déplacé tous les meubles et tapis... Le sentiment oppressant - et que nous avouons ridicule : - d'être sur écoute, qui nous force à nous interrompre au milieu d'une conversation pour soulever un objet afin de s'assurer qu'aucun micro n'y est dissimulé... Des symptômes pénibles, l'enfer pour nous et pour les autres. Bien souvent, famille et collègues tentent d'aider la personne concernée en la surprotégeant. Ainsi assistée, il devient inutile de faire des efforts, de prendre des risques.
"Pour favoriser la guérison, l'entourage doit s'impliquer dans le traitement et encourager sincèrement le candidat à la guérison. J'invite souvent le conjoint à assister aux entretiens pour qu'il comprenne comment il peut jouer un rôle de renforcement positif, en sachant exprimer sa confiance, dire qu'il est convaincu que ça va marcher...", explique Annie Martineau.
Positiver comment ? Sans tomber dans l'agressivité, la moquerie ou le chantage ! Ne jamais dire : "Je ne fais plus telle activité avec toi tant que tu n'as pas obtenu tel résultat...".

Nos kilos
Balance et moral allégés

A l'hôpital Bichat, à Paris, nutritionnistes et comportementalistes travaillent main dans la main, au fil d'une quinzaine de séances de psychothérapie avant le démarrage d'un régime. Cela s'appelle "l'aide au régime", car ce n'est pas la thérapie elle-même qui peut faire perdre du poids, mais la confiance retrouvée, après l'échec de plusieurs régimes. Le thérapeute aide les "candidats" à l'amaigrissement à se revaloriser, à se stimuler à nouveau. "Il faut compter sept à huit séances pour prendre conscience des réflexes à modifier, et autant pour découvrir les idées ou émotions qui les déclenchent. Avec le recul, nous avons constaté que les régimes accompagnés d'une thérapie garantissent une perte de poids durable, contrairement aux régimes simples", constate Annie Martineau.
Phobies, complexes, anxiété, dépression mais aussi sevrages (tabagisme, alcool), les thérapies comportementales sont une aide appréciable pour se débarrasser de nos dépendances. Et dans ce domaine, la recherche avance rapidement ! En nous apprenant à modifier nos émotions, elles nous permettent de transformer les comportements qui nous empoisonnent la vie. Elles sont d'autant plus séduisantes qu'elles sont généralement de courte durée : rarement plus que quelques mois.

Témoignage
Marie-Claire, dentiste
Au début, j'étais une sorcière... et je suis devenue une fée !

"Nathalie, une petite fille de neuf ans, devait subir une intervention qui était, pour elle, très impressionnante : la résection du frein sous la langue. Elle la redoutait beaucoup, c'était net dans ses dessins, confie le Docteur Marie-Claire Théry-Hugly, chirurgien-dentiste. Elle me représentait en sorcière et se dessinait recroquevillée dans un cerceuil. Grâce à une restructuration cognitive à base de relaxation et à une exposition graduelle aux soins, nous avons réussi à dédramatiser la situation. Dans son dernier dessin, réalisé après l'opération, le chirurgien était devenu une fée et la petite fille un ange serein au coeur d'un paysage de rêve, celui-là même dans lequel la relaxation l'avait plongée. Sans mener une séance magistrale de relaxation, nous pouvons aider une personne qui redoute un soin dentaire. Nous avons parfois à faire face à des manifestations buccales de psychopathologie, comme le phénomène de "la langue brûlante". C'est une douleur psychogène chronique qui révèle un syndrome dépressif. La thérapie comportementale et cognitive nous est alors très utile".

Ca marche...

Un peu : Psychoses, dépressions sévères.
Beaucoup : Troubles paniques, dépressions, alcoolisme, aide au régime, complexes, troubles sexuels, problèmes de couples, stress, hyperactivité, énurésie.
Enormément : Phobies, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), tics, anxiété en particulier sociale, timidité, crises d'angoisse, troubles post-traumatiques.

Bouton gris 7Aime-toi et la vie t'aimera

Article du Figaro Madame de juin 1999

"J'ai confiance en moi, je m'aime
et je vois l'avenir en rose" :
gardez le cap, vous allez droit vers le bonheur !
Et souvenez-vous que l'estime de soi
se consomme avec modération.
Un sujet évoqué sans complexe par
les psychiatres Christophe André et François Lelord.

Après le succès de votre précédent livre "comment gérer les personnalités difficiles", vous vous intéressez aujourd'hui à l'estime de soi. Pourquoi ?

L'estime de soi est l'un des principaux carburants dont nous avons besoin pour faire face aux défis de l'existence. Elle est à l'origine de la plupart de nos actes et de nos décisions. Que l'on en ait peu ou beaucoup, elle est vitale pour l'équilibre psychologique.

Ne s'agit-il pas de confiance en soi ?

Non, car celle-ci ne s'applique qu'à nos actes : nous avons confiance en nous parce que nous savons faire telle ou telle chose sans crainte excessive de l'échec ou du jugement d'autrui. Mais ce n'est là qu'un des aspects de l'estime de soi. Il faut également prendre en compte l'amour que l'on se porte ainsi que la vision que l'on a de soi-même, qui permet de se projeter dans l'avenir de façon positive ou négative. Ces trois composantes (l'amour, la vision et la confiance en soi) influent les unes sur les autres et ne sont pas forcément équilibrées. On peut très bien réussir professionnellement parce que l'on a une vision de soi positive, sans s'aimer véritablement.

Quelle est l'utilité de l'estime de soi ?

On peut la comparer à la quille d'un bateau, qui permet à l'embarcation de rester stable et de garder le cap. Face aux difficultés de l'existence, l'estime de soi a un rôle stabilisateur. Comme le système immunitaire, elle nous permet de résister aux agressions extérieures et fait office d'agent protecteur sur les plans émotionnel et psychologique.

Sommes-nous tous égaux dans ce domaine ?

Non, bien sûr. Certains d'entre nous ont une estime de soi haute et stable. On les repère facilement : ils se lancent volontiers dans l'action, se fixent plusieurs objectifs (évoluer professionnellement, acheter un appartement, changer de voiture,...) qu'ils renouvellent lorsqu'ils les ont atteints. Ils ont le sentiment de gérer leur vie en toute indépendance, savent être heureux sans arrière-pensée et profitent de l'instant présent. Ils n'accordent pas une importance démesurée aux critiques et se concentrent sur leurs points forts. Confrontés à un échec, ils ne souffrent ni ne doutent moins que les autres (une bonne estime de soi ne protège pas de la souffrance) mais savent s'en détourner en se réengageant dans de nouvelles aventures.

Quels sont les autres cas ?

Ceux qui ont une estime de soi haute et instable ont souvent une haute opinion d'eux-mêmes mais aussi une soif inextinguible de reconnaissance. Ils se défendent des critiques, qu'ils vivent comme de véritables agressions et réagissent au quart de tour par des flots de justifications. Ils peuvent également consacrer beaucoup d'énergie à autopromouvoir leur image en rappelant leurs succès passés ou à venir. Comme les premiers, ils savent se lancer dans l'action, atteindre et dépasser les objectifs qu'ils se sont fixés, mais le moindre problème les plonge dans des abîmes et des états d'âme douloureux. Lorsqu'ils échouent, ils considèrent souvent que les autres en sont responsables ! Avoir le dernier mot dans une conversation, faire passer ses idées, gagner un match de tennis ou une partie de Trivial Pursuit sont autant d'enjeux qui leur permettent de s'affirmer et de se faire valoir.

Peut-on vivre sans estime de soi ?

Les personnes à faible estime de soi ont sans cesse besoin d'être rassurées, car elles doutent de leur aptitude à plaire, à réussir, à être aimées. Elles ont l'impression que leur bonheur, leur réussite ne dépendent pas d'elles mais du bon vouloir des autres, du destin ou du hasard et vivent dans l'inconfort psychologique et affectif. Souvent en proie à de vives critiques intérieures, elles ont tendance à se noyer dans leurs doutes, ce qui les freine considérablement. Anxieuses, elles ne peuvent jamais se réjouir pleinement car elles se posent systématiquement la question : est-ce que ces bons moments vont durer ?

Au fond, elles se méprisent ?

Pas forcément, mais elles sont très centrées sur leur personne. Elles souffrent de "narcissisme négatif" : elles se focalisent sur leurs points faibles et ne prennent pas en considération leurs qualités. Plutôt que de se pencher sur leurs capacités, elles observent les autres pour se calquer sur leur façon d'être.

Ce sont les plus défavorisées ?

Oui, mais elles ont aussi des qualités ! Une certaine modestie : qu'on les félicite et elles répondent qu'elles n'ont aucun mérite, que l'on en aurait fait de même à leur place... Elles sont aussi plus neutres, plus prudentes, attentives à ne tromper personne lorsqu'il s'agit de parler d'elles, ce qui leur permet d'être plus facilement acceptées par les autres. Le fait qu'elles sont sensibles aux critiques, qu'elles tiennent compte des conseils qu'on leur prodigue, leur permet de s'améliorer... et d'être recherchées pour leur qualité d'écoute !

Quelle est l'origine de la bonne ou de la mauvaise estime de soi?

L'estime de soi se construit dès les premières années en fonction de l'environnement dans lequel on va grandir, des modèles parentaux, de l'amour et de l'éducation que l'on va recevoir. Le rôle de l'affection est tout aussi important que celui de l'éducation, car si le premier permet de hisser l'estime de soi à son plus haut niveau, le second permet d'apprendre à recevoir l'approbation d'autrui. Sans elle, l'estime de soi reste fragile. Prenons l'exemple d'un enfant qui aura été très aimé par ses parents mais à qui l'on n'aura jamais fixé de limites, à qui l'on n'aura pas appris à être poli, agréable, serviable. Son estime de lui-même sera haute mais instable. Ne sachant pas qu'il faut faire des efforts pour être apprécié, il entrera en conflit avec autrui.

Mais l'éducation, ce n'est pas seulement fixer des limites et des règles de conduite, c'est aussi encourager ses enfants.

Bien sûr. Et il faut d'ailleurs être très attentif aux messages que nous leur adressons. Sous prétexte de faire progresser leur fils ou leur fille, de nombreux parents se focalisent sur leurs mauvais résultats, leurs points faibles, sans prendre en considération les succès qu'ils peuvent obtenir par ailleurs. Dire à un enfant "Tu as eu 7 sur 10 en maths ! Pourquoi pas 9 ?" est une manière de détériorer l'estime qu'il a de lui-même. Il va très vite se concentrer sur ses manques, ses carences et apprendre à ne jamais se satisfaire de ce qu'il obtient.

Comme un enfant établit-il son échelle de valeurs ?

Avec les messages qu'il reçoit de ceux qu'il considère comme des références, c'est-à-dire ses parents, ses enseignants, ses pairs (les enfants de l'école) et ses amis proches. Il nourrit son jugement et son estime de lui-même à partir de ces quatre sources. Si l'une d'entre elles est défaillante, les autres peuvent y suppléer. C'est ainsi qu'un enfant ne recevant pas suffisamment de gratifications ou d'encouragements de la part de son instituteur et de ses parents estimera peut-être plus important d'être aimé de ses copains si ceux-ci lui renvoient des messages positifs. D'où la nécessité d'être très vigilant avec ses enfants et de prendre en considération leurs doutes, leurs plaintes.

A l'âge adulte, comme cela se passe-t-il ?

L'importance des bons résultats scolaires et de la popularité dans la cour de récréation laisse la place à la réussite dans son travail et au sentiment d'être apprécié par son entourage amical ou professionnel. En revanche, l'importance de l'aspect physique ou des performances athlétiques, primordiaux à l'adolescence, tend à diminuer progressivement, sauf pour ceux qui sont désespérément accrochés à un rêve de jeunesse éternelle. L'approbation et l'amour des parents sont plus ou moins remplacés par ceux du conjoint.

Les femmes ne s'aiment-elles pas davantage lorsqu'elles se sentent belles ?

La beauté influe énormément sur l'estime de soi car elle favorise l'acceptation par les autres et la capacité de les influencer. Si elle est plus déterminante pour les femmes, c'est parce que les hommes sont très sensibles à leur apparence physique. Et la publicité ne cesse de leur envoyer des images de créatures sublimes, créant de ce fait un idéal de beauté inaccessible. Mais une bonne estime de soi alimentée à d'autres sources peut protéger contre ce phénomène. D'où l'importance d'aider les petites filles à s'épanouir autrement qu'en rêvant de ressembler à leur Barbie !

Comment préserver l'estime de soi ?

Le plus souvent, on le fait sans même s'en rendre compte ! Considérer les défauts de celui qui nous critique est par exemple une manière de protéger son estime de soi. Acheter et posséder des choses qui font plaisir sont autant de prothèses pour l'estime que nous nous portons. Il existe également tous les réconforts immédiats : manger des friandises, se confier à une amie, s'offrir un voyage ou un soin de beauté... Si ces "récompenses" sont facilement accessibles, elles présentent l'inconvénient de n'avoir qu'un effet passager. Pour se rassurer durablement, il faut se donner des occasions d'obtenir de petits succès et de franchir des obstacles : éclaircir un malentendu, venir à bout d'un travail difficile, provoquer l'approbation et l'estime des autres, se fixer des résolutions et s'y tenir. Enfin, il est souvent nécessaire de retrouver une vision réaliste du rapport entre ses ambitions et de ses aptitudes réelles. En un mot, cesser de s'imposer des idéaux trop exigeants ou perfectionnistes.

Si l'on n'a pas suffisamment d'estime de soi, que faire ?

Réfléchir et tenter d'analyser les principaux domaines où se manifeste sa faible estime de soi : s'agit-il de certains aspects de notre personne, de notre relation aux autres ou de nos rapports à l'action et aux projets ? Dans tous les cas, l'avis d'un médecin est utile. Il est en effet indispensable de savoir si ce n'est pas l'un des signes d'une dépression plus ou moins cachée qu'il faudrait soigner. Ensuite, il peut s'avérer utile d'entreprendre une psychothérapie.

Bouton gris 8Apprenez à décoder vos rêves

Article de Top Santé d'août 1999

Qu'ils soient mystérieux, érotiques ou inquiétants, nos rêves
sont souvent le reflet de nos émotions et de notre personnalité.
Avec les conseils de Georges Romey, psychothérapeute,
apprenez à les décoder pour mieux vous connaître.

Le rêve? La voie royale pour l'accès à l'inconscient, martelait Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Nos songes, qui nous laissent bien souvent un sentiment d'étrangeté, auraient donc un sens caché. Lorsque nous tombons dans les bras de Morphée, s'enclenche un cycle de quatre stades qui se renouvelle plusieurs fois par nuit. C'est durant le troisième stade, appelé REM (pour « Rapid Eye Movement") que nous rêvons. Certaines personnes pensent qu'elles ne rêvent jamais. Faux ! En fait, elles n'en gardent aucun souvenir « Le rêve a des fonctions de compensation et de réorientation », précise Georges Romey, psychothérapeute. Exemple : vous avez un problème à régler, vous prenez une décision, et le lendemain, vous vous réveillez dans un autre état d'esprit. Car entre-temps, un rêve est intervenu et vous a suggéré une autre orientation. Le même scénario défile sous vos yeux depuis quinze jours? Ce songe récurrent apparaît en fait pour vous obliger à trouver une solution à un problème précis. Et tant que vous ne l'aurez pas résolu, il reviendra !

Certains rêves mettent en scène des archétypes (exemple: la lune symbolise le féminin, et le soleil, le masculin...). Ces images archaïques, décrites par le psychiatre Cari Gustav Jung, sont des symboles universels. Mais n'oubliez pas que l'interprétation des songes se rattache également à votre histoire person- nelle et à votre situation actuelle. Pour vous aider à décrypter le sens caché de vos rêves, voici quelques exemples commentés par notre spécialiste.

5 conseils pour mieux les comprendre

1. Notez les fragments de vos rêves au saut du lit.
Ayez en permanence sur votre table de chevet feuille de papier et stylo. Personnages, paysages, forme des objets, couleurs, etc. Inscrivez systématiquement tout ce qui vous vient à l'esprit, même si cela vous paraît dénué de sens.

2. N'oubliez jamais que certains songes sont plus accessibles que d'autres.
Si le contenu d'un songe s'avère trop hermétique, passez au suivant !

3. Laissez-vous guider par votre intuition.
Mais évitez les interprétations trop hâtives.

4. Consultez un dictionnaire des sympboles.
Il vous donnera les clés pour mieux interpréter vos rêves.

5. Efforcez-vous d'en décrire la tonalité.
Eprouviez-vous une sensation de joie, de peur ? Mettez ces émotions en relation avec votre vie quotidienne, vos soucis, vos attentes afin de découvrir le lien existant entre vie diurne et nocturne.

Rêve d'eau : Mélanie, 25 ans
Je rêve d'une plage de sable blanc, comme sur les cartes postales. Je me baigne dans l'océan et je ressens une incroyable sensation de bien-être.

Comment l'interpréter ?
Le rêve de Mélanie met en scè
ne le bonheur qu'elle éprouve à exprimer sa féminité. L'eau est le symbole de l'« anima », selon Jung, (la part féminine qui existe en nous). Une femme se rêvant nue sous la pluie et dans un état de bien-être peut exprimer un désir de fécondité. Les rêves d'eau sont en analogie avec le fantasme de retour au ventre maternel, donc le paradis perdu. Mais l'interprétation dépend de la qualité des eaux du songe. Une personne rêvant qu'elle marche dans un étang aux eaux boueuses, et qu'elle s'enlise, manifeste sa peur d'être confrontée à certaines pulsions inscrites en elle (la boue représentant la zone d'ombre de la personnalité).

Rêve de nudité : Christiane, 51 ans
Je marche nue dans la rue. Tous les regards sont braqués sur moi. Je n'éprouve aucune sensation de gêne, au contraire, je me sens bien.

Comment l'interpréter ?
Le vêtement est en analogie avec la « persona », selon Jung, laquelle symbolise ce que nous représentons à l'extérieur, notre masque social. Les vêtements font en effet partie du règle des apparences. A l'opposé, la nudité ramène à la vérité. Christiane, elle, semble en accord avec elle-même puisqu'elle déambule nue, indifférente aux regards extérieurs. Par extension, une personne rêvant qu'elle porte un vieux manteau râpé ou des vêtements en loques peut éprouver un sentiment d'infériorité.

Rêve de vitesse : Gérard, 32 ans
Je suis au volant d'un camion qui roule à vive allure. J'essaie de ralentir, mais la pédale de freins ne fonctionne plus du tout.

Comment l'interpréter ?
Il s'agit d'un rêve d'angoisse. Le rêveur a le sentiment qu'il perd le contrôle de la situation et qu'il court à la catastrophe (le précipice est au bout du chemin !). C'est un songe d'avertissement du genre : "Attention, tu vas trop vite, freines". A rattacher à son vécu personnel : à quel type de difficultés doit-il faire face ? Imaginons un homme marié ayant une liaison et qui est dépassé par les évènements. Ici, Gérard ne parvient pas à ralentir : cela signifie qu'il doit reconsidérer sa situation afin d'être à nouveau maître de son existence.

Rêve d'arme : Michel, 44 ans
Je suis poursuivi par un homme armé d'un poignard. Je cours très vite, mais il me rattrape. Je me réveille brutalement.

Comment l'interpréter ?
Les armes tranchantes, conçues pour pénétrer dans la chair, ont une symbolique phallique (représentation du sexe masculin). Le scénario décrit par Michel reflète une angoisse de castration au sens symbolique du terme, à mettre en rapport avec la figure paternelle. Michel redoute-t-il la toute puissance de son père ? Mais toutes les armes blanches n'ont pas la même signification. Si le couteau sert à blesser, voire à tuer, l'épée peut se mettre au service d'un idéal (souvenons-nous de l'épée magique d'Excalibur).

Rêve de perte : Sylviane, 62 ans
Je me promène dans la rue. J'ai perdu mon sac à main. Je crois l'avoir oublié dans une boutique, mais non... Je suis alors prise de panique.

Comment l'interpréter ?
Le sac à main renvoie à l'identité de la rêveuse. Le fait de l'avoir égaré exprime donc une perte d'identité ou de pouvoir. On peut traduire cela par : « Je me sens désorientée, je manque de repères ». Notre sac à main, qui recèle tout à la fois produits de maquillage, cartes de crédit et autres bilelts doux représente notre intimité. Il n'est de secret pour personne que le sac des femmes contient un fatras d'objets qui s'entrechoquent ! A noter que bon nombre de psychanalystes voient dans celui-ci le symbole de... l'utérus !

Rêve de vol : Arnaud, 24 ans
Je décolle du sol et me voilà dans les airs. Je vole au-dessus des montagnes. J'éprouve une vraie sensation de puissance.

Comment l'interpréter ?
Les rêves de vol procurent une impression de bien-être. Ils symbolisent une prise de liberté par rapport aux contingences matérielles. En s'élevant dans les airs, le rêveur prend de la hauteur et porte un autre regard sur son existence. Les rêves de vol peuvent représenter une élévation spirituelle. Il importe de différencier les types de vol : tapis volant, planeur... Lorsqu'on est en avion, on est dans la maîtrise, on garde le contrôle de la situation. A bord d'une fusée qui s'élance à la conquête de l'espace, on accepte de rompre avec ses repères habituels.

Rêve de maison : Vincent, 28 ans
Je me retrouve dans la maison de mon enfance. Mais je ne la reconnais plus : les murs sont lézardés et les pièces sont vides.

Comment l'interpréter ?
La maison est un lieu qui restitue les relations familiales telles que la rêveuse les a vécues enfant. Une maison pimpante renvoie à une ambiance chaleureuse. Une demeure en ruine traduit une enfance vécue dans un climat d'insécurité. La personne qui rêve de sa maison d'enfance se trouve confrontée aux "fantômes" du passé : ce songe réalise une sorte de nettoyage. La maison symbolise notre moi, notre personnalité ; le grenier, nos orientations intellectuelles et spirituelles ; la cave étant le reflet de nos zones d'ombre...

Rêve d'insectes : Simon, 35 ans
Je suis dans mon lit et j'aperçois des araignées sur le mur. Au début, cela ne me fait rien. Puis, elles se dirigent vers moi et là, c'est l'angoisse.

Comment l'interpréter ?
Les insectes sont symboles de transformation et de stagnation névrotique. Ce rêve peut exprimer la tentation de la guérison, sans l'effort d'introspection, voire l'attente d'une solution magique aux problèmes personnels. Mais l'interprétation varie selon l'insecte. L'araignée apparaît souvent en songe lors d'une période de dépression, elle est le signe d'une angoisse métaphysique. N'oublions pas qu'elle représente aussi la figure de la mère (ou de la grand-mère), étouffante ou castratrice, d'où le surgissement d'angoisse.

Rêve de mort : Jean, 52 ans
Mon père a eu une crise cardiaque. On vient me l'annoncer et je prends la nouvelle avec un grand détachement.

Comment l'interpréter ?
Lorsque l'on voit quelqu'un mourir en rêve, a fortiori une personne que l'on connaît peu, c'est que celle-ci représente inconsciemment une tendance négative inscrite en nous. De fait, cette mort met en lumière la nécessité d'éradiquer cet aspect de notre personnalité. Les psychanalystes voient dans le décès d'une personne chère (père, mère, frères et soeurs...), l'émergence de voeux de mort inconscients en résonance avec le vécu de la petite enfance du rêveur.

L'avis du spécialiste : Georges Romey, psychothérapeute

Y a-t-il des périodes où des périodes de la vie où l'on rêve davantage ?

Il y a des périodes où l'on est en plus en contact avec son inconscient, mais celles-ci ne sont pas forcément en rapport avec l'âge. A chaque fois qu'une personne est confrontée à un problème qu'elle ne peut régler ou à