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Anxiété et phobie sociale : le plus de la
psychothérapie (Interview du Dr Patrick Légeron
par Paris-Match) |
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Bien gérer son stress (Interview du Dr Christophe
André) |
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Ruser avec son stress (de Psychologies de
décembre 1988) |
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Des attaques de panique m'ont longtemps coupé
du monde (Femme Actuelle de janvier 1999)
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La simple idée d'aller au supermarché me
terrifiait (Maxi d'avril 1999) |
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Les comportementalistes (Capital Santé d'avril
1999) |
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Aime-toi et la vie t'aimera (Figaro Madame
de juin 1999) |
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Apprenez à décoder vos rêves (Top Santé d'août
1999) |
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Apprenez à "lâcher prise" (Top
Santé d'août 1999) |
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Retrouvez un sommeil naturel (Top Santé d'août
1999) |
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Les troubles de l'estime de soi sont en pleine
progression (Psychologies d'octobre 1999) |
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S'estimer, pourquoi est-ce si difficile ?
(Psychologies d'octobre 1999) |
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Qu'est-ce-que la dépression ? (Top Santé
d'octobre 1999) |
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Comment guérir du mal de vivre ? (Top Santé
d'octobre 1999) |
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La dépression frappe aussi les enfants et
les adolescents (Top Santé d'octobre 1999) |
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Rompre la spirale de la solitude (Journal
CAF de nov. 1998) |
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Vivre avec une phobie (Psychologies Magazine
de novembre 2000) |
 
Interview de Patrick Légeron par Paris Match
Dans un livre "La peur des autres",
deux psychiatres de l'hôpital Sainte-Anne,
les Dr Christophe André et Patrick Légeron
expliquent comment de nombreuses vies ratées
ont pour cause une phobie sociale.
Patrick Légeron nous donne des solutions
pour vaincre ce trac obsessionnel et maladif.
Comment une timidité excessive peut-elle
dégénérer en véritable maladie, une phobie
sociale ?
Il faut d'abord réaliser que tout le monde,
dans sa vie, éprouve à un moment donné, un
sentiment de gêne, de crainte, de déstabilisation
face à une autre personne. Ce n'est pas toujours
mauvais puisque le stress, tant qu'il ne
dépasse pas certaines limites, pousse à la
performance. Mais là où cette peur devient
nocive, destructrice, c'est quand elle surgit
de façon massive, trop intense, provoquant
ainsi une sensation de panique qui bloque
toute réaction. Pourquoi ce blocage ? Parce
que, au niveau biologique, ce trac déclenche
une activation très importante du système
nerveux autonome, ce qui aboutit à une libération
massive dans tout l'organisme de certaines
substances chimiques telles que l'adrénaline.
Celle-ci accélère le rythme cardiaque, perturbe
la respiration et la circulation sanguine,
contracte fortement les muscles, ce qui créé
des tremblements et fait affluer trop d'oxygène
au niveau du cerveau, interrompant ainsi
les fonctions intellectuelles.
Cette "anxiété sociale" maladive
est-elle fréquente ?
La phobie sociale, en tant que maladie mentale,
touche 2 à 3 % de la population générale.
Il en existe deux formes : l'une limitée
à quelques situations précises ; l'autre
permanente, généralisée. Dans le premier
cas, le malade ne peut effectuer certains
actes précis, comme boire et manger quand
on le regarde. Dans le second cas, le malade
ne peut pas fonctionner du tout en présence
d'un étranger : il est paralysé.
Quelles sont les conséquences de cette pathologie
?
Les conséquences immédiates nuisent fortement
à l'épanouissement d'une vie sociale et professionnelle.
Ces malades se replient sur eux, ont de moins
en moins de contacts avec les autres, peu
ou pas d'amis... d'où un gachis relationnel
formidable et, pour beaucoup, un ratage de
leur existence. A long terme, ces personnes
atteintes de phobie sociale sombrent souvent
dans une dépression ou dans l'alcoolisme
et bon nombre d'entre elles commettent des
tentatives de suicide.
Existent-t-il des traitements pour vaincre
cette peur panique des autres ?
Il y a deux sortes de traitement : l'un médical
(avec bêtabloquants et certains antidépresseurs)
et l'autre de psychothérapie. Les bêtabloquants
sont uniquement utilisés dans ce qu'on appelle
le "trac", pour surmonter ce qui
est pour eux une épreuve occasionnelle. Ils
exercent une action au niveau des symptômes
physiques : ils vont, par exemple, empêcher
la survenue des tremblements, de l'accélération
du coeur et permettre au sujet d'être plus
calme. (Aux Etats-Unis, on s'est aperçu qu'un
tiers des musiciens professionnels en consomment
!). En revanche, dans le cas de phobie sociale
grave, on administre quotidiennement, pendant
des mois, aux malades certains antidépresseurs
de la famille des I.m.a.o. (inhibiteurs de
la monoamine-oxydase) à des doses assez conséquentes.
Ces derniers médicaments, eux agissent au
niveau psychologique en diminuant fortement
ce terrible sentiment de "peur des autres".
Ce traitement nécessite toujours une psychothérapie
complémentaire. Il me faut ajouter que, dans
certains cas de forme moyenne de phobie sociale
qui ne sont pas vraiment des pathologies,
une psychothérapie peut suffire à guérir
le sujet de sa timidité excessive. Ce ne
sont pas des séances longues, comme celles
des psychanalyses, qui donnent les meilleurs
résultats, mais plutôt celles dites de "psychothérapie
cognitive et comportementale". Très
concrètes, elles sont ciblées sur le problème
particulier du patient. Ces thérapies durent
de six à douze mois à raison d'une séance
par semaine.
Est-ce une bonne chose qu'un produit chimique
apaise les troubles de l'âme ?
Oui, si ce traitement est considéré comme
une béquille transitoire, car il n'est pas
destiné à être prolongé dans le temps. Son
action est censée apaiser l'anxiété. Le relais
doit ensuite être pris par la psychothérapie,
qui rééquilibrera totalement le patient.
Quels résultats obtient-on avec ce traitement
?
En ce qui concerne les phobies sociales pathologiques,
les médicaments seuls donnent des résultats
positifs dans plus de 50 % des cas. Et si
l'on associe une psychothérapie, ces résultats
atteignent 70 % d'amélioration. Cela ne signifie
pas une complète guérison, mais les bénéfices
sont importants. Avec des séances de thérapie
comportementale sans prise de médicaments,
on arrive aussi à obtenir plus de 50 % de
bons résultats, lesquels semblent d'ailleurs
se maintenir plus longtemps qu'avec le protocole
uniquement médicamenteux.
Ces personnes atteintes de phobie sociale
ont-elles intérêt à se faire traiter dès
la découverte de leurs symptômes ?
Tout à fait : plus le problème est pris tôt,
plus grande sera l'amélioration.
 
Interview de Christophe André,
psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris

Qu'est-ce que le stress, une maladie, une
angoisse ?
Le stress est une fonction humaine normale
comme la respiration. Il y a des millions
d'années, lorsque nos ancêtres se sentaient
en danger, leur coeur s'accélérait, leurs
muscles se tendaient afin de pouvoir fuir
ou combattre. C'est ça le stress : une réaction
d'alerte. Aujourd'hui, bien sûr, le danger
n'est plus le prédateur ou l'ennemi, mais
une menace psychologique : je suis coincé
dans un embouteillage, on ne me donne pas
la parole dans une réunion... Mais nos réactions
physiques sont toujours les mêmes.
Ce qui signifie que le stress n'est pas "dans
la tête" comme on le dit souvent ?
Tout à fait. Lorsque nous sommes soumis à
un stress, nous secrétons tous, soudain,
beaucoup d'adrénaline et du cortisol, une hormone. C'est ce qui nous
permet de réagir rapidement à une situation
nouvelle. Si ces réactions se renouvellent
trop souvent, notre santé générale (coeur,
tension) peut s'en ressentir.
Qui sont aujourd'hui les plus stressés ?
Dans toutes les études, le portrait-robot
de la personne la plus stressée est aujourd'hui
une femme de 40 ans qui élève seule deux enfants, qui exerce
un métier sans responsabilités et qui habite
à plus d'une heure de son domicile. Contrairement à ce qu'on a longtemps pensé,
le stress n'augmente pas forcément avec les
responsabilités au travail. Au contraire ! Moins les gens ont de contrôle sur leur travail, plus ils font
des métiers subalternes, plus ils sont stressés.
Qu'est-ce qui nous stresse le plus ?
On a longtemps cru que les grands évènements
de la vie (deuil, chômage, déménagements...)
étaient les principales causes de stress.
Depuis quelques années, on s'est aperçu que
les petits "stresseurs" de la vie
quotidienne (se lever tôt, habiller les enfants
à toute vitesse le matin, une mauvaise ambiance
dans le couple, une mauvaise ambiance au
travail) usent beaucoup les individus.
A partir de quand le stress devient-il problématique
?
Si même en week-end, en vacances, loin des
"stresseurs" habituels, vous vous
sentez encore surmenés. Si vous ressentez
souvent des troubles digestifs, des douleurs
dans la nuque, dans le dos, si vous sentez
que vous êtes de plus en plus agacé par les
gens, les évènements, à ce moment-là, il faut consulter un spécialiste.

Le stress fait grossir. VRAI et FAUX
Si une souris stressée grossit provisoirement,
chez l'homme, rien n'est établi. Si on soumet
des gens de poids normal à un stress, certains
vont augmenter leur ration alimentaire, d'autres
vont manger moins et maigrir.
Les cadres sont plus stressés que les ouvriers.
VRAI
Selon une enquête récente de l'Ifop, 57 %
des actifs déclarent travailler dans des
conditions stressantes, surtout les cadres
(69 %) devant les ouvriers (47 %). Avec l'âge,
le sentiment d'être stressé augmente et les
femmes y sont plus sensibles.
Le stress peut provoquer un ulcère. FAUX
Les ulcères sont dans leur majorité causés
par une bactérie nommée hélicobacter pylori,
contractée pendant l'enfance et qui altère
peu à peu la muqueuse de l'estomac. Contre
les ulcères, le traitement se résume aujourd'hui
à des antibiotiques.
Le stress est un facteur de problèmes cardio-vasculaires.
VRAI
Le stress favorise les troubles du rythme
cardiaque, augmente la pression artérielle,
donc le risque d'hypertension et curieusement,
par un mécanisme assez mal connu, fait augmenter
le taux de cholestérol. Pour peu que le stressé
fume, ce sont deux facteurs de risques qui
se cumulent.
Le stress est inutile. FAUX
Le stress est en réalité une réaction positive
de l'organisme pour s'adapter à une menace
extérieure. Quand notre équilibre est perturbé,
le cerveau libère des hormones, notamment
l'adrénaline qui sélectionne dans l'organisme
les fonctions utiles à la survie. Cette stimulation
est donc saine et normale et prouve que nous
sommes bien en vie !
 
Article de Psychologies de décembre 1998
...C'est la pression qui nous permet de nous
dépasser, de donner le meilleur de nous-même
: un sportif bat un record, un étudiant réussit
un examen, un musicien laisse exploser sa
créativité sur scène... Une pression insuffisante
baisserait le niveau de motivation et les
résultats seraient moins bons.
Mis en évidence il y a une cinquantaine d'années
par l'endocrinologue canadien Hans Seylie,
le stress est "la réponse de notre organisme
à toute exigence ou pression extérieure".
C'est le principe même de la vie, une alternance
de questions et de réponses entre l'extérieur,
notre environnement et l'intérieur, notre
psychisme. On le sait, plus un enfant reçoit
de stimulations et d'informations, plus il
developpe ses facultés mentales et ses capacités
d'adaptation. Malheureusement, on sait aussi
que trop d'exigences transforment nos émotions
en brûlot qui liquéfie nos facultés mentales.
Or, aujourd'hui, chaque journée qui passe
nous expose à beaucoup de situations stressantes
que nous ne savons pas toujours gérer. Un
contexte général qui, selon les spécialistes,
s'aggrave. D'abord, parce que notre vie est
sans cesse plus complexe et que nous sommes
confrontés à beaucoup plus d'informations
qu'il y a encore une dizaine d'années. Ensuite,
parce que notre environnement lui-même se
complexifie de plus en plus. Pour lutter
contre cet écrasement du réel, un seul moyen
: agir.
C'est quand nos possibilités d'adaptation
sont dépassées par la situation et nos stratégies
de réponse inefficaces ou inexistantes que
le mauvais stress survient. Mais on peut
apprendre à en repousser les limites. Voyez
les adeptes des "sports de l'extrême"
: leur faculté d'accomplir des exploits périlleux
n'est pas apparue subitement. Ils se sont
entraînés, jour après jour, transformant
la peur en exaltation, développant des stratégies
intérieures pour aller chaque fois un peu
plus loin, plus haut... Comme ces grands
sportifs, nous portons en nous ces ressources.
Il suffit alors de savoir les reconnaître
et de les développer.
Quel stressé êtes-vous ?
Nous ne réagissons pas tous de la même façon
aux mêmes situations. Pour apprendre à gérer
son stress, la première chose à faire est
de se connaître soi-même. Selon la psychologie
du contrôle, nous serions en effet divisés
en deux groupes :
Les "internalistes" pensent que
tout ce qui leur arrive ne dépend que d'eux-mêmes,
de leur attitude face à la vie. Leur phrase
clé : "quand on veut, on peut".
Normalement, ils sont moins sensibles au
stress car ils ont l'habitude mentale de
développer des comportements adaptés en cas
de problème.
Les "externalistes", au contraire,
s'imaginent que tout ce qui leur arrive est
la faute du destin, des autres, de la chance
ou de la malchance. Leur phrase clé : "on
n'est jamais sûr de rien". Ils sont
donc très sensibles au stress et doivent
absolument apprendre à le gérer.
Bien sûr, chacun de nous peut osciller entre
ces deux tendances, selon les moments de
la vie. Mais l'intérêt de cette typologie,
c'est qu'elle révèle la notion de "stress
perçu" : ce n'est pas l'évènement ou
la situation (l'agent stressant) en lui-même
qui compte le plus mais la valeur qu'on lui
accorde.
Les effets du mauvais stress
Selon l'American Institute of Stress, le
stress négatif est aujourd'hui à l'origine
de 75 à 90 % des consultations médicales
et de 60 à 80 % des accidents de travail.
C'est en effet dans le domaine de la santé
que ce phénomène est le plus étudié, particulièrement
depuis l'apparition de la psycho-neuro-immunologie.
Désormais, tous les médecins savent que les
émotions jouent un rôle déterminant dans
les processus de maladie et de santé : chaque
facteur de stress (important ou répété),
affaiblit plus ou moins rapidement notre
système immunologique. D'où troubles digestifs,
asthme, insomnies, problèmes de peau, dépression...
Ces maladies peuvent mettre des semaines,
des mois ou des années à apparaître. Ainsi,
très récemment un groupe de médecins français
expliquait à la télévision que la pénible
grève des transports parisiens de décembre
1996 avait provoqué une multiplication des
maladies psychosomatiques en juin 1997. Trente
ans de recherches et d'expérimentations ont
largement démontré que les techniques de
gestion du stress permettent de diminuer,
voire d'éliminer tout symptôme. L'une des
plus célèbres de ces études a été publiée
dès 1989 par David Spiegel dans la revue
médicale "The lancet" : 50 femmes
atteintes d'un cancer du sein avaient été
invitées à participer à une thérapie de groupe
hebdomadaire au cours de laquelle elles pouvaient
exprimer et partager leurs émotions. Parallèlement,
elles apprenaient une technique d'auto-hypnose
pour contrôler la douleur. La comparaison
au "groupe témoin" (composé de
femmes qui n'avaient pas bénéficié de ce
soutien) avait révélé que toutes avaient
ressenti deux fois moins la douleur, moins
la peur et leur espérance de vie a doublé.
Comment faire face aux quotidien ?
Pour faire face au stress, nous avons des
armes naturelles. Il s'agit des "modérateurs
de stress", des habitudes de vie qui
permettent de mieux résister aux agressions
extérieures. Les Dr André, Lelord et Légeron,
médecins psychiatres à Sainte-Anne, spécialistes
du sujet, les classent en quatre catégories.
Hygiène de vie
Résister aux agressions, même psychologiques,
c'est avant tout être en bonne santé.
Privilégier des "aliments protecteurs"
(fibres, huiles végétales, poissons, sucres
lents). Exclure alcool, café, tabac et tout
autre excitant.
Faire des exercices physiques réguliers.
Pour maintenir notre état cardio-vasculaire
en bonne forme, 3 fois 20 minutes de gymnastique
par semaine, sans forcer, suffisent. Eviter
ascenseurs et escalators pour monter tranquillement
les escaliers.
Loisirs
Une activité extra-professionnelle qui nous
passionne crée des états émotionnels à l'opposé
du stress. De même, se faire plaisir (s'offrir
un petit cadeau, aller au cinéma, apprendre
à jouer d'un instrument de musique...) dissipe
les tracas de la vie professionnelle et les
relativise.
Spiritualité
De nombreuses études ont démontré que la
foi, la religion et la pratique spirituelle
ont une influence positive sur notre santé
mentale et physique. En effet, croire (quelle
que soit la religion) donne du sens à la
vie, pratiquer apaise l'esprit, partager
sa foi aide à se construire un réseau social.
Soutien social
On en parle très peu en France, mais le "support
social" est l'un des grands principes
de la gestion du stress dans les pays anglo-saxons.
C'est le réseau de toutes nos relations personnelles
qui nous permet de faire face au mauvais
stress. Des études statistiques ont en effet
démontré que les célibataires vivent moins
longtemps que les personnes en couple. L'explication
: ils ont moins de contacts humains et donc
moins d'occasions de communiquer, de partager
leurs soucis et leurs émotions.
Alors, soyez zen ! Un grand nombre d'études
scientifiques avaient déjà démontré les effets
positifs sur le stress des techniques qui
visent à expérimenter le calme intérieur
(relaxation, méditation, hypnose...). Résultats
: abaissement de la pression artérielle,
réduction des rythmes cardiaque et respiratoire,
de l'anxiété, amélioration du sommeil et
de la concentration, etc... Mais cette année,
le professeur Jean-Paul Raymond et son épouse
ont publié la première étude scientifique
complète des effets de la sophrologie sur
la diminution et la disparition des symptômes
dûs au stress (insomnies, blocages respiratoires,
céphalées, etc...). Dans "Plaisir des
sens, du stress à la sophrologie" (Sand),
ils expliquent comment cette technique agit
sur le système thalamo-limbique, responsable
des émotions et, donc, des maladies psychosomatiques.

Article de Femme Actuelle de janvier 1999
Patricia, 37 ans, mère de famille
"Je me sentais au bord d'un précipice,
constamment en danger de mort"
Depuis l'enfance, je n'ai eu qu'un seul rêve
: me marier et avoir des enfants. Je vis
pleinement cet idéal depuis seulement quelques
mois. Pourtant, mon fils Sébastien a déjà
10 ans et demi et Faustine, ma fille, en
a 8. Je me suis mariée en 1982. Après trois
ans de mariage, l'annonce de triplés m'avait
comblée. Un bonheur de courte durée : à 5
mois et demi de grossesse, deux de mes bébés
mouraient dans mon ventre. Le troisième allait
mal. Né prématurément, mon petit sursitaire
n'a pas survécu.
Curieusement, je n'en ai ressenti aucun chagrin.
Mon absence de réaction me troublait. Puis
j'ai vécu douze ans, hantée par l'image cauchemardesque
de mes trois bébés flottant dans un bocal
de formol. Dès février 1986, mois où j'aurais
dû accoucher, de légers vertiges ont commencé
à m'assaillir. Mon médecin a diagnostiqué
une petite dépression.
Soignée pour cela, mes vertiges persistaient,
puis des bouffées de chaleur et des palpitations
ont fait leur apparition. La moindre activité
était une tâche insurmontable. J'avais peur
dès que mon mari quittait la maison, dès
que sa main quittait la mienne pendant la
nuit. Je me sentais au bord d'un précipice,
constamment en danger de mort. Mon mari restait
attentionné malgré mes angoisses irrationnelles.
Jusqu'en 1993, mon état n'a pas évolué. Je
ne retrouvais un semblant de paix qu'aux
naissances de Sébastien et de Faustine. En
1993, à bout de souffle, j'ai arrêté de travailler.
Au début, c'était un soulagement. Mais très
vite, je me suis recroquevillée sur moi-même,
au point de ne plus franchir le seuil de
notre maison. Je sombrais, impuissante, dans
ce mal dont je ne comprenais pas la nature.
Accrochée à un faible espoir, j'allais vers
de nouveaux thérapeutes. En vain.
Lentement, j'ai commencé à comprendre : je
n'avais pas fait le deuil de mes trois enfants,
je ne me remettais pas du chagrin et de la
révolte dans lesquels m'avait plongée leur
mort. En mars 1998, résignée à mourir, j'ai
consulté une psychiatre spécialisée dans
le traitement des troubles anxieux. Elle
m'a rassurée : ni folle, ni seule à souffrir
ainsi, j'étais atteinte de troubles paniques.
Un anxiolytique et un antidépresseur m'ont
été prescrits. Quelques séances de thérapie
comportementale et j'allais m'en sortir,
disait-elle. J'ai suivi ses conseils sans
trop y croire. Pourtant, dès la quatrième
séance, j'ai appris à contrôler mes angoisses
par des exercices appropriés. Peu à peu,
j'ai pu reconquérir un peu de liberté : sortir
de chez moi quelques minutes, sans mon mari.
Enfin, je me suis sentie assez forte pour
accompagner les enfants à l'école, faire
les courses et même aller au restaurant avec
des amis.
Aujourd'hui, je contrôle mes vertiges en
quelques minutes. Je suis moins dépendante
de mon mari et notre amour s'en trouve renforcé.
Je n'ai rien caché de mon épreuve à mes enfants
qui font ma joie de chaque jour. Désormais,
je vois un jardin magnifique dans lequel
les cendres de mes bébés perdus se mêlent
au vent.
Annie, 26 ans, étudiante
"Un reportage m'a permis de comprendre
quel était mon problème"
Ce fut un cauchemar : une pièce pleine de
monde se vide, et tout à coup je me retrouve
seule : les fenêtres et les portes disparaissent,
je suis emmurée vivante... Lorsque j'ai réalisé
que je cognais de toutes mes forces contre
le mur de ma chambre, je me suis réveillée.
Voilà ce qui fut le prélude à deux années
de tourments.
Ironie du sort, ma première crise de panique
a eu lieu dans la nuit d'un 1er avril. C'était
en 1990, avant de passer les épreuves du
bac, et j'avais 17 ans. Une douleur au ventre
m'a réveillée. Je me suis levée : tout tournait
autour de moi, j'étouffais et mon coeur s'emballait
: j'ai vu des ombres - mes parents - gesticuler
comme les acteurs d'un film muet, les bruits
me parvenaient déformés et métalliques. Je
me suis mise à hurler, j'ai alors essayé
d'ouvrir la fenêtre, me croyant réellement
emmurée ; j'ai fini par saisir les chevilles
de mon père et l'ai supplié de me tuer, espérant
que la mort me délivrerait de cette torture.
A part l'écrivain Paul Nizan, tout le monde
dit que 20 ans est le plus bel âge de la
vie ; ce fut le pire pour moi : pendant deux
ans, je suis restée recluse chez mes parents,
victime d'un mal que les médecins eux-mêmes
n'ont pas diagnostiqué, vivant dans la hantise
de ces crises de panique qui pouvaient survenir
à tout instant et me terrasser physiquement
et psychiquement. Mes pauvres parents se
sont relayés à tour de rôle à mes côtés,
car la solitude provoquait invariablement
une crise. Et toujours le même processus
: des vertiges, une boule dans le ventre,
des jambes en coton, l'asphyxie, le temps
et les distances qui s'étirent. Je me sentais
seule au monde, isolée et incomprise. Ma
vie était fichue. Accompagnée de ma mère,
j'avais réussi, entre deux crises, à passer
mon bac ; une prouesse sans lendemain : durant
les deux ans qui ont suivi, je n'ai mis les
pieds à l'université qu'une dizaine de fois
- toujours avec maman - afin de récupérer
les programmes des cours et passer les partiels
du Deug. Le seul lien qui m'unissait encore
au monde, c'était ces passages à la fac et
mes études d'histoire. Durant tout ce temps,
j'ai été suivie par une psychanalyste qui
refusait d'entendre mes souffrances quotidiennes.
Elle me faisait parler de mon passé. Que
pouvais-je lui dire ? Fille unique de parents
très anxieux, j'étais une enfant solitaire
et studieuse, plus mûre que ceux de mon âge,
un peu en retrait. Plutôt mal à l'aise avec
les autres, j'avais endossé le rôle de la
confidente : écouter m'évitait de parler
de moi.
A travers la lecture et l'écriture, j'aimais
l'introspection, les réflexions existentielles,
cherchant à comprendre la condition humaine,
le fonctionnement des autres, mais sans eux.
Jusqu'en terminale, mon rythme de vie était
celui de l'école. Mais je m'y sentais très
insécurisée et souffrais souvent de bouffées
de chaleur ; j'étais stressée, les enjeux
étaient chaque année plus lourds à assumer
et il m'arrivait de vomir à la veille d'un
contrôle. Mais je voulais à tout prix réussir
ma vie. Et faire des études était une condition
incontournable. L'année du bac, deux mois
après la rentrée, j'ai perdu ma grand-mère.
Avec la mort de cette femme que j'adorais,
je me suis écroulée. J'en voulais à la terre
entière. Alors je me suis renfermée un peu
plus, plongeant dans le passé, pleurant sans
arrêt, me rendant au lycée avec appréhension,
jusqu'à cette étrange crise du mois d'avril.
Après, j'ai testé toutes sortes de traitement
inadaptés : médicaments - j'ai pris l'habitude
de prendre des anxiolytiques - hypnose Eriksonienne...
Puis un autre jour d'avril, en 1992, lors
d'une émission consacrée à la timidité, j'ai
découvert que mon problème portait un nom
: l'agoraphobie, un très grand sentiment
d'insécurité qui vous saisit dès que vous
êtes loin de votre maison, de vos repères...
J'appris aussi qu'il existait des méthodes
pour la soigner : les thérapies comportementales.
Pleine d'espoir, j'ai pris rendez-vous avec
l'un des collègues du psychiatre interviewé.
Il n'a pas fallu cinq minutes à celui-ci
pour mettre un nom sur mon mal et me proposer
une thérapie. Je n'avais jamais connu un
tel soulagement. Mon comportement a changé
en quelques semaines : j'étais motivée, décidée
à me battre. Ensemble, nous avons analysé
mes scénarios-catastrophes ; il m'a appris
à affronter mes peurs et à lutter contre
les blocages à l'aide de différentes techniques.
Puis, peu à peu, j'ai pu sortir seule : sur
le palier, puis jusqu'au hall de l'immeuble,
et enfin dans la rue.
Deux ans de thérapie m'ont permis d'éradiquer
les symptômes physiques et de me réadapter
à une vie normale. Des milliers de fois,
je me suis répétée comme un leitmotiv, "just
do it", et je l'ai fait ! Bien des fois,
j'ai ressassé les mots de Sénèque : "Ce
n'est pas parce que les choses sont difficiles
qu'on n'ose pas les faire, c'est parce qu'on
n'ose pas les faire qu'elles sont difficiles".
A 22 ans, j'étais assez autonome pour m'installer
seule et découvrir la vie avec mon propre
regard. J'ai repris mes études, rencontré
des amis, et aujourd'hui, je consacre une
partie de mon temps libre aux Restos du Coeur
; j'ai même ouvert l'antenne parisienne de
Médiagora, l'association de ceux qui souffrent,
comme j'ai souffert, d'agoraphobie et de
phobies sociales. Finalement je ne regrette
pas d'avoir raté mes 20 ans, je me sens plus
forte que je n'aurais jamais pu l'imaginer.
J'ai eu mal, je me suis battue et j'ai réussi
à mener une vie que j'aime. L'an prochain,
je serai institutrice, et c'était mon rêve.
j'ai fait la connaissance d'un garçon qui
me plaît. Ces deux années sont pour moi comme
deux pages blanches. Elles m'ont appris à
reconnaître les choses importantes et à apprécier
les bonheurs de l'instant présent.
Christophe André, psychiatre comportementaliste,
vice-président de l'AFTCC
"Cette pathologie reste mal connue.
Souvent,
elle n'est même pas diagnostiquée"
Qu'est-ce qu'une attaque de panique ?
L'attaque de panique est une cirse d'angoisse
qui apparaît très brutalement et peut survenir
à tout instant ; elle démarre souvent à la
suite d'une activité physique intense, comme
monter rapidement un escalier, faire la queue
dans un magasin surchauffé et bondé, après
une mauvaise nuit, etc... Et subitement,
en quelques secondes, tout bascule : la personne
a une sensation physique bizarre qui peut
se traduire par ces signes : vertiges, sensation
d'étouffement, palpitations, tremblements,
troubles de la vue et de l'ouïe, douleur
au ventre, suée, etc... Si on constate l'apparition
simultanée de plus de quatre symptômes sur
une quinzaine recensés, il s'agit bien d'une
attaque de panique. Lorsqu'elle est suivie
d'autres crises, on parle alors de trouble
panique. Le sujet atteint, le "paniqueur",
en est si perturbé qu'il réorganise sa vie
de façon à éviter toute situation pouvant
redéclencher une crise : il arrête de faire
du sport, évite les magasins, n'ose plus
prendre sa voiture...
Quelles sont les personnes les plus exposées
?
Dans deux cas sur trois, les paniqueurs sont
des femmes, une proportion que l'on retrouve
dans tous les troubles anxieux ; et on estime
que 4 % de la population française - soit
quelques centaines de milliers de personnes
- connaît ce type de troubles au moins une
fois dans son existence. On s'est aperçu
que les sujets à risques développent dans
leur enfance une anxiété de la séparation
- aller à l'école, en colonie de vacances
- doublée bien souvent d'une fragilité familiale
héréditaire - des parents eux-mêmes anxieux.
Par ailleurs, ce sont souvent des personnes
qui ont une incapacité à exprimer des émotions
hostiles et se laissent dominer par leur
entourage, se maintiennent dans une dépendance
aux autres. Souvent, les paniqueurs auraient
aussi un petit défaut de l'oreille interne
qui les rendraient plus sensibles aux vertiges.
Qu'est-ce qui différencie l'hypocondriaque
du paniqueur ?
Le paniqueur a peur de ses réactions physiques
et une crainte irraisonnée d'une maladie
qui le ferait mourir en quelques secondes.
A la différence de l'hypocondriaque, un obsessionnel
qui ressasse son improbable maladie et sa
peur de mourir à petit feu, il va éviter
de penser et de parler de ses troubles, car
c'est justement ce qui déclenche son angoisse.
Comment se soigner ?
Cette pathologie reste malheureusement assez
mal connue, c'est ainsi que dans bien des
cas, comme le montrent ces témoignages, elle
n'est pas diagnostiquée. Ainsi, ce qu'on
appelle la spasmophilie n'est en fait qu'une
forme débutante d'attaque de panique, à l'intensité
limitée. Quant à l'agoraphobie, elle est
une complication du trouble panique : l 'agoraphobe
évite les lieux où il risquerait de subir
une attaque de panique. Come on le voit,
l'information reste à faire pour vraiment
prendre en compte un trouble qui peut considérablement
entraver la vie de celui qui en souffre,
s'il n'est pas soigné. Actuellement, on obtient
d'excellents résultats avec les thérapies
comportementales et cognitives. Notre première
démarche - prescription d'antidépresseurs
ou bien d'anxiolytiques - permet d'espacer
les attaques, donc de diminuer l'angoisse.
Ensuite, on réapprend au patient à affronter
les situations qu'il redoute, afin qu'il
comprenne qu'il ne va pas mourir ou devenir
schizophrène. On l'aide à mieux contrôler
son "scénario catastrophe", l'enchaînement
de pensées qui le plonge dans l'angoisse.
La thérapie travaille sur deux niveaux :
une approche comportementale - exercices
et accompagnement du patient, mises en scène
de ses scénarios - et une approche cognitive
- le patient note ce qui lui vient en tête
lors d'une attaque. La thérapie peut prendre
entre trois mois et deux ans, en fonction
de la personnalité du patient et aussi selon
les troubles associés à sa pathologie (déprime,
dépendance aux tranquillisants, alcoolisme,
etc...).
 
Article de Maxi d'avril 1999
L'agoraphobie, la peur des grands espaces
et de la foule,
peut vraiment gâcher la vie. Joëlle est bien
placée pour le savoir !
"C'était un dimanche soir, se souvient
Joëlle. Je rentrais tranquillement en voiture
de l'hôpital de Lille où je suis infirmière.
Quand, soudain, mon coeur s'est mis à battre
à toute vitesse, mes mains à trembler, mon
front à ruisseler de sueur. Il me semblait
que cette autoroute qui s'ouvrait devant
moi à perte de vue, je n'en verrais jamais
le bout. Je ne pouvais pas me l'expliquer,
mais j'avais la certitude absolue que j'allais
mourir, ici, maintenant !"
Tant bien que mal, Joëlle se gare sur la
bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, ouvre
la vitre pour respirer un peu d'air frais.
Et très lentement, comme une vague qui reflue,
son angoisse s'atténue, puis disparaît comme
elle était venue... La crise n'aura duré
que cinq minutes.
"J'ai mis ce moment de panique incompréhensible
sur le compte de la fatigue, raconte Joëlle,
et je n'y ai plus pensé...".
Mais une semaine plus tard, sur cette même
route, une nouvelle crise d'angoisse s'empare
d'elle ! En roulant au pas, Joëlle arrive
à rentrer chez elle. Là, elle s'effondre,
exténuée, sur le canapé du salon. Cette fois,
la crise a duré un bon quart d'heure. "J'ai
pensé qu'il ne fallait plus que je reprenne
cette route, que je devais absolument trouver
un autre chemin, avec des cabines téléphoniques
pour appeler à l'aide, et aussi des pharmacies
pour qu'on me donne des médicaments en cas
de problème. J'ai fait un itinéraire qui
allait me rassurer, mais aussi rallonger
le trajet d'une heure !".
Le lendemain, Joëlle emprunte son nouveau
parcours : aucune crise d'angoisse ! Soulagée,
elle en profite donc pour s'arrêter au supermarché.
Mais là, sans prévenir, la panique revient.
La foule, les néons aveuglants, Joëlle n'a
plus qu'une seule idée en tête : sortir de
là. Tout de suite. A tout prix ! Comme une
enfant terrifiée, elle abandonne son chariot
et, sous le regard médusé des clients, s'enfuit
en courant.
"Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait,
raconte Joëlle, les amis à qui j'en parlais
se voulaient rassurants. Ils disaient qu'après
quelques jours de vacances il n'y paraîtrait
plus".
Seulement, les crises se multiplient et elle
se déclenchent n'importe où, n'importe quand
: un jour, lors d'une réunion dans la salle
de conférences, elle doit sortir, au bord
de l'évanouissement ; un soir, au cinéma,
elle quitte la salle en plein film : c'est
la foule qui l'empêche de respirer...
"Je ne pouvais plus travailler, plus
sortir sans redouter de devoir m'enfuir.
Je me défilais dès qu'il fallait faire un
long trajet... Il n'y avait pas un matin
où je pouvais me lever sans avoir peur...
d'avoir peur".
Un soir, au retour d'un dîner chez des amis,
elle ressent des picotements dans les doigts.
Le temps d'ouvrir sa porte et les démangeaisons
ont envahi sa poitrine, ses bras ; son coeur
bat à tout rompre ! "Je me suis dit
que j'étais en train de faire un infarctus
et j'ai appelé mon frère à l'aide".
Joëlle est transportée aux urgences cardiologiques
où elle subit des examens pendant quarante-huit
heures.
"Pour les médecins, raconte Joëlle,
j'étais en parfaite santé, mais moi, je savais
bien qu'il y avait autre chose. Alors je
suis allée consulter un médecin en qui j'avais
toute confiance. Lorsque je lui ai parlé
de mon impossibilité à rester dans un hall
de gare ou d'aéroport, dans une salle de
réunion ou dans tout autre endroit surpeuplé,
il m'a dit tout de suite : "Ne cherchez
pas, vous êtes agoraphobe".
Il m'a envoyée chez un psycbiatre qui, en
tant que médecin, m'a prescrit des antidépresseurs
et chez un psychologue qui m'a aidée à combattre
ma peur, notamment en se rendant avec moi
sur les lieux où je me sentais mal...
Ca a pris du temps, beaucoup de temps, pourtant
les crises se sont espacées et, un jour,
exactement comme elles étaient venues, elles
ont disparu pour ne plus jamais revenir !"
Cela fait cinq ans aujourd'hui que Joëlle
est guérie. Les premiers temps, elle redoutait
qu'une angoisse ne resurgisse à l'improviste,
mais maintenant, elle n'y pense même plus...
Joëlle n'a plus peur de l'espace, même pas...
l'espace d'une seconde !
Une phobie qui se soigne
L'agoraphobie est la peur des grands espaces
comme les places, les halls, les grands magasins,
les autoroutes, mais aussi de la foule qui
s'y presse. Cette angoisse provoque des palpitations,
des suées, des tremblements et l'impression
que l'on va mourir. L'agoraphobie apparaît
rarement avant l'âge de 20 ans et frappe
plutôt les femmes. Elle se soigne avec des
médicaments (antidépresseurs) et une aide
psychologique : par exemple, on accompagne
le malade sur les lieux qui l'angoissent
pour qu'il surmonte sa peur. L'association
Médiagora, dont Joëlle est la Présidente
à Lille, a plusieurs antennes, à Lille, Paris
et Rouen, et aide les personnes agoraphobes,
angoissées ou souffrant de phobies sociales.
 
Article de Capital Santé d'avril 1999
Les psy qui nous font avancer sans regarder
derrière
Avec eux bien mieux qu'hier... et encore
mieux demain !
S'il y a un divan dans leur cabinet, c'est
pour y apprendre
à respirer confortablement. Relégué dans
la salle d'attente,
le fauteuil où le psy assis, bras sur les
accoudoirs, menton
posé sur ses doigts croisés, encourageait
son patient à lui raconter
sa prime enfance. Leur "truc à eux"
: le retour vers le futur.
Nous avons tous notre talon d'Achille : il
y a ceux qui grimpent aux rideaux à la vue
d'une souris, celui qui se "laisse toujours
bouffer par les autres" ou encore cette
autre "qui reproduit éternellement les
mêmes échecs"...
Nous nous connaissons sur le bout des doigts,
nous nous sentons mêmes capables, grâce à
nos nombreuses lectures sur le sujet dans
les magazines féminins, d'analyser la situation
: "Un oedipe contrarié alors que nous
entrions en maternelle", "une mère
super mais terriblement protectrice",
"une crise d'adolescence larvée qui
n'a jamais pu donner sa vraie dimension"...
D'accord, d'accord, mais impossible de réécrire
les épisodes de notre journal de jeune fille,
pour en modifier l'histoire ! Et puis, tout
le monde a des parents, tout le monde a un
passé... à quoi sert de revenir sur notre
histoire ? Sûrement pas à résoudre nos problème
immédiats.
Avec eux, on parle d'aujourd'hui
Jeanne a 21 ans, elle vient d'entrer dans
une école de communication, un métier pour
lequel elle se sentait des dispositions.
Aujourd'hui, elle doute :
"A la fin du premier trimestre, j'ai
pris conscience que je ne m'étais pas fait
un seul véritable ami. J'entretiens de bonnes
relations avec tout le monde, mais je ne
fais partie d'aucun des petits groupes qui
se sont constitués et passent ensemble leurs
week-ends. Je sors avec le même garçon depuis
quatre ans... J'ai eu le sentiment que brutalement
ma vie était devenue étriquée. C'est sur
le conseil de ma mère que j'ai pris rendez-vous
avec une psy comportementaliste. Je n'en
avais jamais entendu parler avant. Quand
ma soeur a décroché au collège, elle a vu
une psychologue toutes les semaines pendant
quatre ans ! Trop long pour moi, d'autant
que je n'avais pas envoie de revenir sur
le départ de notre père quand nous étions
petites. Cela explique peut-être beaucoup
de choses mais ne résout pas ma claustrophobie
sociale".
Il n'est pas sûr que l'absence de père soit
réellement à l'origine des problèmes de Jeanne.
Les psychothérapeutes comportementalistes
n'empêchent pas leurs patients de chercher
à comprendre l'origine de leurs comportements
avec un psychanalyste (ces derniers sont
beaucoup plus réticents à l'égard de ces
nouveaux psy) ou avec un psychothérapeute.
De même, ils n'interrompent pas une prise
de médicaments prescrite par un médecin car
un sevrage doit toujours être progressif.
Leur but est de soulager le malaise, la peur,
la souffrance, comme l'explique Herman de
Vries, psychologue, qui pratique les thérapies
comportementales depuis vingt-cinq ans :
"Notre objectif est de créer un nouveau
répertoire de comportements grâce à de nouvelles
expériences, de nouvelles stratégies et de
nouveaux repères plus opérationnels. Pour
les troubles de l'anxiété, les résultats
sont souvent spectaculaires".
Avec eux, on pointe les frustrations de la
vie quotidienne...
Complexes, anxiété, dépression... une aide
spectaculaire validée par les études
Les comportementalistes s'appuient sur l'aspect
scientifique de la psychologie : l'évaluation
concrète des résultats après avoir fait prendre
conscience à leurs patients de leurs comportements
conditionnés, renforcés ou freinés par les
évènements de leur vie (et les conséquences
que cela entraîne) et les avoir aidés à en
corriger certains et à en valoriser d'autres.
Les cognitivistes "travaillent"
sur les modes de pensées négatifs... et positifs
avec leurs patients ; les comportementalistes
de "terrain" agissent et s'impliquent
dans les blocages qui leur gâchent la vie
; la plupart font les deux et s'adaptent
à la personne qu'ils reçoivent, à la manière
d'Herman de Vries. "Je m'ajuste au cas
par cas, en m'aidant parfois de la relaxation,
de jeux de rôles ou d'un travail sur la respiration.
J'utilise également la technique de l'exposition
: elle consiste à amener quelqu'un à affronter
la situation anxiogène en pensée, puis en
exercice et enfin en situation réelle".
Une aide utile pour réussir à vaincre une
phobie, celle de l'ascenseur, par exemple.
Le thérapeute accompagne une fois, puis deux,
puis dix, le phobique dans cette cage qui
le terrifie... jusqu'à ce que sa présence
devienne inutile.
Quant à Jeanne, elle a entamé une réflexion
sur elle-même avec sa thérapeute : "Lors
de notre première séance, elle m'a demandé
si je situais bien ce que je voulais voir
changer dans ma vie. Cela me semblait clair,
c'était ma relation avec les autres. Nous
en avons parlé, j'ai raconté les petits faits
qui me mettaient mal à l'aise, voire me faisaient
souffrir. Elle m'a donné un questionnaire
évoqyant plusieurs situations sociale, avec
pour mission de noter de - 4 à + 4, celles
que je supportais le mieux ou le moins bien
: être seule, me sentir seule au milieu d'un
groupe, me promener dans la foule ; me taire,
prendre la parole sans réfléchir, être obligée
de prendre la parole ; au restaurant : manger
un plat froid ou trop chaud sans me plaindre,
demander au garçon de changer mon assiette,
faire un scandale...
Elle a regroupé mes réponses par comportements
globaux et m'a fait apparaître des choses
dont je n'avais pas vraiment conscience,
comme par exemple, que j'étais prête à toutes
les concessions pour être appréciée, que
l'avis des autres me paraissait toujours
plus intelligent que le mien...
Elle m'a montré un tableau, très simple,
en trois colonnes : contexte, description
et réponse à l'évènement. Je l'ai recopié
sur un petit carnet pour y noter les situations
qui me marquent et je m'efforce le plus souvent
possible de le faire sur le vif".
Avec eux, on améliore demain
"Lors de mon second rendez-vous, nous
avons épluché mon carnet, là encore, elle
a procédé à des regroupements de mes attitudes.
Le contexte et les évènements pouvaient être
différents, je retrouvais toujours les mêmes
mauvaises "lignes de défense".
Cela m'a sauté aux yeux sans qu'elle ait
besoin de me mettre les points sur les "i".
Cette prise de conscience m'a amenée à me
fixer quatre objectifs. Donc à provoquer
les évènements qui me permettent de tester
de nouveaux comportements, avec une priorité
à celui qui me paraissait le plus difficile
à mettre en place.
Avant de nous quitter, elle m'a demandé :
"Vous faites toujours ce mouvement ?"
"quel mouvement ?" "Ne bougez
pas et regardez-vous dans la glace au-dessus
du canapé". Je tenais à deux mains mon
genou droit, posé sur mon genou gauche et
je balançais mon pied. Je m'en suis excusée,
ce qui l'a fait sourire : "Vous faites
le dos rond pour attraper votre genou et
vous serrez vos bras contre votre corps :
ainsi vous vous protégez comme si vous craigniez
de recevoir des coups..." Elle a ajouté
une petite consigne à mon programme : chaque
fois que j'en prends conscience, m'appliquer
à redresser le dos, à décroiser mes jambes,
à poser mes mains sur les accoudoirs des
fauteuils et mes pieds bien à plat sur le
sol... Je corrige ma position dix à quinze
fois par jour !", sourit Jeanne.
Cette méthode de la "consigne"
est celle qu'a adoptée Annie Martineau, psychologue
dans l'équipe de nutritionnistes et comportementalistes
de l'hôpital Bichat, qui prend en charge
des personnes ayant, en vain, testé maints
régimes ! "Pour modifier leur comportement
responsable d'une véritable souffrance psychique,
j'utilise la stratégie de l'observation.
Au lieu de restreindre, j'ajoute des consignes
afin de faire prendre conscience à la personne,
par exemple, qu'elle grignote toujours debout.
Pour freiner l'impulsion, il faut alors mettre
du temps entre l'envie et le passage à l'acte
: lui demander de s'asseoir..." Peu
à peu, les automatismes, les attitudes se
révèlent au grand jour, le regard sur soi
évolue.
Avec eux, on parle d'avenir !
Nous avons besoin de résultats rapides...
avec les comportementalistes c'est le cas
!
"C'était mon troisième rendez-vous,
avant-hier, raconte Jeanne. Elle me laisse
du temps pour pouvoir me tester ! Nous avons
repris mon carnet, elle a relevé plusieurs
changements d'attitude... Et elle m'a de
nouveau demandé de noter de 0 à 10 ce qui
avait été le plus difficile, les comportements
que je pensais pouvoir modifier radicalement,
les échecs qui m'avaient laissé indifférente,
ceux qui m'avaient mortifiée... Elle m'a
dit que j'étais réellement motivée et que
nous allions réussir. Elle m'a conseillée
de me focaliser sur le point le plus ardu
pour moi, "les autres seront plus faciles
à gérer ensuite, ils se résoudront même peut-être
spontanément. Nous avons évoqué mon balancement
de pied de façon plutôt anecdotique : "Lorsque
vous aurez progressé sur vos attitudes, je
vous apprendrai à respirer, mais vous devez
d'abord apprendre à vous relaxer..."
A suivre", jubile Jeanne, enchantée
par ses trois premiers rendez-vous.
Après l'étape de mise à jour des comportements,
vient l'établissement d'un plan de travail,
toujours en accord avec le patient, dont
l'adhésion est déterminante. Une des limites
des psychothérapies comportementales est
le manque de motivation de la personne qui
demande de l'aide : impossible d'obtenir
un résultat avec quelqu'un de passif.
Par le biais de ce "programme",
les thérapies comportementales et cognitives
s'attachent à nous faire prendre conscience
de nos monologues intérieurs. Il s'agit non
seulement d'observer notre comportement (j'ai
eu peur de prendre la parole en public, je
suis devenue rouge, et je suis partie...),
mais aussi par les pensées qui nous ont envahies
à ce moment-là, et qui explique notre état
de fébrilité (je vais être ridicule, je vais
bégayer...). Ce n'est pas la situation qui
créé une tension, une peur ou une tristesse,
mais la perception que nous en avons. Or,
lorsque nous sommes déprimés ou anxieux,
nous avons tendance à sélectionner dans notre
entourage, notre vie et notre passé, les
informations négatives. Le thérapeute va
réamorcer un engagement dans ces activités
sociales, nous proposer de nouveaux ancrages
dans la société, de nouvelles occasions de
contacts, avec des résultats aussi positifs
que durables. Prévenir les rechutes : c'est
là le "plus" du comportementaliste
!
"Cette thérapie est d'autant plus séduisante
qu'elle propose une relation interactive,
plus égalitaire qu'autoritaire, avec le thérapeute,
analyse le Docteur François Lelord, psychiatre-comportementaliste.
Nous sommes devenus des consommateurs de
soins, qui attendons un service et un résultat
rapide, et avec le comportementalisme, c'est
le cas".
Les enfants aussi
Se séparer de son doudou à 7 ans, se faire
des copains quand on est un grand timide,
ce n'est pas toujours facile... Car, pour
les enfants, il n'y a pas de petits soucis
: ils sont en proportion aussi lourds que
les nôtres.
En cas de troubles du comportement
La thérapie comportementaliste se révèle
particulièrement efficace. Particulièrement
avec les petits, encore plus réceptifs, que
les grands. Hyperactivité, énurésie, phobies
sociales... plus ils sont pris en charge
tôt, moins il résistent, ont pu constater
les pédopsychiatres et les psychologues.
C'est pourquoi l'an dernier a été créée une
formation spécifique pour ces professionnels
au sein de l'Association Française des Thérapies
Comportementalistes et Cognitives (AFTCC).
En cas de traitements lourds
Parce qu'il est souvent difficile d'accepter
une maladie chronique, qui vous rend "différent
des copains", il est classique de constater
que les petits malades "craquent"
de temps en temps et refusent d'avaler leurs
médicaments, pourtant indispensables.
"Les psychothérapies cognitivo-comportementales
de courte durée sont particulièrement indiquées
dans la mucovisicidose pour obtenir une modification
objective et rapide de certains comportements,
comme le refus alimentaire, le refus de soins
ou une phobie face à un traitement",
affirme l'Association Française contre la
Mucoviscidose qui vient de publier un petit
guide sur le sujet.
Témoignage
Christelle "J'arrive à être plus performante
dans mes études"
"A 33 ans, j'ai décidé de reprendre
des études après dix années de vie professionnelle
et j'ai eu de gros problèmes de concentration
et d'idées négatives. Impossible de réussir
à apprendre, je me répétais que j'étais nulle,
que les autres étaient bien meilleurs, que
je n'y arriverais jamais. Puis sont venues
les crises d'angoisse, terribles. Chez moi,
elles se manifestent par des mains moites,
le coeur qui s'emballe, et surtout la certitude
que je vais mourir immédiatement. J'avais
déjà suivi une psychanalyse il y a quelques
années. Avec la thérapie comportementale,
j'ai tout de suite eu des résultats pratiques.
Dès les premières séances, j'ai appris à
me fixer des objectifs raisonnables. Par
exemple, en fractionnant mon temps de travail,
alors que moi j'avais tendance à rester des
heures devant mon bureau sans être performante.
Et petit à petit, j'ai appris à me concentrer
pendant quinze minutes, puis vingt, puis
trente. Au bout d'une semaine déjà, je réussissais
à limiter l'ampleur des crises... Je n'ai
pas encore terminé la thérapie. Bien sûr,
j'aimerais que cela aille plus vite, mais
comme j'arrive mieux à travailler, cela m'aide
à m'accrocher : je n'ai pas abandonné mes
études et j'ai accepté l'idée d'obtenir ma
maîtrise en deux années au lieu d'une".
L'avis du comportementaliste
"Il arrive que les anxiétés de performance
soient responsables d'échecs scolaires ou
d'études qui traînent. Les thérapies comportementales
peuvent aider l'élève angoissé en lui donnant
de nouveaux repères qui vont lui permettre
la mise en oeuvre d'un comportement plus
opérationnel".
Cadeau d'entreprise
Les entreprises ont vite compris l'intérêt
des thérapies comportementales dans l'affirmation
de la confiance en soi. Pour les proposer
habilement à leur personnel, elles sont rebaptisées
stage de "développement personnel"
ou de "coaching". "C'est la
responsable des ressources humaines qui organise
une formation pour déstresser les cadres
redoutant de prendre la parole en public...
ou le manager qui nous appelle parce qu'il
s'estime trop agressif et qu'il ne parvient
pas à gérer les conflits avec ses collaborateurs"
expliquent Bernard Hévin et Jane Turner,
psychothérapeutes.
Parmi ces entreprises avant-gardistes, on
peut citer EDF, France Télécom, la SNCF,
Renault, l'Assemblée Nationale (pour son
personnel et non ses députés !). Séduits
également, les commerciaux et les étudiants
qui y voient une manière d'améliorer leurs
performances en se débarrassant de leurs
peurs irrationnelles.
"Les techniques de la psychologie trouvent
des applications en dehors des pathologies,
se réjouit le Docteur Bernard Rivière. Elles
permettent d'optimiser notre aisance sociale,
une initative bénéfique tant dans notre milieu
professionnel que familial. La gestion du
stress permet également de prévenir les troubles
cardio-vasculaires, elle protège nos défenses
immunitaires...".
Une spécialité qui a de l'avenir
On estime déjà à un millier le nombre de
praticiens formés en France et 400 psychiatres
se forment cette année uniquement à Paris.
Pour autant, nous sommes encore loin de nos
voisins anglo-saxons et d'Europe du Nord.
"Aux Pays-Bas, la moitié des thérapies
sont de type comportementaliste et cognitif",
témoigne Herman de Vries, psychologue d'origine
hollandaise, confiant en l'avenir de sa spécialisation.
C'est sans doute du côté des médecins généralistes
que les choses bougeront le plus désormais.
Ils sont les premiers vers qui se tournent
les personnes anxieuses, dépressives et on
sait aujourd'hui que le temps investi dans
cette thérapie évite bien des rechutes. Déjà,
un enseignement spécifique est proposé aux
non-spécialistes à l'hôpital Saint-Antoine
à Paris.
Une psychothérapie pour tous ?
"Presque !" assure le Docteur Bernard
Rivière, psychiatre à l'hôpital Esquirol
de St-Maurice : "Ces thérapies ont des
effets positifs sur presque toutes les pathologies,
même si elles sont un peu moins utiles pour
les démences, l'autisme infantile évolué
et les dépressions sévères".
Nos phobies
Premiers et plus spectaculaires résultats
C'est avec les phobies que les thérapies
comportementales ont en premier lieu brillamment
prouvé leur efficacité, crédibilisant ainsi
toute la démarche.
Peur des araignées, d'être treize à table,
de prendre le métro, d'arriver en retard,
les phobies sont diverses, variées et très
fréquentes : un français sur cinq en souffre
! Les américains en ont recensé 6 450...
Elles sont le plus souvent liées à un traumatisme,
ce qui rend les médicaments inefficaces.
Aussi la thérapie comportementale est un
vrai soulagement pour les phobiques ! "Si
vous souffrez d'une peur morbide des serpents,
le thérapeute vous incitera à visualiser
un serpent et à vous en approcher par imagination
jusqu'à ce que vous parveniez à le toucher
en toute sérénité", résume Patrick Traube,
psychothérapeute. A moins d'habiter en Afrique
équatoriale, nous pouvons vivre en évitant
d'en rencontrer. En revanche, la phobie de
l'eau prive de bien des plaisirs de vacances.
La stratégie thérapeutique est schématiquement
la même si nous associons une situation (plonger
dans une piscine) à une mauvaise expérience
: "J'ai bu une tasse quand j'étais petit
et j'ai cru me noyer", nous sommes incapables
de nous jeter à l'eau. Le comportementaliste
va nous aider à associer des émotions positives
: "J'adore me relaxer dans mon bain",
et des exercices : des séances de jeux avec
notre bébé dans la pataugeoire de la piscine
par exemple, afin de dépasser le réflexe
conditionné responsable de notre peur. Bien
sûr, cela sera moins facile et prendra plus
de temps si, enfant, nous avons vécu un vrai
traumatisme, comme assisté à une noyade.
Les résultats sont aussi rapides qu'impressionnants.
En cas de phobie simple (peur des araignées,
de l'orage...) ou d'agoraphobie (peur des
lieux publics), les symptômes disparaissent
généralement huit fois sur dix. Pour les
phobies sociales, le taux de réussite s'élève
à 60 %. Et quelques séances peuvent suffire
pour se réconcilier avec un avion ou une
souris.
Nos troubles obsessionnels
Résultats positifs pour le patient... et
son entourage
Une fixation sur la poussière qui nous amène
à passer deux à dix fois par jour l'aspirateur
après avoir déplacé tous les meubles et tapis...
Le sentiment oppressant - et que nous avouons
ridicule : - d'être sur écoute, qui nous
force à nous interrompre au milieu d'une
conversation pour soulever un objet afin
de s'assurer qu'aucun micro n'y est dissimulé...
Des symptômes pénibles, l'enfer pour nous
et pour les autres. Bien souvent, famille
et collègues tentent d'aider la personne
concernée en la surprotégeant. Ainsi assistée,
il devient inutile de faire des efforts,
de prendre des risques.
"Pour favoriser la guérison, l'entourage
doit s'impliquer dans le traitement et encourager
sincèrement le candidat à la guérison. J'invite
souvent le conjoint à assister aux entretiens
pour qu'il comprenne comment il peut jouer
un rôle de renforcement positif, en sachant
exprimer sa confiance, dire qu'il est convaincu
que ça va marcher...", explique Annie
Martineau.
Positiver comment ? Sans tomber dans l'agressivité,
la moquerie ou le chantage ! Ne jamais dire
: "Je ne fais plus telle activité avec
toi tant que tu n'as pas obtenu tel résultat...".
Nos kilos
Balance et moral allégés
A l'hôpital Bichat, à Paris, nutritionnistes
et comportementalistes travaillent main dans
la main, au fil d'une quinzaine de séances
de psychothérapie avant le démarrage d'un
régime. Cela s'appelle "l'aide au régime",
car ce n'est pas la thérapie elle-même qui
peut faire perdre du poids, mais la confiance
retrouvée, après l'échec de plusieurs régimes.
Le thérapeute aide les "candidats"
à l'amaigrissement à se revaloriser, à se
stimuler à nouveau. "Il faut compter
sept à huit séances pour prendre conscience
des réflexes à modifier, et autant pour découvrir
les idées ou émotions qui les déclenchent.
Avec le recul, nous avons constaté que les
régimes accompagnés d'une thérapie garantissent
une perte de poids durable, contrairement
aux régimes simples", constate Annie
Martineau.
Phobies, complexes, anxiété, dépression mais
aussi sevrages (tabagisme, alcool), les thérapies
comportementales sont une aide appréciable
pour se débarrasser de nos dépendances. Et
dans ce domaine, la recherche avance rapidement
! En nous apprenant à modifier nos émotions,
elles nous permettent de transformer les
comportements qui nous empoisonnent la vie.
Elles sont d'autant plus séduisantes qu'elles
sont généralement de courte durée : rarement
plus que quelques mois.
Témoignage
Marie-Claire, dentiste
Au début, j'étais une sorcière... et je suis
devenue une fée !
"Nathalie, une petite fille de neuf
ans, devait subir une intervention qui était,
pour elle, très impressionnante : la résection
du frein sous la langue. Elle la redoutait
beaucoup, c'était net dans ses dessins, confie
le Docteur Marie-Claire Théry-Hugly, chirurgien-dentiste.
Elle me représentait en sorcière et se dessinait
recroquevillée dans un cerceuil. Grâce à
une restructuration cognitive à base de relaxation
et à une exposition graduelle aux soins,
nous avons réussi à dédramatiser la situation.
Dans son dernier dessin, réalisé après l'opération,
le chirurgien était devenu une fée et la
petite fille un ange serein au coeur d'un
paysage de rêve, celui-là même dans lequel
la relaxation l'avait plongée. Sans mener
une séance magistrale de relaxation, nous
pouvons aider une personne qui redoute un
soin dentaire. Nous avons parfois à faire
face à des manifestations buccales de psychopathologie,
comme le phénomène de "la langue brûlante".
C'est une douleur psychogène chronique qui
révèle un syndrome dépressif. La thérapie
comportementale et cognitive nous est alors
très utile".
Ca marche...
Un peu : Psychoses, dépressions sévères.
Beaucoup : Troubles paniques, dépressions, alcoolisme,
aide au régime, complexes, troubles sexuels,
problèmes de couples, stress, hyperactivité,
énurésie.
Enormément : Phobies, troubles obsessionnels compulsifs
(TOC), tics, anxiété en particulier sociale,
timidité, crises d'angoisse, troubles post-traumatiques.
 
Article du Figaro Madame de juin 1999
"J'ai confiance en moi, je m'aime
et je vois l'avenir en rose" :
gardez le cap, vous allez droit vers le bonheur
!
Et souvenez-vous que l'estime de soi
se consomme avec modération.
Un sujet évoqué sans complexe par
les psychiatres Christophe André et François
Lelord.
Après le succès de votre précédent livre
"comment gérer les personnalités difficiles",
vous vous intéressez aujourd'hui à l'estime
de soi. Pourquoi ?
L'estime de soi est l'un des principaux carburants
dont nous avons besoin pour faire face aux
défis de l'existence. Elle est à l'origine
de la plupart de nos actes et de nos décisions.
Que l'on en ait peu ou beaucoup, elle est
vitale pour l'équilibre psychologique.
Ne s'agit-il pas de confiance en soi ?
Non, car celle-ci ne s'applique qu'à nos
actes : nous avons confiance en nous parce
que nous savons faire telle ou telle chose
sans crainte excessive de l'échec ou du jugement
d'autrui. Mais ce n'est là qu'un des aspects
de l'estime de soi. Il faut également prendre
en compte l'amour que l'on se porte ainsi
que la vision que l'on a de soi-même, qui
permet de se projeter dans l'avenir de façon
positive ou négative. Ces trois composantes
(l'amour, la vision et la confiance en soi)
influent les unes sur les autres et ne sont
pas forcément équilibrées. On peut très bien
réussir professionnellement parce que l'on
a une vision de soi positive, sans s'aimer
véritablement.
Quelle est l'utilité de l'estime de soi ?
On peut la comparer à la quille d'un bateau,
qui permet à l'embarcation de rester stable
et de garder le cap. Face aux difficultés
de l'existence, l'estime de soi a un rôle
stabilisateur. Comme le système immunitaire,
elle nous permet de résister aux agressions
extérieures et fait office d'agent protecteur
sur les plans émotionnel et psychologique.
Sommes-nous tous égaux dans ce domaine ?
Non, bien sûr. Certains d'entre nous ont
une estime de soi haute et stable. On les
repère facilement : ils se lancent volontiers
dans l'action, se fixent plusieurs objectifs
(évoluer professionnellement, acheter un
appartement, changer de voiture,...) qu'ils
renouvellent lorsqu'ils les ont atteints.
Ils ont le sentiment de gérer leur vie en
toute indépendance, savent être heureux sans
arrière-pensée et profitent de l'instant
présent. Ils n'accordent pas une importance
démesurée aux critiques et se concentrent
sur leurs points forts. Confrontés à un échec,
ils ne souffrent ni ne doutent moins que
les autres (une bonne estime de soi ne protège
pas de la souffrance) mais savent s'en détourner
en se réengageant dans de nouvelles aventures.
Quels sont les autres cas ?
Ceux qui ont une estime de soi haute et instable
ont souvent une haute opinion d'eux-mêmes
mais aussi une soif inextinguible de reconnaissance.
Ils se défendent des critiques, qu'ils vivent
comme de véritables agressions et réagissent
au quart de tour par des flots de justifications.
Ils peuvent également consacrer beaucoup
d'énergie à autopromouvoir leur image en
rappelant leurs succès passés ou à venir.
Comme les premiers, ils savent se lancer
dans l'action, atteindre et dépasser les
objectifs qu'ils se sont fixés, mais le moindre
problème les plonge dans des abîmes et des
états d'âme douloureux. Lorsqu'ils échouent,
ils considèrent souvent que les autres en
sont responsables ! Avoir le dernier mot
dans une conversation, faire passer ses idées,
gagner un match de tennis ou une partie de
Trivial Pursuit sont autant d'enjeux qui
leur permettent de s'affirmer et de se faire
valoir.
Peut-on vivre sans estime de soi ?
Les personnes à faible estime de soi ont
sans cesse besoin d'être rassurées, car elles
doutent de leur aptitude à plaire, à réussir,
à être aimées. Elles ont l'impression que
leur bonheur, leur réussite ne dépendent
pas d'elles mais du bon vouloir des autres,
du destin ou du hasard et vivent dans l'inconfort
psychologique et affectif. Souvent en proie
à de vives critiques intérieures, elles ont
tendance à se noyer dans leurs doutes, ce
qui les freine considérablement. Anxieuses,
elles ne peuvent jamais se réjouir pleinement
car elles se posent systématiquement la question
: est-ce que ces bons moments vont durer
?
Au fond, elles se méprisent ?
Pas forcément, mais elles sont très centrées
sur leur personne. Elles souffrent de "narcissisme
négatif" : elles se focalisent sur leurs
points faibles et ne prennent pas en considération
leurs qualités. Plutôt que de se pencher
sur leurs capacités, elles observent les
autres pour se calquer sur leur façon d'être.
Ce sont les plus défavorisées ?
Oui, mais elles ont aussi des qualités !
Une certaine modestie : qu'on les félicite
et elles répondent qu'elles n'ont aucun mérite,
que l'on en aurait fait de même à leur place...
Elles sont aussi plus neutres, plus prudentes,
attentives à ne tromper personne lorsqu'il
s'agit de parler d'elles, ce qui leur permet
d'être plus facilement acceptées par les
autres. Le fait qu'elles sont sensibles aux
critiques, qu'elles tiennent compte des conseils
qu'on leur prodigue, leur permet de s'améliorer...
et d'être recherchées pour leur qualité d'écoute
!
Quelle est l'origine de la bonne ou de la
mauvaise estime de soi?
L'estime de soi se construit dès les premières
années en fonction de l'environnement dans
lequel on va grandir, des modèles parentaux,
de l'amour et de l'éducation que l'on va
recevoir. Le rôle de l'affection est tout
aussi important que celui de l'éducation,
car si le premier permet de hisser l'estime
de soi à son plus haut niveau, le second
permet d'apprendre à recevoir l'approbation
d'autrui. Sans elle, l'estime de soi reste
fragile. Prenons l'exemple d'un enfant qui
aura été très aimé par ses parents mais à
qui l'on n'aura jamais fixé de limites, à
qui l'on n'aura pas appris à être poli, agréable,
serviable. Son estime de lui-même sera haute
mais instable. Ne sachant pas qu'il faut
faire des efforts pour être apprécié, il
entrera en conflit avec autrui.
Mais l'éducation, ce n'est pas seulement
fixer des limites et des règles de conduite,
c'est aussi encourager ses enfants.
Bien sûr. Et il faut d'ailleurs être très
attentif aux messages que nous leur adressons.
Sous prétexte de faire progresser leur fils
ou leur fille, de nombreux parents se focalisent
sur leurs mauvais résultats, leurs points
faibles, sans prendre en considération les
succès qu'ils peuvent obtenir par ailleurs.
Dire à un enfant "Tu as eu 7 sur 10
en maths ! Pourquoi pas 9 ?" est une
manière de détériorer l'estime qu'il a de
lui-même. Il va très vite se concentrer sur
ses manques, ses carences et apprendre à
ne jamais se satisfaire de ce qu'il obtient.
Comme un enfant établit-il son échelle de
valeurs ?
Avec les messages qu'il reçoit de ceux qu'il
considère comme des références, c'est-à-dire
ses parents, ses enseignants, ses pairs (les
enfants de l'école) et ses amis proches.
Il nourrit son jugement et son estime de
lui-même à partir de ces quatre sources.
Si l'une d'entre elles est défaillante, les
autres peuvent y suppléer. C'est ainsi qu'un
enfant ne recevant pas suffisamment de gratifications
ou d'encouragements de la part de son instituteur
et de ses parents estimera peut-être plus
important d'être aimé de ses copains si ceux-ci
lui renvoient des messages positifs. D'où
la nécessité d'être très vigilant avec ses
enfants et de prendre en considération leurs
doutes, leurs plaintes.
A l'âge adulte, comme cela se passe-t-il
?
L'importance des bons résultats scolaires
et de la popularité dans la cour de récréation
laisse la place à la réussite dans son travail
et au sentiment d'être apprécié par son entourage
amical ou professionnel. En revanche, l'importance
de l'aspect physique ou des performances
athlétiques, primordiaux à l'adolescence,
tend à diminuer progressivement, sauf pour
ceux qui sont désespérément accrochés à un
rêve de jeunesse éternelle. L'approbation
et l'amour des parents sont plus ou moins
remplacés par ceux du conjoint.
Les femmes ne s'aiment-elles pas davantage
lorsqu'elles se sentent belles ?
La beauté influe énormément sur l'estime
de soi car elle favorise l'acceptation par
les autres et la capacité de les influencer.
Si elle est plus déterminante pour les femmes,
c'est parce que les hommes sont très sensibles
à leur apparence physique. Et la publicité
ne cesse de leur envoyer des images de créatures
sublimes, créant de ce fait un idéal de beauté
inaccessible. Mais une bonne estime de soi
alimentée à d'autres sources peut protéger
contre ce phénomène. D'où l'importance d'aider
les petites filles à s'épanouir autrement
qu'en rêvant de ressembler à leur Barbie
!
Comment préserver l'estime de soi ?
Le plus souvent, on le fait sans même s'en
rendre compte ! Considérer les défauts de
celui qui nous critique est par exemple une
manière de protéger son estime de soi. Acheter
et posséder des choses qui font plaisir sont
autant de prothèses pour l'estime que nous
nous portons. Il existe également tous les
réconforts immédiats : manger des friandises,
se confier à une amie, s'offrir un voyage
ou un soin de beauté... Si ces "récompenses"
sont facilement accessibles, elles présentent
l'inconvénient de n'avoir qu'un effet passager.
Pour se rassurer durablement, il faut se
donner des occasions d'obtenir de petits
succès et de franchir des obstacles : éclaircir
un malentendu, venir à bout d'un travail
difficile, provoquer l'approbation et l'estime
des autres, se fixer des résolutions et s'y
tenir. Enfin, il est souvent nécessaire de
retrouver une vision réaliste du rapport
entre ses ambitions et de ses aptitudes réelles.
En un mot, cesser de s'imposer des idéaux
trop exigeants ou perfectionnistes.
Si l'on n'a pas suffisamment d'estime de
soi, que faire ?
Réfléchir et tenter d'analyser les principaux
domaines où se manifeste sa faible estime
de soi : s'agit-il de certains aspects de
notre personne, de notre relation aux autres
ou de nos rapports à l'action et aux projets
? Dans tous les cas, l'avis d'un médecin
est utile. Il est en effet indispensable
de savoir si ce n'est pas l'un des signes
d'une dépression plus ou moins cachée qu'il
faudrait soigner. Ensuite, il peut s'avérer
utile d'entreprendre une psychothérapie.
 
Article de Top Santé d'août 1999
Qu'ils soient mystérieux, érotiques ou inquiétants,
nos rêves
sont souvent le reflet de nos émotions et
de notre personnalité.
Avec les conseils de Georges Romey, psychothérapeute,
apprenez à les décoder pour mieux vous connaître.
Le rêve? La voie royale pour l'accès à l'inconscient,
martelait Sigmund Freud, le père de la psychanalyse.
Nos songes, qui nous laissent bien souvent
un sentiment d'étrangeté, auraient donc un
sens caché. Lorsque nous tombons dans les
bras de Morphée, s'enclenche un cycle de
quatre stades qui se renouvelle plusieurs
fois par nuit. C'est durant le troisième
stade, appelé REM (pour « Rapid Eye Movement")
que nous rêvons. Certaines personnes pensent
qu'elles ne rêvent jamais. Faux ! En fait,
elles n'en gardent aucun souvenir « Le rêve
a des fonctions de compensation et de réorientation
», précise Georges Romey, psychothérapeute.
Exemple : vous avez un problème à régler,
vous prenez une décision, et le lendemain,
vous vous réveillez dans un autre état d'esprit.
Car entre-temps, un rêve est intervenu et
vous a suggéré une autre orientation. Le
même scénario défile sous vos yeux depuis
quinze jours? Ce songe récurrent apparaît
en fait pour vous obliger à trouver une solution
à un problème précis. Et tant que vous ne
l'aurez pas résolu, il reviendra !
Certains rêves mettent en scène des archétypes
(exemple: la lune symbolise le féminin, et
le soleil, le masculin...). Ces images archaïques,
décrites par le psychiatre Cari Gustav Jung,
sont des symboles universels. Mais n'oubliez
pas que l'interprétation des songes se rattache
également à votre histoire person- nelle
et à votre situation actuelle. Pour vous
aider à décrypter le sens caché de vos rêves,
voici quelques exemples commentés par notre
spécialiste.
5 conseils pour mieux les comprendre
1. Notez les fragments de vos rêves au saut
du lit.
Ayez en permanence sur votre table de chevet
feuille de papier et stylo. Personnages,
paysages, forme des objets, couleurs, etc.
Inscrivez systématiquement tout ce qui vous
vient à l'esprit, même si cela vous paraît
dénué de sens.
2. N'oubliez jamais que certains songes sont
plus accessibles que d'autres.
Si le contenu d'un songe s'avère trop hermétique,
passez au suivant !
3. Laissez-vous guider par votre intuition.
Mais évitez les interprétations trop hâtives.
4. Consultez un dictionnaire des sympboles.
Il vous donnera les clés pour mieux interpréter
vos rêves.
5. Efforcez-vous d'en décrire la tonalité.
Eprouviez-vous une sensation de joie, de
peur ? Mettez ces émotions en relation avec
votre vie quotidienne, vos soucis, vos attentes
afin de découvrir le lien existant entre
vie diurne et nocturne.
Rêve d'eau : Mélanie, 25 ans
Je rêve d'une plage de sable blanc, comme
sur les cartes postales. Je me baigne dans
l'océan et je ressens une incroyable sensation
de bien-être.
Comment l'interpréter ?
Le rêve de Mélanie met en scène le bonheur qu'elle éprouve à exprimer sa féminité. L'eau est le symbole de l'« anima », selon Jung, (la part féminine qui existe en nous). Une femme se rêvant nue sous la pluie et dans un état de bien-être peut exprimer un désir
de fécondité. Les rêves d'eau sont en analogie avec le
fantasme de retour au ventre maternel, donc
le paradis perdu. Mais l'interprétation dépend
de la qualité des eaux du songe. Une personne
rêvant qu'elle marche dans un étang aux eaux
boueuses, et qu'elle s'enlise, manifeste
sa peur d'être confrontée à certaines pulsions
inscrites en elle (la boue représentant la
zone d'ombre de la personnalité).
Rêve de nudité : Christiane, 51 ans
Je marche nue dans la rue. Tous les regards
sont braqués sur moi. Je n'éprouve aucune
sensation de gêne, au contraire, je me sens
bien.
Comment l'interpréter ?
Le vêtement est en analogie avec la « persona
», selon Jung, laquelle symbolise ce que
nous représentons à l'extérieur, notre masque
social. Les vêtements font en effet partie
du règle des apparences. A l'opposé, la nudité
ramène à la vérité. Christiane, elle, semble
en accord avec elle-même puisqu'elle déambule
nue, indifférente aux regards extérieurs.
Par extension, une personne rêvant qu'elle
porte un vieux manteau râpé ou des vêtements
en loques peut éprouver un sentiment d'infériorité.
Rêve de vitesse : Gérard, 32 ans
Je suis au volant d'un camion qui roule à
vive allure. J'essaie de ralentir, mais la
pédale de freins ne fonctionne plus du tout.
Comment l'interpréter ?
Il s'agit d'un rêve d'angoisse. Le rêveur
a le sentiment qu'il perd le contrôle de
la situation et qu'il court à la catastrophe
(le précipice est au bout du chemin !). C'est
un songe d'avertissement du genre : "Attention,
tu vas trop vite, freines". A rattacher
à son vécu personnel : à quel type de difficultés
doit-il faire face ? Imaginons un homme marié
ayant une liaison et qui est dépassé par
les évènements. Ici, Gérard ne parvient pas
à ralentir : cela signifie qu'il doit reconsidérer
sa situation afin d'être à nouveau maître
de son existence.
Rêve d'arme : Michel, 44 ans
Je suis poursuivi par un homme armé d'un
poignard. Je cours très vite, mais il me
rattrape. Je me réveille brutalement.
Comment l'interpréter ?
Les armes tranchantes, conçues pour pénétrer
dans la chair, ont une symbolique phallique
(représentation du sexe masculin). Le scénario
décrit par Michel reflète une angoisse de
castration au sens symbolique du terme, à
mettre en rapport avec la figure paternelle.
Michel redoute-t-il la toute puissance de
son père ? Mais toutes les armes blanches
n'ont pas la même signification. Si le couteau
sert à blesser, voire à tuer, l'épée peut
se mettre au service d'un idéal (souvenons-nous
de l'épée magique d'Excalibur).
Rêve de perte : Sylviane, 62 ans
Je me promène dans la rue. J'ai perdu mon
sac à main. Je crois l'avoir oublié dans
une boutique, mais non... Je suis alors prise
de panique.
Comment l'interpréter ?
Le sac à main renvoie à l'identité de la
rêveuse. Le fait de l'avoir égaré exprime
donc une perte d'identité ou de pouvoir.
On peut traduire cela par : « Je me sens
désorientée, je manque de repères ». Notre
sac à main, qui recèle tout à la fois produits
de maquillage, cartes de crédit et autres
bilelts doux représente notre intimité. Il
n'est de secret pour personne que le sac
des femmes contient un fatras d'objets qui
s'entrechoquent ! A noter que bon nombre
de psychanalystes voient dans celui-ci le
symbole de... l'utérus !
Rêve de vol : Arnaud, 24 ans
Je décolle du sol et me voilà dans les airs.
Je vole au-dessus des montagnes. J'éprouve
une vraie sensation de puissance.
Comment l'interpréter ?
Les rêves de vol procurent une impression
de bien-être. Ils symbolisent une prise de
liberté par rapport aux contingences matérielles.
En s'élevant dans les airs, le rêveur prend
de la hauteur et porte un autre regard sur
son existence. Les rêves de vol peuvent représenter
une élévation spirituelle. Il importe de
différencier les types de vol : tapis volant,
planeur... Lorsqu'on est en avion, on est
dans la maîtrise, on garde le contrôle de
la situation. A bord d'une fusée qui s'élance
à la conquête de l'espace, on accepte de
rompre avec ses repères habituels.
Rêve de maison : Vincent, 28 ans
Je me retrouve dans la maison de mon enfance.
Mais je ne la reconnais plus : les murs sont
lézardés et les pièces sont vides.
Comment l'interpréter ?
La maison est un lieu qui restitue les relations
familiales telles que la rêveuse les a vécues
enfant. Une maison pimpante renvoie à une
ambiance chaleureuse. Une demeure en ruine
traduit une enfance vécue dans un climat
d'insécurité. La personne qui rêve de sa
maison d'enfance se trouve confrontée aux
"fantômes" du passé : ce songe
réalise une sorte de nettoyage. La maison
symbolise notre moi, notre personnalité ;
le grenier, nos orientations intellectuelles
et spirituelles ; la cave étant le reflet
de nos zones d'ombre...
Rêve d'insectes : Simon, 35 ans
Je suis dans mon lit et j'aperçois des araignées
sur le mur. Au début, cela ne me fait rien.
Puis, elles se dirigent vers moi et là, c'est
l'angoisse.
Comment l'interpréter ?
Les insectes sont symboles de transformation
et de stagnation névrotique. Ce rêve peut
exprimer la tentation de la guérison, sans
l'effort d'introspection, voire l'attente
d'une solution magique aux problèmes personnels.
Mais l'interprétation varie selon l'insecte.
L'araignée apparaît souvent en songe lors
d'une période de dépression, elle est le
signe d'une angoisse métaphysique. N'oublions
pas qu'elle représente aussi la figure de
la mère (ou de la grand-mère), étouffante
ou castratrice, d'où le surgissement d'angoisse.
Rêve de mort : Jean, 52 ans
Mon père a eu une crise cardiaque. On vient
me l'annoncer et je prends la nouvelle avec
un grand détachement.
Comment l'interpréter ?
Lorsque l'on voit quelqu'un mourir en rêve,
a fortiori une personne que l'on connaît
peu, c'est que celle-ci représente inconsciemment
une tendance négative inscrite en nous. De
fait, cette mort met en lumière la nécessité
d'éradiquer cet aspect de notre personnalité.
Les psychanalystes voient dans le décès d'une
personne chère (père, mère, frères et soeurs...),
l'émergence de voeux de mort inconscients
en résonance avec le vécu de la petite enfance
du rêveur.
L'avis du spécialiste : Georges Romey, psychothérapeute
Y a-t-il des périodes où des périodes de
la vie où l'on rêve davantage ?
Il y a des périodes où l'on est en plus en
contact avec son inconscient, mais celles-ci
ne sont pas forcément en rapport avec l'âge.
A chaque fois qu'une personne est confrontée
à un problème qu'elle ne peut régler ou à
un événement qu'elle refuse d'admettre, le
rêve va délivrer son message. Dans les moments
de la vie où se dessine une évolution psycholologique,
la personne peut être « travaillée » de l'intérieur.
Idem pour celle qui s'est engagée dans une
voie professionnelle ou affective qui ne
lui convient pas. Enfin, le fait d'entreprendre
une psychothérapie peut aussi favoriser la
remémoration des rêves nocturnes.
Pourquoi fait-on des cauchemars ?
Le cauchemar est l'expression d'une angoisse
qui résulte d'une tension non résolue dans
le champ de la conscience. On peut distinguer
deux types de situation. Le cauchemar se
rapporte à un événement actuel qui pose problème
à la personne. Au réveil, elle va modifier
son attitude et régler ainsi son problème.
Et il y a le cauchemar qui correspond à un
événement parfois ancien que l'on a refoulé.
Il est bien souvent récurrent. Tant que la
personne sera face à ce type de rêve, il
y a toutes les chances pour que la situation
ne se débloque pas. D'où la nécessité pour
le rêveur de faire appel à une aide extérieure
pour l'aider à prendre conscience de ce qui
se joue.
 
Article de Top Santé d'août 1999
Apprenez à "lâcher prise".
Vous avez envie de vous sentir enfin «relax»
après une année passée sur les chapeaux de
roue ? Suivez notre programme pour vous ressourcer
en profondeur. Cette nouvelle sérénité vous
aidera à repartir du bon pied à la rentrée
!
Un temps pour le farniente
Cet été, vous avez prévu de : câliner votre
mari ou vos enfants, flâner au marché, visiter
les musées, jardiner, faire des confitures,
vous remettre au tennis, recevoir vos amis...
Stop ! Vous vivez toute l'année à un rythme
d'enfer. Le temps est venu de souffler un
peu. Pour récupérer vraiment, adoptez un
mode de vie plus tranquille. La meilleure
méthode : commencer ses vacances par... ne
rien faire. Après cette phase de repos complet,
reprenez vos activités, mais sans excès.
Alternez périodes actives (sport, visites,
invitations, cuisine...) et phases de repos.
Savourez l'instant présent et redécouvrez
les bienfaits du farniente. Les vacances,
ne l'oubliez pas, c'est fait pour ça !
Un temps pour la vraie détente
Les enfants sont habillés n'importe comment.
vous n'avez pas fait votre lit, il est 13
h 30 et le déjeuner n'est pas prêt? Votre
poil se hérisse déjà... Du calme ! Décompresser,
cela signifie adopter un autre rythme et
savoir «lâcher du lest». Personne ne vous
oblige à avoir une maison impeccable, à présenter
joliment la moindre salade ou à servir chaque
repas sur une nappe repassée. Alors, exigez
moins de vous-même et plus des autres. Laissez
votre époux faire les courses pour le barbecue,
demandez aux enfants de mettre le couvert,
même si tout n'est pas fait exactement à
votre goût.
Un temps pour se retrouver
Toute l'année, vous avez en tête l'emploi
du temps de vos enfants, les soucis de votre
mari... Cet été, prenez le temps de vivre
un peu égoïstement, pour une fois. Plus épanouie,
vous vous sentirez aussi plus disponible.
Prenez soin de votre corps et offrez-vous
quelques moments de plaisir : gymnastique
douée, sauna, shopping, séances chez le coiffeur
ou l'esthéticienne... Surtout, ne culpabilisez
pas! On vous invite au bal du 15 août, mais
la lecture d'un roman policier vous tente
davantage ? Soyez aimable, mais ferme: «Non
merci. Amusez-vous bien et à tout à l'heure
!» Et ne perdez pas l'habitude de penser
à vous, même à la rentrée.
LES REGLES D'OR POUR « DECROCHER »
Avant le départ
Organisez-vous : des vacances tranquilles,
cela se prépare à l'avance. Planning des
visites, dates de départ, provisions et personnes
à prévenir. N'omettez aucun détail.
Annoncez la couleur : si vous louez une maison
à plusieurs, faites-vous préciser les obligations
de chacun (organisation, partage des tâches,
participation financière...). Une réunion
préalable permet d'éviter bien des tensions.
Pendant le séjour
Improvisez : ne soyez pas trop rigide, ni
avec vous, ni avec les autres. Laissez-vous
bercer par ces journées de vacances, même
si elles ne se déroulent pas toujours comme
vous l'aviez prévu.
Profitez de l'instant présent : le temps
est superbe, les enfants s'amusent comme
des fous... Voyez la vie en rose !
A la rentrée
Prenez de bonnes résolutions : récapitulez
les réflexes que vous avez acquis. "J'arrive
à me contrôler", "j'ai appris à
respirer par le ventre", "je sais
faire le vide dans ma tête". Ces bonnes
habitudes font désormais partie intégrante
de votre vie.
Continuez sur votre lancée : organisez votre
agenda en fonction de ce nouveau rythme.
Réveillez-vous un quart d'heure plus tôt
pour effectuer quelques mouvements de yoga
ou des exercices respiratoires. N'espérez
pas "vous y mettre" dans un mois
: faites-le tout de suite !
UNE NOUVELLE METHODE ANTISTRESS PERSONNALISEE
Vous souffrez de troubles dus au stress :
insomnie, anxiété, phobie... Essayez les
séances de Relaxial, une nouvelle méthode
utilisée "harmonisation active personnalisée".
Le principe ? Après un interrogatoire médical
et l'étude des pouls selon les principes
de la médecine chinoise, un logiciel définit
des sons et des couleurs capables de vous
détendre. En pratique, vous êtes installée
dans un fauteuil confortable, coiffée d'un
casque d'apparence futuriste. C'est parti
pour une demi-heure de relaxation : bains
de lumière, colorée, projections audiovisuelles
relaxantes.
LES TECHNIQUES POUR VOUS RELAXER
Une respiration profonde, régulière et apaisante
est la véritable clé de voûte de la détente.
Séduisantes, les nouvelles techniques de
relaxation visent à rétablir notre équilibre
fragilisé par notre mode de vie.
Comment ? En renouant avec la nature, en
réveillant nos sens et en stimulant notre
esprit. Quelques minutes par jour suffisent
à recharger vos batteries et à vous détendre.
LA VISUALISATION pour désamorcer le stress
L'évocation de certaines images exerce un
remarquable effet calmant. Avec de l'entraî-
nement, et vos paupières pour seuls accessoires,
vous parviendrez rapidement à les faire apparaître.
Avec un peu d'entraînement, vous effectuerez
cette "gym mentale" sans effort,
même dans les embouteillages !
Imaginez des lieux idylliques
Clairière verdoyante, dune de sable doré
modelée par le vent, cascade jaillissant
au milieu d'une forêt... Fixez votre attention
sur les couleurs les plus intenses et respirez
à pleins poumons.
Ecoutez la nature
De nombreux CD ou cassettes de relaxation
recréent un fond sonore favorisant l'éva-
sion. Souffle du vent, fracas des vagues,
gazouillis des oiseaux... sans oublier le
scénario de l'orage tropical, avec son atmosphère
oppressante et sa pluie qui soulage.
Notre conseil
Installez-vous dans un endroit silencieux,
voire dans la pénombre. Durée moyenne de
la séance: 20 minutes.
LA MEDITATION pour faire le vide
Imitez les Orientaux, qui s'accordent quelques
minutes matin et soir pour faire le plein
d'énergie et libérer leur esprit en méditant.
Observez un objet
Tôt le matin, et juste avant de vous coucher,
enfilez une tenue confortable, isolez-vous
dans une pièce calme de la maison. Méditez
cinq minutes pour commencer, puis dix, vingt
minutes au maximum. A genoux ou assise, mais
toujours le dos droit, concentrez- vous sur
un vase par exemple, si ses couleurs ou sa
forme vous séduisent. Essayez de chasser
les idées «parasites ».
Répétez des mots
Fixez votre attention sur un mot ou une phrase,
dont vous aimez la musique. Les sonorités
en « b » et en « 1 » sont particulièrement
plaisantes. Idéal aussi pour se concentrer
avant un entretien important.
Notre conseil
Le meilleur moyen de pratiquer la méditation
sans faire sourire toute la famille ? Enseignez-la
aux plus jeunes comme un jeu où l'on s'amuserait
à rester immobile et silencieux pendant un
moment.
L'AROMATHERAPIE pour réveiller vos sens
Dès que vous percevez une odeur, votre cerveau
transmet ses impressions aux organes du corps.
Agréables? Le cSur bat plus tranquillement,
la peau est moins vulnérable...
Découvrez les vertus des huiles essentielles
Avant une randonnée, ajoutez à votre bain
quelques gouttes d'huiles essentielles de
sauge, de lavande ou de citrus, aux vertus
tonifiantes. Au retour, optez pour la camomille,
la mélisse ou la valériane. Frottez vos tempes
avec de la marjolaine ou de la lavande diluée
à 5% dans une huile de germe de blé. A éviter
à la plage: les huiles essentielles de citron
et de bergamote, qui tachent la peau.
Parfumez votre maison
Créez un climat de sérénité avec un diffuseur
d'arôme ou des bougies parfumées. Les plus
relaxantes? La lavande, la marjolaine et
la camomille. A éviter dans la chambre des
moins de 3 ans.
Notre conseil
Procurez-vous un bon guide. Certaines huiles
nécessitent des précautions particulières.
Alain Héril, sophrologue et psychothérapeute
Pourquoi la respiration est- elle la clé
de la relaxation ?
Au moindre stress, notre respiration devient
plus rapide et superficielle, et donc moins
efficace. Le diaphragme se bloque, tous nos
muscles se raidissent, ce qui accentue les
tensions. Une respiration contrôlée et profonde
assure un apport optimal d'oxygène. Les échanges
gazeux s'améliorent et le corps retrouve
l'oxygénation nécessaire à la détente.
Comment bien respirer au quotidien ?
En cas de stress, il faut prendre conscience
de sa respiration et, surtout, maîtriser
la phase d'expiration, qui doit être aussi
longue et profonde que possible. Ce contrôle
favorise l'élimination des toxines et procure
une sensation de détente. L'inspiration devient
plus régulière et naturelle. Enfin, on peut
aussi respirer par le ventre, en plaçant
sa main sur son nombril et en veillant à
ce que l'air reste dans le ventre, pour libérer
le diaphragme. Ce type de respiration permet
un massage des organes digestifs, ce qui
facilite la détente et supprime la sensation
de "boule dans l'estomac" chez
les personnes angoissées.
 
Article de Top Santé d'août 1999
Retrouvez un sommeil naturel
Surcharge de travail, maladie des enfants,
sorties... toutes sortes de circonstances
sont à l'origine d'horaires décalés ou de
coucher tardif. Rien d'étonnant à ce que
notre organisme soit déphasé et trouve difficilement
le sommeil ! Voici comment retrouver le bon
rythme, natu- rellement et pour longtemps.
Tordez le cou aux idées reçues
Pour retrouver des nuits paisibles, pas question
de mettre en pratique n'importe quelle recette.
Un conseil : commencez par démêler le vrai
du faux.
Huit heures de sommeil, c'est la dose indispensable
pour être en forme
Cela dépend des personnes. La moyenne chez
l'adulte est de sept heures et demie. Mais
certains ont besoin de neuf heures et demie
de sommeil chaque nuit.
Rien de tel que l'alcool pour s'endormir
Un petit verre de vin peut effectivement
enclencher le processus de détente qui vous
aidera à trouver le sommeil. Au contraire,
une quantité excessive d'alcool risque d'avoir
un effet excitant et de provoquer des réveils
intempestifs, trois ou quatre heures plus
tard.
Sauter le repas du soir, c'est l'assurance
de nuits paisibles
II faut naturellement éviter les repas trop
lourds, la viande rouge, les plats en sauce
et les légumineuses : une digestion laborieuse
perturbe le sommeil. Toutefois, il est déconseillé
d'aller se coucher le ventre vide, car la
faim risque de vous réveiller au milieu de
nuit. Le mieux est donc de dîner légèrement,
en privilégiant les aliments riches en calcium
et en magnésium. Ces derniers favorisent
en effet la production de sérotonine, une
substance indispensable au sommeil.
Il suffit de dormir plus pour récupérer après
une nuit trop courte
C'est vrai pour les enfants et les adolescents,
qui disposent d'une grande "élasticité"
dans ce domaine. Les adultes, en revanche,
ont perdu cette faculté. Quelques heures
de plus risquent de décaler le rythme veille-sommeil
et de provoquer ensuite des difficultés d'endormissement.
Une sieste programmée entre 13 et 15 heures
est bien plus réparatrice.
Il faut se coucher tôt, car les heures avant
minuit comptent double
En réalité, ce sont les trois premières heures
de sommeil. Pendant cette phase, le corps
est en sommeil profond, le plus réparateur
pour l'organisme.
Remettez votre horloge à l'heure
Nos cycles veille-sommeil sont réglés par
une horloge interne dont le bon fonction-
nement peut être perturbé. Voici cinq astuces
pour la remettre à l'heure.
Exposez-vous à la lumière le matin, et non en fin de journée. La baisse d'intensité
lumineuse déclenche la production de la mélatonine,
une hormone cérébrale qui favorise le sommeil.
La nuit, évitez les éclairages trop violents,
qui perturbent le processus naturel d'endormissement.
Privilégiez les sources de lumière douée
et tamisée.
Dormez dans une chambre fraîche. Une légère diminution de la température corporelle
aide à s'endormir.
Faites du sport le matin ou en début d'après-midi.
L'effort physique apporte une sensation de
détente et favorise le sommeil lent qui améliore
la récupération. Une activité intensive pratiquée
en fin de journée a des effets excitants.
Préparez votre nuit en effectuant cette séance
de relaxation : allongée dans votre lit, levez lentemeni
une jambe à la verticale en l'étirant au
maximum. Restez ainsi une quinzaine de secondes
en respirant lentement. Inspirez par le nez
et expirez. par la bouche. Redescendez la
jambe et recommencez de l'autre côté.
Oubliez les somnifères
Si le sommeil vous fuit malgré une bonne
hygiène de vie, les médecines douées peuvent
vous donner un "coup de pouce".
Elles agissent plus lentement que les médicaments,
mais ne créent pas d'accoutumance. Découvrez
ci- dessus la solution qui vous convient.
VOS SOLUTIONS MEDECINES DOUCES
Problème : Vous n'arrivez pas à trouver le sommeil
Cause : Tempérament nerveux, Camomille, difficulté
à «débrancher» valériane après une journée
active
Phytothérapie : Camomille, Valériane
Homéopathie : Gelsemium 9CH, Coffea Cruda 4CH
Oligothérapie : Magnésium
Problème : Vous vous réveillez dans la nuit et vous
mettez des heures à vous rendormir
Cause : Nature émotive, période d'anxiété ou de
nervosité
Phytothérapie : Passiflore, Coquelicot
Homéopathie : Nux Vomica 7CH
Oligothérapie : Zinc, sélénium
Problème : Vous vous réveillez à 4 heures du matin et
vous broyez du noir
Cause : Légère déprime
Phytothérapie : Millepertuis
Homéopathie : Thuya 5CH
Oligothérapie : Lithium
Dr Damien Léger, responsable du centre du
sommeil à l'Hôtel-Dieu (Paris)
L'été est-il une saison propice pour retrouver
le sommeil ?
Oui, dans la mesure où c'est la période de
l'année qui offre le plus d'heures de lumière.
Celle-ci joue un rôle régulateur essentiel
dans les rythmes veille-sommeil de notre
horloge interne. Pendant les vacances, chacun
se sent plus détendu et vit à son propre
rythme, ce qui aide à retrouver un sommeil
de bonne qualité. En revanche, le bruit de
la chaleur sont des éléments perturbateurs.
Le cerveau a besoin de voir sa température
baisser d'un degré pour enclencher correctement
le processus d'endormissement.
La sieste est-elle bénéfique quand on dort
mal ?
Oui, à condition de la moduler en fonction
de ses besoins. Une sieste d'une heure à
une heure et demie aide à récupérer en cas
de nuit vraiment courte. Mais elle peut avoir
un effet perturbateur sur des personnes qui
ont du mal à trouver le sommeil ou qui se
réveillent pendant la nuit. Dans ce cas,
mieux vaut priviléuier une pause de quinze
à vingt minutes, qui apporte une bonne détente
sans compromettre la nuit à venir.
Comment savoir si l'on dort suffisamment
?
En faisant le test de la sieste, mais à une
heure décalée par rapport aux heures habituelles
de somnolence. L'organisme ressent naturellement
le besoin de dormir entre 13 et 15 heures.
Si vous glissez sans peine dans le sommeil
lorsque vous vous allongez plus tard dans
l'après-midi, cela signifie à l'évidence
que vos nuits ne sont pas suffisamment longues.
 
Article de Psychologies d'octobre 1999
Avec Christophe André Psychiatre,
psychothérapeute et consultant en entreprise,
il est l'auteur, avec François Leiord, de
"l'Estime de soi"
et "Comment gérer les personnalités
difficiles"
(O.Jacob, 1999 et 1996). Il a écrit avec
Patrick Légeron,
"la Peur des autres. Trac, timidité
et phobie sociale" (O.Jacob, 1998).
La boulimie augmente chez les femmes et touche
désormais les hommes. De plus en plus de
patients dépressifs rechutent deux ans après
leur rétablissement. Un constat à l'origine
du best-seller "l'Estime de soi".
Il existe de nombreux ouvrages grand public
sur la timidité ou les complexes. Rien de
tel pour l'estime de soi. Jusqu'à la parution
récente de "l'Estime de soi, s'aimer
pour mieux vivre avec les autres" de
Christophe André et François Lelord, deux
psychiatres habitués à s'adresser aux non-initiés.
Leur idée clé : haute ou basse, l'estime
de soi influence toute notre vie.
Votre livre est un best-seller. Pourquoi
ce succès?
Quand un livre est un best-seller, c'est
parce qu'il touche quelque chose d'universel
et d'intime à la fois. L'estime de soi concerne
tout le monde au plus profond de lui-même,
autant les individus bien portants que ceux
dans la souffrance. Elle explique nombre
de nos difficultés.
Concrètement, qu'est-ce-que l'estime de soi
apporte à un individu dans sa vie amoureuse
?
Elle rend moins dépendant. On n'a pas besoin
de l'autre pour se sentir exister, pour sentir
qu'on a en soi de la valeur, on choisit donc
davantage ses partenaires sans s'accrocher
à eux. Elle permet aussi de s'engager avec
plus de confiance. Certains estiment si peu
qu'ils verrouillent leurs rapports aux autres
et préfèrent ne pas avoir de vie sentimentale
plutôt que d'en souffrir.
Et dans sa vie professionnelle ?
Une plus grande résistance aux échecs. Et
aussi une vision plus claire de ce pour quoi
l'individu est fait. De nombreux jeunes adultes
ont des problèmes d'estime de soi. Du coup,
ils perdent du temps car, au lieu de faire
ce qui leur plaît vraiment, ils font ce qu'on
leur recommande de faire, ou ce qui les sécurise
socialement.
Des maladies ont-elles pour origine un manque
d'estime de soi ?
Oui, et certaines sont en pleine explosion.
La boulimie, par exemple, dans sa forme pathologique.
Elle gagne même les hommes, traditionnellement
épargnés. Il existe aussi un trouble de l'humeur
qui s'appelle la dysthymie. C'est une forme
de dépression plus ou moins atténuée. Ceux
qui en souffrent sont souvent tristes, pessimistes,
s'autodévalorisent sans pour autant présenter
de véritables accès dépressifs. Dans les
critères officiels de diagnostic de la dysthymie
figure le manque d'estime de soi.
Pour quelle raison la boulimie est-elle en
augmentation ?
L'apparence physique est une composante importante
de l'estime de soi. Et la notion d'idéal
et de modèle est capitale pour l'entretenir.
Plus je me rapproche de mon modèle, meilleure
elle est. Or quel est le modèle proposé par
la société ? Des mannequins récol-tant de
plus en plus d'argent et de notoriété - critères
auxquels se mesure la reconnaissance de toute
société. Le même mouvement s'est déclenché
chez les hommes. Au cinéma et dans la publicité,
on voit davantage de beaux corps masculins
dénudés. On met de plus en plus la pression
sur leur physique. Ils doivent être musclés,
avoir tous leurs cheveux, une belle peau.
Résultat : par réaction, on assiste à une
augmentation des cas de boulimie pathologique
chez les messieurs. Et il semblerait que
ce ne soit qu'un début.
Qu'est-ce qui vous a amené à approfondir
cette notion?
Je n'arrivais pas à guérir certains de mes
patients, alors que je pen-sais les avoir
traités comme les autres. Je me suis rendu
compte que leur souffrance centrale résidait
dans les mauvais rapports qu'ils entretenaient
avec eux-mêmes. En fait, il y avait deux
catégories de patients : ceux qui étaient
capables de dire que, malgré leurs difficultés,
ils étaient " quelqu'un de bien ",
et les autres qui se dévalorisaient profondément.
J'ai alors compris que l'estime de soi pouvait
être un facteur aggravant ou modérateur des
difficultés psychologiques et des épreuves
de l'existence. Par ailleurs, on a pu démontrer,
grâce à des études rigoureuses, qu'un nombre
très élevé de patients dé-pressifs faisaient
une rechute dans les deux ans qui suivaient
leur rétablissement. Il fallait comprendre
pourquoi.
Ces rechutes seraient causées par une mauvaise
estime de soi ?
Oui. Un épisode dépressif, c'est comme une
descente aux enfers. On ne revient pas intact
d'un pa-reil voyage. Quand on est en dépression,
on se trouve face à une partie de soi-même
très sombre qu'on ne peut balayer d'un revers
de main. Les individus les plus forts rangent
cet épisode au rayon souvenirs. Les autres
en gardent des cicatrices, plus ou moins
douloureuses, prêtes à se rouvrir. Quelqu'un
qui possède une bonne estime de soi parviendra
à assumer cette partie sombre. En revanche,
le manque d'estime de soi sera réactivé,
renforcé par les difficultés de l'existence.
L'estime de soi est-elle le "remède"
à la dépression et à l'angoisse ?
C'est un facteur protecteur très puissant.
Il peut prévenir l'apparition de ces difficultés. Une thérapie ne
repose pas à 100% sur l'estime de soi mais,
plus le thérapeute travaillera sur elle,
plus il arrivera à protéger son patient contre
les risques de rechute.
En avez-vous modifié votre ma-nière d'exercer
?
Je crois avoir gagné en confort et en efficacité.
Par exemple, j'interroge mes patients plus
directement : " Que pensez-vous valoir
? "L'estime de soi est un facteur protecteur
très puissant" Quels sont vos défauts
? Vos qualités ? " Ces questions, évidentes
dans le développement personnel, ne sont
pas si fréquentes en psychothérapie. Par
ailleurs, je m'arrête avec eux beaucoup plus
sur les notions de honte et de dévalorisation,
encore trop souvent associées à des maladies
mentales. Et je leur explique que leur personne
ne se résume pas à leur maladie.
Que peut changer votre livre ?
Je voudrais qu'il rende les pa-tients plus
exigeants vis-à-vis de leur thérapeute. Il
y a beaucoup de pratiques scandaleuses aujour-d'hui
: des patients maintenus en état de dépendance
par des thérapeutes qui ne leur donnent d'informations
ni sur leur trouble ni sur les stratégies
utilisées, qui les dissuadent de prendre
d'autres avis, ou qui dévalorisent d'autres
approches. Je voudrais que ces patients aient
suffisamment d'estime de soi afin de tenir
leur place et d'être respectés. C'est d'ailleurs
vrai dans tous les domaines. L'estime de
soi n'appartient pas seulement au champ psychologique,
elle a des repercussions à tous les niveaux
: social, économique ou politique.
"Tu aimeras ton prochain comme toi-même"
" Ne fais pas à autrui ce que tu ne
voudrais pas qu'il te fasse ", clament
la plupart des morales philosophiques d'Orient
et d'Occident. Le précepte biblique qui lui
correspond est singulièrement différent :
" Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
" Ici, ni peur du mal ni interdiction
(" Ne fais pas "), mais l'amour
du bien et l'engagement positif à aimer autrui
selon l'amour que l'homme se porte à lui-même.
Ce qui est dit en substance : je ne peux
comprendre le bien d'autrui que par l'intelligence
de mon propre bien. il n'y a pas d'altérité,
de rencontre et de respect véritable de l'autre
sans réconciliation avec moi-même, dans la
compréhension de mon bien le plus profond.
Mais quel est cet amour de soi qui permet
l'amour d'autrui ?
Au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin distingue
trois sortes d'amour de soi : l'un, commun
à tous les hommes, découle du principe naturel
de conservation; un autre concerne les hommes
qui ordonnent leur vie selon les besoins
de leurs sens ; enfin, le véritable amour
de soi, visé par le commandement biblique,
consiste donc, pour saint Thomas, à s'aimer
selon la raison. La théologie chrétienne
distingue ainsi un juste amour de soi ordonnant
les plaisirs des sens à la raison, d'un "
mauvais " amour de soi soumettant la
raison aux sens et conduisant l'homme à un
amour narcissique qui tendra à nier l'autre.
Depuis la Renaissance, la plupart des prédicateurs
chrétiens ont donc versé dans une condamnation
univoque du " mauvais amour de soi ",
finalement aux antipodes du commandement
biblique.
USA : un enjeu politique
" Le manque d'estime de soi, individuel
et collectif, est impliqué dans la plupart
des maux qui affligent notre Etat et notre
nation ", rapportait, en 1990, la California
Task Force, une commission officielle dont
le but déclaré est de promouvoir l'estime
de soi. A son origine : le constat d'une
forte augmentation de la violence, de la
délinquance, du chômage, de l'alcoolisme,
de la toxicomanie et de l'échec scolaire.
Outre la détresse que ces problèmes supposent,
ils coûtent cher, ont constaté les députés
: " Les personnes ayant de l'estime
de soi produisent du revenu et paient leurs
impôts. Celles qui n'en ont pas, consomment
des subventions. " Leur idée : promouvoir
le bien-être de l'individu plutôt que de
réagir au coup par coup à une suite de problèmes
sans cesse renouvelés. Résultat : les écoles
mettant en pratique les recommandations de
cette commission et incluant la promotion
de l'estime de soi dans leur enseignement
obtiennent aujourd'hui un taux de réussite
supérieur aux autres.

Article de Psychologies d'octobre 1999
A l'heure du primat de l'apparence, du culte
de la performance
et de l'injonction à devenir soi-même, rien
de plus chaotique
et de plus fluctuant que le regard que l'on
porte sur soi.
Je ne m'aime pas ", " Quand un
homme s'intéresse à moi, j'imagine toujours
qu'il me prend pour une autre ", "
Dès que quelqu'un me contredit, je pense
que c'est lui qui a raison ", "
Mes amis me disent que je pourrais trouver
un boulot plus passionnant, mais je ne crois
pas en mes compétences "... Lequel d'entre
nous n'a jamais prononcé ou entendu l'une
de ces phrases ? Elles font partie de notre
quotidien et témoignent d'un mal très répandu
: le manque d'estime de soi. Car seuls les
mégalomanes, aveugles sur eux-mêmes, se voient
et se croient parfaits. Pourtant, s'il est
sain de douter de soi, parfois c'est un signe
de lucidité, vivre dans le doute permanent
est un passeport pour une vie étriquée.
Comment l'estime de soi s'ancre-t-elle en
l'individu ? Pourquoi est-elle si fragile
et susceptible de se briser ?
Deux psychiatres, Christophe André et François
Lelord, nous l'expliquent dans un ouvrage
formidablement actuel, "l'Estime de
soi" (Odile Jacob). A l'heure du chômage
qui pousse des milliers d'individus à se
juger inutiles, donc méprisables, à l'heure
du primat de l'apparence qui incite tant
d'hommes et de femmes à détester leur propre
image, à l'heure du culte de la performance
qui ordonne à chacun d'être le meilleur,
à l'heure de l'injonction à devenir soi-même
et à s'épanouir par ses propres moyens, sans
repères sur lesquels s'appuyer, il était
temps que la psy intervienne. Et nous aide
à nous situer entre les idéaux démesurés
que nous n'atteindrons jamais et les complexes
qui nous interdisent de parvenir à nos objectifs.
Pour débuter ce périple au cSur de l'estime
de soi, précisons qu'elle ne se limite pas
au constat " je m'aime " ou "
je ne m'aime pas ". Elle reposerait
selon les auteurs, sur le bon équilibre de
trois piliers : l'amour de soi, la vision
de soi et la confiance en soi.
S'estimer implique de s'aimer tel qu'on est,
comme le ferait une bonne mère
La nécessité de s'aimer suffisamment soi-même
pour réussir dans l'existence a depuis longtemps
été pointée par Freud. Il l'a nommée le «
narcissisme ». Ce mot a actuellement bien
mauvaise presse car confondu à tort avec
« égocentrisme ». Une idée fausse à réviser
d'urgence. Sans un narcissisme bien assuré,
l'individu tend à se considérer comme une
nullité vi vante. S'aimer revient à accepter
ses défauts, ses échecs sans en trembler
de honte. Celui qui s'aime correctement est
une « bonne mère » pour lui-même : indulgent,
il continue de s'apprécier même en cas de
situation défavorable pour l'égo (rupture
amoureuse, licenciement, blâme, etc.).
On s'imagine souvent que nos parents nous
auraient voulu différents ou meilleurs, d'où
notre insatisfaction
L'amour de soi se construit dans l'enfance.
Souvent sur de petits riens : une mère qui
sait sourire à son enfant quand il sollicite
son regard, par exemple. Dès l'âge de 2 ou
3 ans, l'enfant s'interroge sur son apparence
physique, son pouvoir de plaire. Et beaucoup
dépendra des réponses apportées par l'entourage
proche. Généralement, les personnes dotées
d'un solide amour de soi ont bénéficié d'un
amour parental inconditionnel : les parents
n'ont pas dosé leur ffection en fonction
des résultats scolaires, de l'aptitude du
petit à dire « bonjour à la dame », à être
« sage comme une image », etc. Surtout, ils
se sont abstenus de le comparer en permanence
à sa sSur aînée ou à son petit cousin. L'impression
de n'avoir pas été un enfant assez aimable
génère un sentiment de culpabilité chronique
qui se manifeste par des comportements autodestructeurs
à valeur de punitions. « Quand je rencontre
un homme, j'ai toujours l'impression qu'il
a des arrière-pensées, qu'il me considère
comme un passe-temps sexuel ou lorgne sur
mes économies, déclare Julia, 32 ans. C'est
plus fort que moi. Je n'arrive pas à me laisser
aller, je pique des crises de jalousie si
un rendez-vous est décommandé. En fait, je
n'y crois jamais. Résultat : d'une certaine
manière, je m'arrange pour détruire toutes
mes relations. »
Une vision positive de soi-même
La vision que nous avons de nous-mêmes est
presque toujours sans rapport avec notre
reflet objectif dans le miroir ou le chiffre
de notre QI. Nous nous voyons avec nos convictions
intimes, nos préjugés. Raison pour laquelle
notre regard sur nous-même surprend parfois
les autres. Elise se trouve laide et grosse
quand ses amis voient en elle une charmante
jeune femme tout en rondeurs. A 35 ans, Cédric
végète dans un emploi de gratte-papier très
éloigné de ses capacités réelles. A son entourage
qui le conjure de réagir, il répond : « Je
suis déjà content de ne pas être au chômage
! » A l'inverse, avoir une vision positive
de soi-même permet de lutter contre l'adversité,
de persévérer, alors même que l'horizon paraît
bouché. Exemple. Freud ! Malgré l'opposition
de ses confrères médecins et l'indignation
du public face à ses théories sur la sexualité
des enfants, il a tenu bon. Persuadé qu'un
jour le monde reconnaîtrait son génie. Nul
ne porte d'emblée un regard positif sur lui-même.
Un enfant à qui l'on demande trop - être
aussi raisonnable qu'un adulte, le premier
en classe, le meilleur en foot - aura sans
cesse l'impression de ne pas être à la hauteur.
Pour une grande part, nos principaux objectifs
de vie - affectifs, professionnels, matériels,
etc. - reflètent les attentes passées de
nos parents à notre égard. Mais leur attitude
est loin d'être seule responsable. Nous devons
aussi compter avec notre interprétation des
espoirs qu'ils ont placés en nous. Or celle-ci
nous incite fréquemment à imaginer qu'ils
nous auraient voulu différents ou meilleurs,
et nous transforment en perfectionnistes
insatisfaits de nos performances et de nos
succès. N'oublions pas non plus cet impondérable
que constitue notre place dans la fratrie
: sans qu'aucun reproche n'ait été formulé,
un benjamin peut être écrasé par l'image
qu'il a de son aîné ou avoir l'impression
de ne pas exister entre ses frères et sSurs.
La confiance en soi mène à l'action
« Certains matins, je me déteste » Pas simple
de savoir avec exactitude quel degré d'amour
nous nous portons. Tout comme il est difficile
d'évaluer avec précision quelle vision nous
avons de nous-mêmes - « II m'arrive de me
trouver géniale à midi et stupide, une heure
plus tard » - tant nos humeurs, par nature
fluctuantes, mènent la danse. Si l'amour
et l'image de soi sont plus ou moins flous,
la confiance en soi, en revanche, s'observe
mieux C'est l'affolement général dès que
se présente une situation inhabituelle ?
C'est clair, il s'agit d'un manque de confiance
en soi. Celle-ci se caractérise par l'aptitude
à envisager l'avenir sans s'écrier « Je n'y
arriverai jamais » En manquer nous amène
à refuser une promotion, un rendez-vous amoureux.
Bref, à nous empêcher d'agir. Notre éducation
et nos premières expériences scolaires influencent
largement notre foi en nous-mêmes. Si, dès
la maternelle, l'échec a été désigné comme
synonyme de catastrophe, nous en viendrons
automatiquement à éviter les situations susceptibles
de le provoquer. La meilleure façon est de
ne rien tenter et de suivre les autres. La
confiance en soi n'est pourtant pas seulement
affaire d'apprentissage : elle se transmet
également des parents à l'enfant, via l'inconscient.
Par exemple, si un homme n'a pas confiance
en son fils ou s'il s'angoisse trop pour
lui, il n'est pas rare que ce dernier, par
amour pour son père, devienne un être inhibé
et timoré. Mais il n'est pas exceptionnel
non plus que, par défi, l'enfant se lance
dans les entreprises les plus téméraires.
En matière de transmission psychique, on
ne sait jamais avec précision de quoi sera
fait l'héritage !
Une question de dosage
A 32 ans, Jérôme a créé son entre prise.
Reconnu, il gagne beaucoup d'argent. Pourtant,
dès qu'il se sent attiré par une femme, il
s'inhibe, car sa vision de lui-même est totalement
négative. Avoir connu dans son enfance -
et à proportion égale - amour, respect, invitation
à s'affirmer est exceptionnel. Pour cette
raison, nous bénéficions d'une solide estime
de soi dans certains domaines, tandis que
nous en manquons cruellement dans d'autres.
Ainsi, des parents aimants mais très angoissés
et doutant des capacités de leur enfant à
se débrouiller dans l'existence lui insuffleront-ils
une bonne dose d'amour de soi. Mais pas une
solide confiance en soi. Exemple : Roseline
était brillante à la fac. Son entourage s'attendait
à ce qu'elle décroche un emploi à la mesure
de ses capacités. Pas du tout. Si elle sait
répondre aux attentes des autres - parents,
enseignants -, elle est inapte à se vendre,
à innover, à risquer l'échec. A l'inverse,
quand les parents valorisent leur enfant
intellectuellement et professionnellement,
mais ne lui donnent pas toute la tendresse
dont il a besoin, il acquiert une assez bonne
image de lui et pas mal de confiance. Mais
souffre d'une carence en amour de soi. Exemple
: Judith paraît sûre d'elle. En public, elle
se fait remarquer par son humour et sa pétulance,
et a du succès auprès des hommes. Pourtant,
elle n'a jamais pu nouer un lien durable
: elle a confiance en elle, mais profondément,
elle ne s'aime pas. Pour perdurer, l'estime
de soi se nourrit du sentiment d'être aimé
et de celui d'avoir de la valeur aux yeux
des autres. On ne s'estime pas une fois pour
toutes. Comme tous les sentiments, celui-ci
a besoin d'être alimenté. Les rencontres
amoureuses et les promotions professionnelles
y contribuent. Mais il faut aussi compter
avec d'inévitables périodes de vide, pauvres
en gratifications et riches en déceptions.
Pour surmonter le creux de la vague, Christophe
André et François Lelord n'ont qu'un conseil
: faire preuve de lucidité et d'objectivité.
Et nous invitent à nous abstenir de minimiser
systématiquement nos atouts et nos qualités.
Comme chacun sait, tout le monde en a !
Laure Charpentier Ecrivain
"Alcoolique à la dérive, j'ai rencontré
un saint-bernard au tonneau rempli d'eau"
« La première chose que j'ai vue en me réveillant
après ma troisième tentative de suicide, c'est le petit
visage de mon fils appuyé contre la vitre
de la salle de réanimation La souffrance
que J'ai lue dans ses yeux a remue quelque
chose en moi J'ai senti que J'avais atteint
le fond il fallait que j'arrête de boire.
Que je renonce aux feux de l'alcool qui me
réchauffaient si bien le cSur et l'âme, à
la vie nocturne pleine de verres et de rencontres
interlopes, à tout ce qui avait allumé ma
jeunesse. Je me suis rendue à une réunion
de la Croix Bleue, une association d'aide
aux malades de l'alcool, et j'y ai rencontré
l'homme qui a bouleversé ma vie Guy Charpentier,
ex-alcoolique qui s'est transformé en saint-bernard
au tonneau rempli d'eau et de Schweppes.
Quatre mois plus tard, nous étions mariés.
L'amour qu'il m'a instantanément porté, la
confiance qu'il a placée en moi m'ont métamorphosée.
D'ailleurs, c'est lui qui m'a donné le prénom
que je porte aujourd'hui Laure, car, selon
lui, je vaux de l'or. J'ai dû réapprendre
à faire tous les gestes de la vie, sans le
soutien de l'alcool grâce auquel je me sentais
si forte et si brillante, m'occuper des enfants,
parler aux gens, écrire, faire l'amour, etc.
J'ai enfin pu enlever une reproduction d'un
tableau de Dubuffet représentant un clown
dont le maquillage a coulé, que j'avais accrochée
a mon miroir pour me rappeler ma déchéance
Plus tard, j'ai utilise l'écriture pour expurger
tout ce que j'avais de nauséabond en moi
un père joueur et manipulateur quia ruiné
sa famille avant de l'abandonner, une mère
soumise, un dégoût des hommes. A la mort
de mon mari, j'ai décide d'aider les autres,
à mon tour. J'ai créé une association pour
les femmes alcooliques. Etre ce que je suis
aujourd'hui, sereine et rayonnante, après
avoir été si longtemps une femme à la dérive,
m'oblige à leur délivrer un message d'espoir
: l'amour fait des miracles.
Frédéric Professeur de français "Ecrasé
par l'ombre de mon frère, J'e ne me sentais
pas digne de vivre"
« Mon frère aîné a tout pour lui. De l'allure,
de l'aisance, de la facilité pour tout, du
charme. En plus, il est sympathique. Dire
que j'ai grandi dans son ombre est un euphémisme.
Mes parents n'avaient d'yeux que pour lui.
Je ne sais comment je suis parvenu à me hisser
jusqu'à l'âge adulte. Mes premières relations
amoureuses, rares, se sont toutes soldées
par un échec. Les femmes me reprochaient
en vrac d'être un ours, un impuissant, un
avare, une triste figure. Replié dans les
études, je m'étais fait à l'idée d'une vie
quasi monacale, lorsque j'ai fait la connaissance
d'une femme. Mon cas - notamment ma tenue
vestimentaire, tou jours la même été comme
hiver - l'intriguait. De cafés en déjeuners,
de cinémas en week-ends, je me suis réveillé
à la vie. Quand j'ai ouvert les yeux sur
moi, j'ai pris peur. J'avais l'apparence
d'un homme plus très jeune, alors que dans
ma tête j'atteignais à peine l'adolescence.
"Je vais mourir et je n'aurai rien vu
de la vie", me suis-je alors dit. C'est
une psychothérapie, suivie d'une analyse,
qui m'ont sauvé. J'ai peu à peu réussi à
me trouver digne de vivre, puis digne d'être
apprécié, aimé même. Je me marie dans deux
mois »
L'estime de soi repose sur 3 piliers
L'amour de soi
S'aimer soi-même, c'est s'aimer malgré ses
défauts, ses limites, et savoir se reconstruire
après un échec. Tout dépend de l'amour, inconditionnel
ou non, reçu dans notre enfance.
La vision de soi
L'important n'est pas la réalité mais le
regard intime que l'on porte sur soi. Une
image positive de soi est une force intérieure
qui nous permet de croire en nous malgré
l'adversité. Elle dépend des projets que
nos parents formaient pour nous et de notre
interprétation de ces attentes.
La confiance en soi
Elle se caractérise par l'aptitude à envisager
l'avenir sans s'écrier : « Je n'y arriverai
jamais ! » et nous encourage à agir. Elle
dépend de notre éducation et de la confiance
que nos parents nous portaient. Le narcissisme
a mauvaise presse. pourtant, il est nécessaire.
|
Testez votre estime de soi
|
Connaître le niveau de son estime de soi
(est-elle haute ou basse?) ne suffit pas,
expliquent Christophe André et François Lelord.
il est nécessaire de prendre aussi en compte
son degré de résistance aux événements de
la vie quotidienne (est-elle stable ou instable
?).
|
|
Type d'estime de soi
|
Réaction face au succès
|
Réaction face à un compliment
|
Réaction face à l'échec
|
Réaction face à une critique
|
| Haute et stable |
"Je suis content d'avoir réussi" |
"Merci beaucoup" |
"Je n'ai pas réussi cette fois-ci" |
"Ah bon et pourquoi me dites-vous ça?" |
| Haute et instable |
"Je vous l'avais bien dit! Et ce n'est
qu'un début Ceux qui n'y croyaient pas ont
l'air malin aujourd'hui" |
"Encore, encore!" |
"Qu'est-ce que vous y connaissez, vous
d'abord?" |
"Et vous, vous vous êtes regardé?" |
| Basse et instable |
"Est-ce que je vais être à la hauteur
maintenant?" |
"Oh, vous savez, je n'ai aucun mérite" |
"J'ai eu des problèmes de préparation,
Je n'ai pas été bon" |
'Vous croyez?" |
| Basse et stable |
vous tombez gravement malade huit jours après |
"Arrêtez, ça ne m'intéresse pas" |
"Oui, Je suis nul, vous ne l'aviez pas
encore remarqué?" |
"Oui, et plus encore que vous ne dites" |
 
Article de Top Santé d'octobre 1999
Des centaines de milliers d'entre nous ont
été ou seront atteints
de dépression. Si cette maladie familière
reste une énigme, les
traitements s'affinent et les pistes de recherche
sont prometteuses.
Elle n'a pas l'air en forme... Il a l'air
épuisé, il est un peu dépressif », entend-on
fréquemment. La dépression est à la mode.
Non seulement, elle intéresse les psychiatres
et les psychologues, mais aussi les sociologues.
La polémique sur l'augmentation foudroyante
des antidépresseurs - 42 % depuis 1991 -
fait régulièrement la une des journaux...
« En fait, explique le Dr Frédéric Raffaitin,
psychiatre et psychothérapeute. le terme
dépression est devenu le "mot valise"
de cette fin de siècle pour désigner une
déprime, un état de spleen. Certains médecins
eux-mêmes naviguent à vue. Tristesse, angoisse,
abattement, fatigue font partie des "ressentis"
ordinaires, mais aussi des signes de la dépression.
La frontière entre pathologique et normal
reste souvent floue, le doute est parfois
permis. »
Le premier signe : une grosse fatigue
Tout le monde connaît des périodes de « passage
à vide ». Les occasions ne manquent pas :
une situation professionnelle qui n'aboutit
pas, une mésentente ou une rupture avec son
conjoint, un problème de santé, ajoutés aux
soucis quotidiens... Et nous voilà à deux
doigts de craquer, prêts à jeter l'éponge.
Cette tonne de problèmes nous oblige à redoubler
d'effort pour tenir le cap et l'organisme
est mis à rude épreuve. C'est le stress,
sous sa forme négative, avec à la clé une
énorme fatigue, un moral à zéro, des problèmes
de concentration et de mémoire. A terme,
nous risquons l'épuisement psychologique.
Le risque est alors de tomber dans la dépression.
Principaux signes d'alerte ? L'indifférence
et l'absence d'objectif à long terme. Il
faut d'urgence lever le pied : prendre des
vacances, faire le point et redéfinir ses
choix de vie.
L'angoisse: elle nous touche tous
II est des tempéraments anxieux, comme il
en est des optimistes ou des dilettantes.
«L'anxiété, précise le Dr Frédéric Raffaitin,
est inhérente à l'âme humaine. Elle se définit
comme un sentiment de peur sans objet. Ce
n'est que lorsqu'elle devient un frein et
un handicap dans la vie quotidienne qu'elle devient pathologique.
» Sous sa forme légère, l'anxieux est du
genre tendu et soucieux, il a parfois des
crises d'angoisse, avec palpitations, difficultés
à respirer et maux de tête. Plus grave, l'anxiété
peut se manifester par des phobies (foule,
endroit clos, entourage), des attaques de
panique (qui ressemblent à ce que l'on appelait
la spasmophilie), mais aussi par ce qu'on
appelle les TOC (troubles obsessionnels compulsifs),
ces envies irrépressibles de ranger, de se
laver les mains... « Si tous les dépressifs
souffrent d'anxiété, tous les anxieux ne
sont pas déprimés, précise le Dr Raffaitin,
mais ils peuvent parfois le devenir. » La
prise d'anxiolytique ou d'antidépresseur,
associée à une psychothérapie en vient généralement
à bout.
Déprime ou dépression : reconnaître les symptômes
« La dépression est une maladie de l'humeur
qui se manifeste par un manque de désir,
un ralentissement et une tristesse pathologique
». résume le Dr Frédéric Raffaitin. Pour
la diagnostiquer, il existe une classification.
C'est le DSM IV (Diagnostical and Statistical
Manual of Mental Disorder) reposant sur 9
critères précis. Quand 5 symptômes perdurent
pendant quinze jours, cela signe la dépression
(voir ci-dessous). Le dépressif est submergé
par la tristesse. Il marche au ralenti, connaît
des problèmes de concentration et de mémoire
et surtout, il culpabilise. Il perd toute
estime de lui. Sur le plan physique, il est
épuisé, il est réveillé à 4 ou 5 heures du
matin et est incapable de se rendormir. Très
souvent, il perd l'appétit, sa libido est
en berne et il se détourne de ses activités
favorites. 11 n'a plus goût à rien. Dans
certains cas. le patient alterne des phases
d'excitation excessive et d'abattement intense
(on parle alors de « maladie maniaco-dépressive
»).
Critères d'un épisode dépressif (DSM IV)
1. Humeur dépressive présente toute la journée,
tous les jours.
2. Diminution de l'intérêt ou du plaisir
pour diverses activités.
3. Augmentation ou diminution de l'appétit,
tous les jours.
4. Insomnie ou hypersomnie presque tous tes
jours.
5 . Agitation ou ralentissement psychomoteur.
6. Fatigue ou perte d'énergie tous les jours.
7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité
excessive.
8. Diminution de l'aptitude à penser ou à
se concentrer ou indécision.
9 . Pensées de mort, idées suicidaires récurrentes,
tentatives de suicides.
Quand la maladie avance masquée
Malgré cet inventaire des différents symptômes,
50 % des dépressions ne sont pas soignées.
Soit parce que le diagnostic n'a pas été
établi, soit parce que la personne n'est
pas venue consulter. La dépression est en
effet du genre sournois. Elle peut se dissimuler
derrière un trouble bénin. C'est la dépression
masquée, une affection qui échappe à toute
classification. Cibles privilégiées ? Les
personnes âgées, mais aussi les hyperactifs,
ces cadres dynamiques qui se dopent volontiers
pour tenir la cadence. « Trois symptômes
permettent de la débusquer répond le Dr Henri
Rubinstein, neurologue : la fatigue chronique,
les douleurs (articulaires. dorsales), les
troubles digestifs persistants. Généralement.
la personne consulte un généraliste. En l'absence
de tristesse ou de perte de motivation, ce
dernier lui prescrit des antalgiques ou des
anti-inflammatoires. Ce qui est spécifique
de cette dépression, c'est que ces traitements
symptomatiques s'avèrent totalement inefficaces.
» Le malade est alors soumis à une batterie
d'examens radiologiques : un scanner pour
une migraine, une fibroscopie pour ses maux
d'estomac... En vain ! Aucune anomalie n'est
détectée. C'est à ce moment-là qu'il faut
penser à la dépression masquée. Le diagnostic
établi, le malade doit prendre conscience
que « son corps parle », parce qu'il est
mal dans sa tête. S'il l'accepte, il a franchi
un grand pas. Déceler une dépression masquée,
c'est éviter de sombrer dans la véritable
maladie. A un stade avancé, elle peut donner
naissance à des idées suicidaires, danger
n° 1 de la dépression. Sur les 22 000 suicides
enregistrés chaque année, de 50 à 70 % sont
imputables à cette maladie.
Des déprimes très féminines
La déprime n'est pas toujours d'ordre psychologique.
L'équilibre hormonal est parfois en cause
:
- Le syndrome prémenstruel : qui se manifeste par des mini-épisodes dépressifs
au 15ème jour du cycle en fait partie. La
raison ? La modification du taux d'hormones
qui joue le rôle de détonateur chez les femmes
sensibles aux troubles de l'humeur.
- Le baby-blues : signe aussi la survenue d'une mini-dépression,
sans gravité. Trois jours après l'accouchement,
le moral est au plus bas, les pleurs se succèdent
et la fatigue est à son apogée. Le traitement
: la maman doit être dorlotée et rassurée
sur ses capacités à être mère.
- La ménopause : détraque l'humeur, rend irritable et insomniaque
en raison du bouleversement hormonal et de
la baisse des oestrogènes. Le traitement
substitutif est un bon rempart à la dépression,
les oestrogènes ayant un effet bénéfique
sur l'humeur", précise le Dr Lemoine.
La dépression saisonnière
Débutant fin septembre, elle touche 18% de
la population dont 80 % de femmes. Responsable
? Le manque de lumière. Les symptômes : envie
de dormir, besoin de manger du sucré et prise
de poids. Le traitement : des séances de
photothérapie (expositions à la lumière à
l'hôpital ou chez soi).
Les avancées scientifiques
Pourquoi un événement dramatique ne déclenche-t-il
pas toujours une dépression et qu'à l'inverse,
des situations d'apparence banale entraînent-elles
des dépressions graves ? On l'ignore, mais
plusieurs pistes sont avancées.
- La piste neuronate : la dépression serait due à une mauvaise communication
entre les neurones. C'est la découverte des
antidépresseurs qui l'a mise en évidence,
puisqu'ils agissent sur deux neurotransmetteurs
: lanoradrénaline et la sérotonine.
- La piste génétique : la dépression" maniaco- dépressive
» est héréditaire. Les enfants d'un maniaco-dépressif
ont dix fois plus de risques d'être malade
que la population générale. Mais environnement,
mode de vie et événements jouent un rôle
important dans le déclenchement de la maladie.
- Dernière découverte, la piste chronobiologique
: il y aurait une relation entre la dépression
et notre température. « La température corporelle
diminue la nuit de 1 ou 2°C et augmente le
jour. Seuls les déprimés perdent ces rythmes,
note le Dr Lemoine. Résultat, les rythmes
du sommeil ne sont plus respectés et le dépressif
est à moitié éveillé la nuit et à moitié
endormi le jour. » En plus d'un traitement
antidépresseur, on conseille une douche chaude
ou un exercice physique au réveil pour faire
remonter la température.
La transmission nerveuse
Les neurones reçoivent des informations et
les transmettent à d'autres neurones par
l'intermédiaire des synapses, point de jonction
entre deux neurones. La synapse a trois parties
: l'une émet les neuromédiateurs, l'autre
les libère et la troisième les reçoit. Au
moment de la libération des neuromédiateurs,
certains sont recapturés.
L'action des médicaments
Les antidépresseurs facilitent la transmission
des neuromédiateurs.
1) En empêchant la dégradation des vésicules
contenant les neuromédiateurs.
2) En stimulant la libération des neuromédiateurs.
3) En empêchant leur recapture, permettant
ainsi un influx nerveux normal.

Article de Top Santé d'octobre 1999
Les médecins sont unanimes :
de la rapidité du diagnostic dépend la rapidité
de la guérison.
Différents traitements existent.
Une fois installée, la dépression est difficile
à déloger. Le malade est enferré dans son
problème, il se sent incapable de résister
à l'angoisse et au désespoir. Il devient
d'un pessimisme foncier, tout effort lui
semble vain. 11 est convaincu qu'il ne s'en
sortira pas. et donc il ne s'en sort pas.
C'est l'étemelle spirale de l'échec.
Les antidépresseurs : seules armes chimiques
pour lutter contre la maladie
Efficaces dans 60 à 80 % des cas, ces médicaments
sont sans risque de dépendance, à l'inverse
de anxiolytiques, et sont mieux tolérés qu'auparavant.
Leur composition évoluant régulièrement,
ils ne nécessitent plus d'être associés à
un anxiolytique. Prescrits à 80 % par les
généralistes. les antidépresseurs ont une
efficacité variable. « II n'existe pas de
tableau clinique pour chaque antidépresseur.
Nous devons donc parfois tester 5 à 6 produits
pour trouver le bon " précise le Dr
Patrick Lemoine. Au malade d'être patient
: il faut deux à quatre semaines pour juger
de l'efficacité d'un traitement.
Une fois le traitement choisi. les résultats
sont spectaculaires. le pessimisme est endigué,
l'initiative revient et le malade peut reprendre
une activité intellectuelle et renouer les
relations sociales. Le traitement dure six
mois, voire de un à trois ans pour éviter
les rechutes. Près de 50 % des malades récidivent
dans un délai de deux ans. Pour des raisons
inexpliquées, la maladie réapparaît à intervalles
réguliers. Certains sujets alternent épisodes
dépressifs et phases maniaques (excitation
intense). Et la maladie devient chronique
dans 10 et 15 % des cas chez l'adulte. Pour
éviter ces épisodes à répétition, des thvmo-régulateurs
(lithium) sont prescrits à vie. S'ils ne
guérissent pas. ils stabilisent l'humeur.
Dans de rares cas et depuis peu, il en est
de même avec certains antidépresseurs. L'hospitalisation
est nécessaire quand le risque de suicide
est trop important ou que le malade a des
délires ou ne se nourrit plus.
Place à la parole : les différentes thérapies
Quand les médicaments ont soulagé la souffrance,
une psychothérapie est proposée pour accélérer
la guérison. Une prise en charge psychothérapique
peut donc renforcer dans certains cas l'efficacité
des traitements médicamenteux.
Ce travail de parole apporte un éclairage
sur les raisons profondes de la maladie.
Plusieurs techniques existent :
- La psychothérapie de soutien est la plus répandue. Elle est surtout destinée
aux dépressions qui ont un lien avec l'environnement
(surmenage, deuil, divorce) et de fortes
répercussions sur la vie quotidienne. Objectif
: conseiller, réconforter, remettre en confiance.
La personne exprime son désarroi et le thérapeute
lui fait prendre conscience petit a petit
qu'elle voit les choses de façon trop négative
ou dramatique.
- La psychothérapie familiale est conseillée aux enfants et aux adolescent
lorsque les relations sont pertrubées dans
la famille. Elle permet une prise de conscience
de la dépression par toute la famille et,
à ce titre, déculpabilise le malade. Elle
apprend « à inverser les relations familiales
», au lieu de se disputer, on apprend à s'entraider.
Seule obligation : la motivation de tous.
- La thérapie « cognitivo-comportementale
» : c'est la thérapie à la mode. Après les résultats
spectaculaires et rapides ( 15 a 20 séances
) obtenus dans le traitement des phobies
ou les troubles obsessionnels compulsifs,
cette technique a fait ses preuves pour les
dépressions de moyenne gravité. Très pragmatique,
cette stratégie " de gestion des émotions
" apprend à penser et à se comporter
autrement, en l'occurrence pour le déprimé,
à se débarrasser de son pessimisme foncier.
Thérapeute et patient analysent les chemins
que prennent les pensées au moment où ce
dernier est submergé par les émotions. Cela
le conduit à trouver des arguments capables
de contrer ses pensées négatives. Au fil
des séances, le malade prend conscience de
sa vision déformée du monde et de ses potentialités
et s'efforce de les réévaluer de manière
plus objective. La thérapie comportementale
ne s'attaque pas à l'origine du problème,
mais elle soulage vite les malades, à la
condition qu'ils aient envie de s'en sortir.
- La psychothérapie analytique est peu efficace pendant l'épisode aigu
de la dépression. Elle est réservée aux personnes
guéries, désireuses d'approfondir la réflexion
sur elles-mêmes.
Le retour des électrochocs pour les cas gravissimes
En cas de dépression gravissime ou d'antidépresseurs
inefficaces, les électrochocs (sismothérapie)
- sont recommandés (y compris par l'OMS).
Rien à voir avec ceux d'il y a vingt ans.
Les séances s'effectuent sous anesthésie
générale (moins de 30 secondes) et sous relaxant
musculaire (médicament à base de curare).
En trois semaines, la maladie guérit dans
90 % des cas.
Médecines douces : Le millepertuis, un antidépresseur
naturel
Les médecines naturelles viennent en complément
pour mieux supporter les traitements ou pour
éviter les rechutes. Une plante, te millepertuis,
est aujourd'hui utilisée. Plébiscitée en
Allemagne contre tes dépressions légères,
elle stimule l'humeur, augmente l'entrain
et le dynamisme. Ses effets sont comparables
à ceux de certains antidépresseurs.
 
Article de Top Santé d'octobre 1999
Près de 3 % des enfants de 6 à 12 ans et
8 % des adolescents
sont concernés par cette maladie. Malheureusement,
elle est rarement diagnostiquée chez les
jeunes.
Pour l'entourage, la dépression passe souvent
inaperçue chez les jeunes. « Parce que, culturellement,
l'enfant est synonyme d'insouciance, de joie
de vivre, répond le Pr Manuel Bouvard, psychiatre
de l'enfant et de l'adolescent. On a d'ailleurs
cru longtemps qu'il n'était pas assez mature
pour déprimer. A l'inverse, les adolescents
pâtissent de la fameuse "crise de l'adolescence".
Beaucoup de troubles de l'humeur sont mis
sur son compte... à tort. » Pourtant, dans
les deux cas, les signes classiques de la
dépression sont présents, mais il faut savoir
les reconnaître.
Comment décoder les premiers signes
Chez l'enfant, la tristesse n'est pas clairement
énoncée, mais elle s'exprime autrement. Il
est grognon, fatigué. anxieux, il se plaint
sans cesse. Ses jeux favoris ne l'intéressent
plus. c'est l'enfant « jamais content ».
Contrairement à ses aînés, c'est le soir
qu'il a du mal à s'endormir et il se réveille
fréquemment la nuit. Il se plaint souvent
d'avoir mal au ventre, sans que cela soit
justifié (après avis médical). « II est rare
de trouver le facteur déclenchant. La dépression
peut débuter après un événement bénin : une
mauvaise note en classe ou une dispute avec
un copain. Les parents s'inquiètent et consultent
lorsque leur enfant, jusqu'alors bon élève,
est subitement en difficulté scolaire, regrette
le professeur Manuel Bouvard. Toute la difficulté
sera de réussir à leur faire admettre la
maladie. Bien souvent, ils tombent des nues
et culpabilisent à tort. Or, ce n'est ni
de leur faute, ni de celle de leur enfant.
»
Chez l'adolescent, la dépression, contrairement
à celle de l'enfant, s'exprime par des troubles
comportementaux marqués, essentiellement
l'insatisfaction et le rejet. « L'adolescent
dépressif, explique le P' Manuel Bouvard,
est celui qui, brutalement, ne s'entend plus
avec ses copains, ne travaille pas parce
que ses amis ou les professeurs sont nuls
et que, de toute façon, son avenir est bouché,
qu'il est bon à rien et dans l'impasse. »
Contrai- rement aux adultes, son anxiété
va souvent de pair avec l'agressivité et
lui sont associés des troubles alimentaires
(anorexie, boulimie) et du sommeil (insomnie
ou envie excessive de dormir). Les filles
sont deux fois plus touchées que les garçons
et le taux de tentatives de suicide est plus
important que chez l'adulte : un adolescent
sur deux fait une tentative de suicide au
cours de sa maladie. Sur les 40 000 tentatives
de suicide annuelles d'adolescents. 30 à
40 % révèlent une dépression.
Quels sont les traitements ?
Le traitement repose sur la prise en charge
familiale (entretiens avec les parents) et
la thérapie relationnelle. Les antidépresseurs
ne sont prescrits qu'en deuxième intention
après l'échec d'une psychothérapie (de trois
ou quatre mois) ou lorsque la dépression
est associée à des idées délirantes ou suicidaires
mettant son existence en péril. Ils sont
généralement efficaces. Néanmoins, dans 70
% des cas, le jeune rechute dans un délai
de cinq ans. Et chez l'adolescent, la maladie
devient chronique dans 10 à 15 % des cas.
« Le dépistage de cette maladie est un problème
de santé publique, s'alarme le Pr Manuel
Bouvard. Il est urgent de repérer les populations
à risque et de mettre en place un traitement
préventif précoce. »
Comment l'entourage peut-il soutenir un déprimé
?
Chantal Le Jeune, Présidente de l'association
Lueur d'espoir
Comment l'aider au quotidien ?
En le reconnaissant comme malade et en l'incitant
à aller consulter. Il faut se montrer tolérant
et être à l'écoute, mais sans banaliser,
ni dramatiser la maladie. Se montrer trop
compatissant aggrave sa culpabilité. A proscrire
: les « tu as tout pour être heureux » ou
les « ça passera, ça arrive à tout le monde
! »
Ya-t-il des mots à ne pas prononcer ?
« Tu t'écoutes trop, bouge-toi ou secoue-toi.
» Cela dévalorise encore plus le dépressif
et a pour résultat de l'enfoncer dans son
désarroi.
Doit-on l'inciter à sortir de sa prostration
?
Oui, mais toujours avec tact. On peut, par
exemple, lui conseiller de faire les magasins
ou une petite promenade, mais seulement,
si on sait que le déprimé aimait ces activités
avant sa maladie. Il faut comprendre que
pour le déprimé, le simple fait de vivre
est un effort.
Quand peut-on craindre le suicide ?
Un changement d'humeur ou de comportement
: silence, manifestations inhabituelles d'affection
ou d'agression sont des signes annonciateurs
du suicide.
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Rompre la spirale de la solitude (Journal
CAF de nov. 1998) |


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